jeudi 13 mai 2010

Retour sur Ben Sidran

• Il y a quelques jours de cela, on a évoqué la venue de Ben Sidran au Festival international de jazz de Montréal (FIJM). Comme il l'a confié au cours d'un entretien, son spectacle aura pour principal sujet Bob Dylan, à qui il a consacré son dernier album paru sur étiquette Bonsaï Music. Le titre? Different Dylan. Si aujourd'hui on vous cause à nouveau de Sidran c'est ...
• C'est pour vous conseiller vivement l'achat de Ben Sidran Live à FIP avec Bob Rockwell au saxo et à la flûte, Billy Peterson à la basse, et son fils Leo à la batterie. Bon. Il faut vous signaler, chers Montréalais, que FIP est une station rattachée au réseau Radio-France. Et d'une. Et de deux, cet album publié en 2005 est l'exemple plus que parfait de l'art et de la manière qu'a Sidran de s'approprier avec un naturel qui force l'admiration les pièces composées par d'autres. Ici, il décline notamment les mots qu'avait emboîtés il y a des lunes indiennes Mose Allison, soit If You Live et I Don't Worry About A Thing. Bon (bis).
• Là où ça se complique, c'est que... Pour mettre la main sur ce bijou, il faut passer commande chez votre disquaire ou carrément chez Bonzaïmusic.fr. Cela dit, on l'a dit mais on tient à le marteler, cet album est une merveille. CQFD: il vaut son pesant de diamants. Après le cela dit passons au cela étant pour vous souligner que son show du 27 juin prochain au Club Soda se déroulera à l'ombre de Dylan alias Jack Frost, on vous propose donc son interprétation de Tangled Up In Blue.

mercredi 12 mai 2010

New York: Benny Powell

• New York — On y est allé, à Nueva York, parce qu'on savait qu'un vieux monsieur s'appelant Randy Weston s'y produirait dans le cadre d'une série hommage au Jazz Standard. On y est allé pour lui, mais aussi parce qu'on savait qu'un autre monsieur serait à ses côtés, qu'on n'avait pas vu depuis des lunes. Il se nomme Powell et se prénomme Benny. Son instrument? Le trombone. Cet homme a ceci de quelque peu agaçant: il cultive trop l'humilité. Ce faisant, il appartient à la catégorie des musiciens trop méconnus. Pourtant... il a accompagné Lionel Hampton, Count Basie, Duke Ellington, Benny Carter, Jimmy Heath, Thad Jones-Mel Lewis, John Mayall et d'autres qu'on oublie. Pour faire court, cela fait soixante ans qu'il accompagne l'histoire du jazz.
• De lui on sait trop peu qu'entre Jay Jay Johnson et Slide Hampton, il est, avec Curtis Fuller, un passeur, un relayeur. Bon. Tout ça pour souligner qu'il vient de publier un nouvel album intitulé Nextep avec Talib Kibwe au saxo et aux flûtes, Sayuri Goto au piano, Essiet Okon Essiet à la contrebasse et... Billy Hart à la batterie! Son Nextep a ceci de convaincant que le tromboniste de 80 ans regarde droit devant. Pas de reprise. Pas de redite. Que des pièces originales. Des originaux interprétés avec ce souci qui est le sien de mettre en relief ceci: le jazz is a work in progress. Chapeau, M. Powell!

mardi 11 mai 2010

New York: le Jazz Standard

• New York — Dans l'article intitulé New York: les clubs, on vous a confié et affirmé que la programmation du Jazz Standard n'avait rien à envier à celle du Village Vanguard ou du Blue Note. Et alors? Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter les enregistrements de divers concerts donnés dans ce lieu situé dans le quartier Gramercy dans le cadre de la série JazzSet présentée par Dee Dee Bridgewater sur les ondes du réseau NPR, la radio de PBS, le plus essentiel des réseaux «tivi» de l'Amérique du Nord.
• Toujours est-il, au cas où on ne serait pas au parfum de qualité totale, que tous les lundis les héritiers de Charles Mingus, le Falstaff du jazz, prennent possession du Standard. Dans le live qui suit, le Mingus Big Band est présent, précédé du trompettiste Ron Miles avec le guitariste Bill Frisell et de la pianiste Joanne Brackeen, qui fait moins parler d'elle — hélas! — depuis qu'elle enseigne. Bref, le show qui suit va crescendo: une pianiste en solitaire, un quartet et enfin un «bigue bande».

lundi 10 mai 2010

New York: les disquaires et R. Weston

• New York — Pour le disquaire, l'époque actuelle a tous les vices de la galère. Avant, à Nueva York , comme ils disent dans Spanish Harlem, il y avait des poids-lourds à certains coins de rue, plutôt des avenues. On pense à Tower Record, à Virgin, qui ont tous sombré après avoir rencontré le iceberg «ouaibe» et son commerce en ligne. Même les magasins spécialisés n'ont pas échappé à l'ébranlement de la distribution. Certains d'entre eux ont fermé. D'autres ont multiplié les catégories de leurs spécialisations pour attirer les jeunes qui aiment les musiques de jeunes. Le genre «t'sais-comme-punk-hard-core.» Bigre! Comme disait Harpagon au temps de l'avarice.
• Bon. Tout un chacun sait que désormais on peut effectuer notre épicerie sonore chez Amazon. Peut-être sait-on moins qu'on peut la faire chez Squidco, Jazzloft et autres magasins vendant des produits dématérialisés. On vous conseille vivement de fouiner du côté de ces derniers avant d'aller chez Amazon. La raison de ce parti pris est simple à expliquer: le prix. Contrairement au géant de la vente en ligne, les deux susnommés, et il y en a d'autres, réduisent les coûts afférents au transport et aux frais de douanes si vous commandez trois, huit ou vingt albums. Dit autrement, Amazon charge le même montant — pour le transport et les douanes — pour chaque disque acheté.
• Cela étant, le plaisir des plaisirs sur ce front reste l'achat direct. L'achat réalisé avec l'artiste en personne. Randy Weston et son African Rythms Trio augmenté de Benny Powell au trombone et Talib Kibwe au saxo proposaient, au terme de leur prestation au Jazz Standard, leurs récentes productions. De Weston, de cet immense pianiste, compositeur, historien de l'Afrique, on vendait Zep Tepi sur étiquette Random Chance, qu'on n'a jamais aperçu dans les bacs des disquaires montréalais, ainsi que l'excellent Nextep sur Origin Records.
Petite note: l'interprétation de Blue Moses, une composition de Weston, qui suit est en deux parties. C'est du gâteau, du Paris-Brest, de la première à la dernière seconde.

dimanche 9 mai 2010

New York: les clubs

• New York — Évidemment, il y a le Village Vanguard, qui fête cette année sa 75e année d'existence. Le Village Vanguard où Lorraine Gordon demeure la cheftaine en chef. Pourquoi cette tautologie? Parce qu'elle est chef en six-bols! Dans les parages, ceux de Greenwich Village, il y a aussi le Blue Note, le Small's, la Jazz Gallery, mais il y a également ces petits clubs qui offrent un éventail de contentements musicaux à moindre prix. On pense au 55 Bar situé au 55 Christopher Street ainsi qu'au Bar Next Door qui a pignon sur rue au 129 McDougall Street. Puis il y a le Arthur's Tavern au 57 Grove Street, pour son ambiance sympathique et son parti pris pour un jazz chaleureux à partir de 22h. Avant 22h? C'est plutôt piano-bar. En clair, c'est: cause toujours, mon bonhomme, et t'entends rien.
• Depuis que le Sweet Basil et d'autres avec lui ont sombré, d'autres qui voisinaient le Vanguard et le Blue Note, la géographie du jazz s'est déplacée vers le nord: le Birdland et l'Iridum dans Midtown. Mais entre Greenwich et Times Square, il y a le Jazz Standard dans le quartier Gramercy qui propose une affiche qui n'a rien à envier à celle du Village. En tout cas, lorsqu'on y était, c'est là que nous sommes allé et retourné. Pour entendre Randy Weston et son African Rythms Trio augmenté de deux de ses vieux complices: le saxophoniste alto Talib Kibwe et le tromboniste... Benny Powell! Sur eux, nous reviendrons.
• On savait qu'après avoir claqué la porte de la Knitting Factory, où on l'avait vu pour la première fois il y a une douzaine d'années, puis celle du Tonic, John Zorn a ouvert sa propre salle: The Stone dans East Village. Pis? Pour le localiser, c'est pas évident, même si on sait qu'il est quelque part dans un coin du croisement fait par l'Avenue C et la Second Street. C'est bien simple: rien ne l'annonce.
• Il y a d'autres lieux à Brooklyn animés par des musiciens qui ont élu domicile dans ce vaste quartier à la suite des hausses vertigineuses des loyers à Manhattan. Mais il y a surtout deux clubs qui ont traversé toutes les crises, toutes les guerres: le St Nick's Pub et Lenox Lounge. Tous les deux sont dans Harlem: le premier au 773 Street St. Nicholas Ave; le deuxième, au 288 Lenox Avenue. Dans les deux cas, leur jazz est jazz-jazz. Ni avant-garde, ni mollason.
• P.-S.: on vous conseille vivement, si l'envie d'aller à New York vous titille, de louer un appartement. Laissez tomber les guides dits touristiques qui «ploguent» des hôtels à des prix fixés par Goldman Sachs. Allez sur le «ouaibe», fouinez un peu et, en moins de deux, vous trouverez des «apparts» bien placés et à des prix convenables. Depuis que ce phénomène a pris de l'ampleur, le lobby des hôteliers new-yorkais est habité par la mauvaise humeur. C'est bien fait pour leurs poches. Pendant des années et des années, ils ont freiné la construction de...

samedi 8 mai 2010

Ben Sidran au FIJM

• La dernière fois que Ben Sidran, héritier aussi spirituel que direct de Mose Allison, occupa une salle de nos environs, c'était il y a une bonne quinzaine d'années. Il s'était alors produit en solo dans une église réquisitionnée par le FIJM. Il nous avait alors séduit par son aisance au piano, par sa voix basse sans inflexion rocailleuse et son talent de conteur. Le 27 juin prochain, il sera au Club Soda. Son programme, son sujet? Bob Dylan, à qui il a consacré un disque baptisé avec justesse Dylan Different. Car pour être différent, il l'est, le Bob de Ben. La singularité avec laquelle Sidran décline les fables dylanesques fait d'ailleurs de cette production LA plus convaincante de toutes celles dont l'auteur de Blind Willie McTell fut l'objet.
• Alors, M. Sidran, pourquoi Dylan? «Parce qu'il est emblématique d'une époque, je pense surtout aux années 60, qui s'est caractérisée par le bouillonnement culturel. On aimait tout: le blues, le jazz, le folk... On s'intéressait à tout: la littérature, l'histoire, la politique... On était très curieux. Toujours est-il que Dylan a laissé de fortes empreintes sur ces années comme sur celles d'après. Je l'ai traité en l'adaptant à ma voix et à mon style au piano. Vous savez, lui et moi avons grandi dans la même région, le Midwest, je connais son accent. J'ai voulu enregistrer en France avec des musiciens du cru pour obtenir quelque chose d'étrange, de magique. Je voulais un résultat différent. Là-bas, les musiciens sont plus romantiques.» Précision: Dylan Different a été gravé en pleine campagne alsacienne dans le studio du guitariste Rodolphe Burger, connu pour avoir accompagné, entre autres, Jacques Higelin et Bashung.
• Au Club Soda, Sidran nous a confié qu'il serait flanqué d'un guitariste, un contrebassiste et un batteur. Prix du billet: 32,50 $. Quelques mots pour rappeler qu'en plus de chanter, composer, produire et enseigner, Sidran est aussi un grand chroniqueur du jazz. Il est l'auteur de Black Talk et de Talking Jazz, formidable bouquin qui regroupe les quarante entrevues qu'il a réalisées avec Dizzy Gillespie, Sonny Rollins, Miles Davis...

jeudi 6 mai 2010

Le FIJM du Upstair's

• Comme l'année dernière et celles d'avant de l'avant d'avant, le Upstair's présente cette année-ci une affiche toute belle durant la 31e édition du Festival international de jazz de Montréal (FIJM). Cet après-midi, vers les 14h ou, si vous voulez, une heure avant que l'indice Dow Jones soit percuté par la crise grecque et ne perde 1 000 points (!), l'affiche en question a été dévoilée. Le temps que les noms des invités se répercutent ici et là, les dieux grecs, Pandora en tête, avaient tiré la diagonale du fou et permis ainsi à messieurs Dow et Jones de limiter les dégâts. Bon, soyons terre à terre.
• La chanteuse Jeri Brown inaugurera la série le 25 juin. Le lendemain, le 26 juin pour les intimes, Etienne Charles & Foklore seront sur la scène. Les 27 et 28 on saute. Le 29: Irem Bekter et ses Diabluras. Le 30 juin et le 1er juillet, le saxophoniste Joel Miller et son trio accompagneront le pianiste Geoffrey Keeser, qu'on n'avait pas entendu dans nos parages montréalais depuis des lunes. Les 2 et 3 juillet, le trio du pianiste Matt Herskowitz, un violon et un violoncelle, jouera la Jerusalem Trilogy. Le 4 juillet, ce sera au tour de la chanteuse Ranee Lee et de son quintet. Le 5: Gale/Rodrigues Group. Le 8 juillet, une conclusion alléchante sur papier: F. Bourassa au piano, M. Donato à la contrebasse. F. Lozano au ténor et P. Tanguay à la batterie rendront hommage à Bill Evans.
• Et maintenant, les dates sur lesquelles on fait le saute-mouton: les 27 et 28. Ces soirs-là seront autant de tournées générales pour saluer les sommeliers du grand son. Au sens gros du terme. Gros comme ceux de Coleman Hawkins, Ben Webster, Don Byas, Chu Berry, Arnett Cobb et Eddie Lockjaw Davis. Mais encore? Ces soir-là, Houtson Person, le dernier de la lignée, le dernier défenseur du son cru, du son épais, fera rebondir les notes de la ballade dans tous les recoins du Upstair's. Comme on doit s'entretenir au cours des prochains jours avec cet artiste qui a signé des albums faits de pleins et de déliés pour l'étiquette High Note, on y reviendra longuement. En attendant...

mardi 4 mai 2010

Steve Kuhn au FIJM

• Plutôt que de vous dévoiler les noms du bataillon imposant d'artistes qui vont se produire lors de la 31e édition du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), on va s'arrêter à un certain nombre d'entre eux d'ici le coup d'envoi de l'événement. Allons-y aujourd'hui avec le pianiste Steve Kuhn parce qu'il demeure méconnu même s'il est connu. T's veux dire!
• Formé à l'école du piano russe dans les années 50, à la dure école de la virtuosité, par Margaret Chaloff, la maman du saxophoniste Serge décédé trop jeune, Kuhn a commencé à se produire dans l'orchestre de ce dernier alors qu'il était encore un ado. Puis, il a accompagné Coleman Hawkins, Stan Getz, John Coltrane, Chet Baker, Kenny Dorham, Ornette Coleman, Don Cherry, tout en étudiant les concepts développés par George Russell et Gunther Schuller, avant de former un trio avec Scott LaFaro et Pete La Rocca. Voilà pour le côté face, le côté terre à terre de sa bio.
• Plus haut, on écrivait qu'il demeure méconnu même... Bon. C'est tout simple, entre Bill Evans et Keith Jarrett, Steve Kuhn est, avec Paul Bley et Ran Blake, le relayeur essentiel! Là où Evans était enclin au romantisme, Kuhn est aventurier, moderne, économe. Chez lui, rien ne dépasse parce que chaque note doit être pesée. Et ça, c'est la marque des grands.
• Steve Kuhn occupera la scène du Gesù le 4 juillet en compagnie de David Finck à la contrebasse et de Joey Baron à la batterie. Ci-après on vous propose une entrevue avec la pianiste Marian McPartland entrecoupée d'extraits sonores et son interprétation, avec Joe Lovano au saxophone, de Spiritual, composé par John Coltrane.

lundi 3 mai 2010

Le siècle d'Ellington

• Jeudi dernier, 29 avril, Edward Kennedy Ellington, dit Duke, a eu 111 ans! Comme quoi le temps ne passe pas, mais se surpasse. Depuis qu'il, ou elle, ou lui, ou on ne sait qui, a mis la vie de monsieur Ellington entre parenthèses, on s'ennuie parfois. Et quand cela arrive, on s'ennuie grave, pour parler post-moderne. Alors, on l'écoute et on le réécoute. Et toujours, toujours, l'obsession qu'il avait pour la beauté noie l'ennui. Cent onze ans!
• Cent onze ans et plus de Charles Mingus pour hurler sa passion musicale pour l'homme qui confiait avoir la musique pour maîtresse. Plus de Mingus pour composer Duke Ellington' Sound of Love. On rappelle cela parce qu'on a été passablement agacé par ce commentaire de Wallace Roney qui, lors de la conférence de presse tenue à Montréal pour présenter l'exposition Miles Davis au Musée des beaux-arts, a dit de ce dernier qu'il fut le plus grand compositeur des deux derniers siècles ou deux cents ans.
• Hey! Ho! On se calme! Il va sans dire que Miles est grand. Mais là... mettons que ce commentaire, ça sent le fond de commerce à plein nez. Enfin... Si vous aimez Ellington, on vous conseille deux fois plutôt qu'une la lecture de Duke Ellington par Stanley Dance paru aux éditions Filipacchi en 1976. Comme il est possible que la version française ne soit plus disponible, sachez qu'en anglais il a été publié par Charles Scribner's Sons en 1970 sous le titre The World of Duke Ellington. Une chose est sûre, ce livre est un régal parce qu'il est fait surtout de témoignages de musiciens retranscrits in extenso.

dimanche 2 mai 2010

LE son Eric Alexander

• Ça nous arrive. De-que-cé? De passer à côté d'un musicien. De le rater pendant des lunes d'obédience indienne du Nord. Ce fut le cas avec Eric Alexander, saxophoniste ténor encore jeune qui a déjà un son bien à lui. Un son sculpté. Un son qui s'inscrit dans la lignée des champions de la catégorie dite de mi-moyens. Celle à laquelle appartenaient ou appartiennent Hank Mobley, George Coleman, Joe Henderson, Steve Grossman, Richie Kamuca, Junior Cook et bien d'autres ayant fréquenté notamment les bancs d'école des Jazz Messengers. On aura compris qu'Alexander est un ténor «bi-beaupe», comme disent les Français de France.
• Toujours est-il qu'il y a peu, on s'est payé Revival of the Fittest (24 $ sans les taxes), sur étiquette High Note, parce que sur la pochette on avait lu le nom de Joe Farnsworth, batteur qui se distingue par sa finesse, celui de Nat Reeves, contrebassiste qui se singularise par son classicisme, et surtout, surtout, celui de Harold Mabern, pianiste qu'on adore depuis des lunes sans croissant. On a d'ailleurs appris qu'Alexander fut l'élève de Mabern.
• Le programme est fait de compositions originales, dont le sensible Blues For Phineas de Mabern ou Yasashiku d'Alexander, et de standards, dont le You Must Believe In Spring de Michel Legrand. Bref, les ballades côtoient les enlevées, qui voisinent parfois avec des antillaises. Toujours est-il (bis) qu'on a énormément apprécié la sonorité angulaire d'Alexander, son épaisseur qui fait de notre homme un souffleur à mille lieues du territoire aujourd'hui si fréquenté par les rabatteurs de la technique. On a apprécié le jeu très précis de la formation rythmique. Si vous aimez les musiciens nommés plus haut, alors n'hésitez pas...
• On vous propose deux choses: d'abord, une entrevue réalisée dans les studios de la radio de Seattle du réseau NPR, entrecoupée de prestations d'Alexander en duo avec le pianiste David Hazeltine. Ensuite? Alexander et Mabern au Duc des Lombards à Paris.

Live: Jonathan Baptiste

• Il s'appelle Jonathan Baptiste. Il est pianiste comme Dr John. Par là, on veut signaler qu'à l'instar de son aîné il vient de La Nouvelle-Orléans. Mais là où le Docteur du Baron Samedi glisse ses notes funky mâtinées de blues, Baptiste intercale celles du jazz. L'ancien comme le nouveau, pour le grand plaisir d'ailleurs de Cassandra Wilson.
• Lorsqu'il n'est pas au service de la belle dame, il est au sien. On vous propose sa prestation au Lincoln Center de Washington, qui nous séduit par sa chaleur, son intensité et sa sensualité. Entouré d'une douzaine d'instrumentistes, Baptiste s'approprie, littéralement, des classiques comme Round About Midnight, Green Chimneys ou Moon River, aussi bien que des antiquités comme St James Infirmary ou le New Orleans Blues de Jelly Roll Morton. Ouais... La nappe de pétrole après Katrina, la ville du Professeur Longhair, peut bien avoir les bleus.
• Présenté dans le cadre de l'émission Jazz Set With Dee Dee Bridgewater, le show débute après plus d'une minute de mots grands et petits.

samedi 1 mai 2010

Allen Toussaint au FIJM

• Le 4 mai prochain, les organisateurs du Festival international de jazz de Montréal (FIJM) vont détailler la programmation en salles de la 31e édition de l'événement. On sait déjà que John Zorn s'y produira en compagnie de Laurie Anderson et de Lou Reed. On sait que le même Zorn mènera un Masada marathon avec on ne sait qui. On sait également et surtout que le pianiste, compositeur, producteur, chanteur et maître des musiques vaudoues Allen Toussaint est à l'affiche.
• Monsieur Toussaint comme dans Toussaint Louverture, si cher aux Haïtiens pour avoir foutu une raclée aux esclavagistes, sera à l'affiche deux fois plutôt qu'une. La plupart de ceux qui l'ont accompagné lors de l'enregistrement de Bright Mississippi, la galette des galettes publiée en 2009, seront à ses côtés. Soit Marc Ribot à la guitare, David Piltch à la contrebasse et Jay Bellerose à la batterie, tous fidèles collaborateurs de Joe Henry, le producteur de Bright Mississippi. En attendant leur prestation, voici Toussaint sur la scène de l'émission musicale qui nous régale depuis trente-cinq ans: Austin City Limits.
P.-S.: le show commence après un peu moins de deux minutes de présentation et de messages publicitaires. Quoi d'autre? Si vous cliquez sur l'icône située en bas et à l'extrême droite de l'écran, alors l'image sera plein écran.

John Coltrane en DVD

The World According To John Coltrane est un documentaire que Robert Palmer, critique au New York Times, avait réalisé en 1992 à la demande de la télévision allemande. Depuis peu, la version DVD de ce film d'une heure est disponible. Les aléas inhérents à la distribution étant ce qu'ils sont, il faut préciser qu'on l'a trouvé chez Archambault-Berri, qu'on ne l'a pas vu à moins qu'on est mal vu chez HMV. Le prix? 24 $ sans les taxes.
• Deux faits devraient vous convaincre d'en faire l'acquisition: rares, très, très rares sont les «docus» consacrés au compositeur de spiritual. Et d'une. Et de deux, l'identité du cinéaste. Bien que décédé en 1997, Palmer est considéré, encore et toujours, comme un des deux ou trois meilleurs chroniqueurs des musiques dites populaires. Son Deep Blues demeure un incontournable. Un livre de référence parce qu'empreint d'un souci méticuleux pour la précision.
• Mais au-delà des deux faits évoqués, ce film vaut son pesant d'argent pour les témoignages recueillis auprès des artistes l'ayant fréquenté: Jimmy Heath, qui a connu Trane alors qu'ils étaient adolescents à Philadelphie, Tommy Flanagan, avec lequel il a enregistré Giant Steps, Wayne Shorter, Roscoe Mitchell, Rashied Ali et bien évidemment sa femme Alice. Seul bémol, McCoy Tyner et le batteur Elvin Jones, qui était toujours de ce monde au moment du tournage, ne sont pas de la partie. Certes, on les voit dans les épisodes musicaux, mais... mais c'est tout.

mardi 27 avril 2010

Katrina et HBO

• Le réseau HBO, qui a produit les séries Rome, The Wire, Mad Men, The Sopranos et autres, remporte actuellement un franc succès avec sa plus récente réalisation: Treme. Un feuilleton écrit et réalisé par ceux qui avaient signé The Wire. Amateurs de jazz et de blues, sachez que ce Treme, consacré à La Nouvelle-Orléans après les désastres causés par Karina, fait de la musique qui s'entend dans ces environs une des principales actrices de cette fiction. Ici, le jazz n'est pas un élément décoratif mais LE sujet. Toujours est-il que nos voisins du Sud ayant beaucoup apprécié Treme, on nous promet une 2e et 3e saison.

Les inédits de Socadisc

Socadisc, distributeur de labels indépendants, propose une nouvelle série d'albums jusqu'ici inédits dans le format compact qui devraient régaler particulièrement les amateurs d'Ornette Coleman. En voici la liste: O. Coleman Quartet - Live In Paris 1971 avec Dewey Redman au ténor, Charlie Haden à la contrebasse et Ed Blackwell à la batterie, le Croydon Concert avec David Izenzon à la contrebasse et Charles Moffett à la batterie, le Lenox Jazz School Concert de 1959 avec Don Cherry et Kenny Dorham aux trompettes et Jimmy Giuffre à la clarinette et enfin le O. Coleman Quartet - Belgium 1969 avec Redman, Haden et Balckwell.
• De Bill Evans, Socadisc publie les shows enregistrés à Lund en 1975 et à Helsinki en 1970 et un autre réalisé à Paris en 1974. Sur ces deux albums Eddie Gomez est à la contrebasse et Marty Morell à la batterie. Quoi d'autre? Un Miles Davis intitulé Live In Rome & Copenhagen 1969 avec Wayne Shorter au ténor, Chick Corea aux claviers, Dave Holland à la basse et Jack DeJohnette à la batterie ainsi que le Johnny Griffin Quintet/With Rolf Ericson à la trompette.
• Le trio d'Evans qui suit, avec Gomez et Morell, a été enregistré à Helsinki en 1970. Le titre: Nardis

dimanche 25 avril 2010

Miles au musée, Miller à L'Astral

• Le 30 avril, soit vendredi, le Musée des beaux-arts de Montréal ouvrira ses portes sur l'exposition que la Cité de la musique de Paris avait consacrée à Miles Davis. Simultanément, une série d'événements a été organisée pour souligner évidemment l'art du trompettiste insaisissable. Conférences, films documentaires, fictions, shows et même des cours magistraux sont au programme des prochaines semaines.
• Tout ça débute mercredi 28 avril par deux exposés qui seront donnés à l'Auditorium Maxwell-Cummings, situé au 1379 de la rue Sherbrooke Ouest. Le premier sera décliné par David Brackett, de la Faculté de musique de l'Université McGill, à partir de 11h30. Le deuxième? Par André Ménard, architecte de la programmation du Festival international de jazz de Montréal depuis le début, qui a invité Miles à plus d'une reprise. À compter de 13h30 au même endroit. Le lendemain, Vincent Bessières, commissaire de l'exposition, livrera son décryptage de Miles à 16h30.
• La veille, à L'Astral, le bassiste et producteur Marcus Miller, qui a accompagné Davis dans les années 80, revisitera l'album Tutu en compagnie du trompettiste Christian Scott. À 18h30 et 21h30. Prix du billet: 38,50 $.

Dexter au Congrès


• Grande nouvelle. Très, très grosse nouvelle. La Library of Congress des États-Unis vient de faire l'acquisition de 1000 articles ayant tous Dexter Gordon comme sujet principal. Parmi les objets vendus par Maxine Gordon, la veuve de Long Tall Dexter, des inédits sonores enregistrés live pour la plupart, dont plusieurs avec Wardell Gray. Dans les mois qui viennent, le Packard Campus for Audio-Visual Conservation va digitaliser toutes les bandes achetées.
• Mis à part les déclinaisons musicales de Daddy Plays The Horn, l'organisation américaine a mis la main sur une ribambelle de documents iconographiques permettant de suivre comme jamais auparavant la carrière de l'homme né le 27 février 1923 à Los Angeles. Quand on sait que ce fils d'un médecin qui comptait Duke Ellington et Lionel Hampton parmi ses patients a joué aux côtés de Charlie Parker, Louis Armstrong, Billy Eckstine, Dizzy Gillespie, Fletcher Henderson, les frères Heath, Tadd Dameron, Fats Navarro et quantité d'autres avant de s'expatrier en Europe où il s'est produit avec Bud Powell, Kenny Clarke, Horace Parlan, Benny Bailey, Kenny Drew, Tete Montoliu et autres Billy Higgins...
• Quand on sait qu'il fut le premier à fixer sur le ténor ce que Parker avait fait à l'alto, qu'il n'avait pas son pareil pour injecter une sacrée dose d'intensité dans la plus banale des rengaines, qu'il fut grand du début à la fin, quand on sait tout cela, on ne peut que se réjouir, qu'applaudir à quatre mains l'initiative de la Library of Congress. Vivement la suite, vivement la fin du travail d'archivage et de remise en forme des bandes signées par Dale Turner alias Dexter Gordon.
P.-S.: si vous aimez encore et toujours Gordon, on vous conseille l'achat de la biographie que le Britannique Stan Britt lui avait consacrée. Le titre? Dexter Gordon - A Musical Biography, parue en 1989 aux éditions Da Capo. Ce bouquin est un des meilleurs du genre.

Ron Miles live

• On l'a découvert aux côtés de Bill Frisell il y a une dizaine ou une douzaine d'années de cela. On avait apprécié à la nanoseconde la clarté de son jeu. Depuis, on le suit. De qui s'agit-il? Du trompettiste Ron Miles. Le voici entouré de Frisell à la guitare, de Reginald Veal à la contrebasse et de Matt Wilson à la batterie. Où donc? Au Jazz Standard, qui propose semaine après semaine une programmation de qualité Iso 9000. Petite note: la présentatrice du show n'est nulle autre que Dee Dee Bridgewater. Enjoy!

samedi 24 avril 2010

Le conte d'une guitare par Bibb

• Le nouvel album d'Eric Bibb, c'est d'abord et avant tout l'histoire d'une guitare. Celle que Bukka White a trimbalée pendant des décennies dans les coins comme les recoins du monde pour mieux raconter, en solo, le quotidien des Mississippiens. Le quotidien des pauvres métayers. Toujours est-il qu'après la mort de ce cousin de B. B. King, cette guitare en métal s'est retrouvée entre les mains d'un Écossais qui, il y a peu, a décidé de la refiler à Bibb.
• Ébranlé par ce geste désintéressé, ému d'avoir entre les mains la six cordes d'un des alchimistes du blues acoustique, du blues du Delta, Bibb a conçu son album comme un écho aux totems sonores forgés par White, évidemment, mais aussi par Skip James, Son House et, surtout, Mississippi John Hurt. Attention! Il ne reprend pas à son compte le Pay Day de Hurt ou la Death Letter de House. Il reprend, grosso modo, là où ils avaient laissé.
Bessie Smith, Charley Patton, John Lee Hooker et bien d'autres avaient été traumatisés par les débordements rageurs du Mississippi en 1926-1927 au point de les chanter? Bibb le souligne, le rappelle, dans Flood Water. Wayfaring Stranger est une vieille rengaine écossaise que les damnés de la terre apprirent de la bouche de leur esclavagiste? Bibb la remodèle. Les livres le passionnent en général, ceux de Walter Mosley en particulier? Va pour Turning Pages. Il adore B. B. King? Va pour Tell Riley, le vrai nom de B.B.
• Pour faire court, cet album intitulé Booker's Guitar — Booker était le véritable nom de White — sur étiquette Telarc (15 $ sans les taxes) est une réussite totale. De bout en bout. Si vous aimez John Hurt, Levon Helm, Johnny Cash, Willie McTell, Blind Lemon Jefferson, Bob Dylan et tous ceux qui restent «grounder» sur le terreau des réalités du jour le jour, alors Bibb vous comblera.

Down Beat de mai

• Le Down Beat ( 5 $ sans les taxes) du mois de mai est arrivé. En couverture, le saxophoniste Miguel Zenon, qui a droit évidemment à la totale. Mis à part Zenon, on nous propose une rencontre entre deux artisans des mélodies que le fabricant d'ascenseurs Otis se plaît à nous fourguer du 1er au 500e étage; il s'agit de Ramsey Lewis et de Kirk Whalum. Mis à part (bis) ces deux zigues, on apprend que Manfred Eicher, le fondateur d'ECM, a reçu le Downbeat Lifetime Achievement Award.
• Quoi d'autre? Le guitariste Jim Hall est soumis à l'écoute de disques à l'aveugle, le saxophoniste britannique Evan Parker se raconte, l'essentiel des programmations des festivals de jazz américains et européens est dévoilé et, surtout, il y a cette réédition d'un entretien que Gerry Mulligan accorda à Leonard Feather en mai 1960.
• Dans la section consacrée aux nouveautés discographiques, on apprend que le club new-yorkais Small vient de créer le label SmallsLIVE. Le but? Conserver sur compact les shows des musiciens qui se produisent dans ce petit club situé à quelques pas de son célèbre aîné, le Village Vanguard. Les six premières parutions sont les suivantes: le quartet du trompettiste Ryan Kisor, les trios des pianistes David Kikoski et Kevin Hayes, le quintet du tromboniste Steve Davis avec le pianiste Larry Willis, le saxophoniste Ian Hendrikson-Smith, et le quartet du guitariste Peter Bernstein, qui a fait appel au vétéran batteur Jimmy Cobb.
Kikoski en trio

jeudi 22 avril 2010

Pour le plaisir: le Count et Zoot

• Bizarrement, les menus travaux accomplis par Count Basie dans les années 70 au bénéfice de l'étiquette Pablo en particulier et le nôtre en général sont beaucoup moins appréciés aujourd'hui qu'ils ne le furent lors de leur publication. Ce vice, d'ailleurs énorme, est largement attribuable à la mauvaise distribution des albums enregistrés par Pablo. Tant ceux de Basie que ceux de Dizzy Gillespie, Zoot Sims, Coleman Hawkins, Ray Bryant, Oscar Peterson, Eddie Lockjaw Davis, Harry Sweet Edison, sans oublier Duke Ellington.
• En fouinant, on est tombé sur cette vidéo de Basie en compagnie de Sims au ténor, de Roy Eldridge à la trompette, de Cleveland Eaton à la contrebasse et de Duffy Jackson à la batterie. Il résume à merveille la forte inclination de tous ces musiciens pour le jam, la lenteur, la décontraction, le naturel, le plaisir. Le plaisir de jouer ensemble, de jouer entre amis qui n'ont plus rien à prouver. Ce Midnight Special, c'est du bonheur dans sa plus simple expression.
Midnight Special

L'architecte Bill Frisell

• Le guitariste Bill Frisell n'arrête pas. Il travaille tout le temps, constamment. Actuellement, il tourne aux États-Unis avec des formations à géométrie variable. Lorsqu'il ne se produit pas avec le pianiste Jason Moran et le batteur Kenny Wollensen, il ponctue de ses improvisations les films de Buster Keaton avec les membres d'un autre trio après avoir consacré une série de spectacles aux compositions de John Lennon tout en préparant une série de concerts européens avec le pianiste Brad Meldhau quand il ne joue pas avec les fines lames des cordes que sont Marc Ribot, Buddy Miller et Greg Leisz.
• Avec ces derniers, le guitariste aujourd'hui installé à Seattle a enregistré un album auquel les chanteuses Emmylou Harris, Patty Griffin, Shawn Collins et Leeann Womack ont participé. Le contrebassiste? Dennis Crouch. Le batteur? Jay Bellerose. Ce disque paraîtra sur l'étiquette New West Records. Quoi d'autre? Frisell occupera la scène du Village Vanguard à douze (douze!) reprises au mois de mai, entre le 4 et le 16, avec des groupes aux configurations diverses.
• En attendant la publication de son nouvel opus, voici l'entretien qu'il a eu avec la pianiste Marian McPartland.

mardi 20 avril 2010

Live au Vanguard: Sam Yahel

• Une fois par mois, la station new-yorkaise du réseau radiophonique NPR enregistre des musiciens se produisant sur la scène du Village Vanguard. Voici une heure et quelques minutes du trio dirigé par le pianiste Sam Yahel. Matt Penman est à la contrebasse, Jochen Rueckert à la batterie.

So Jazz: C. Scott, J. Coursil et cie

• C'est logique! Il y a un mois, le trompettiste Christian Scott faisait la couverture de Down Beat parce qu'un disque de lui venait de paraître sur étiquette Concord. Où est la logique dans cette histoire? Le disque ayant traversé l'Atlantique, l'homme né à La Nouvelle-Orléans fait la une du numéro courant de So Jazz.
• Il est un brin baveux, le jeune Scott. Il vous descend les uns et les autres, notamment Terence Blanchard et Wynton Marsalis, avec la verve du coq qui veut bousculer ses aînés. Ça donne notamment ceci: «Tous les Wynton Marsalis, les Terence Blanchard sont nuls. Ils m'ont toujours ennuyé. Ils n'ont pas de personnalité.» Savez quoi, cet entretien a réveillé un coin de notre mémoire où sommeillait une entrevue accordée par Marsalis à Jazz Magazine au début des années 80. Pis? Scott dit aujourd'hui ce que Marsalis disait alors. Seuls les noms ont changé.
• Ce quatrième numéro de So Jazz (9,50 $) propose également des portraits du trompettiste Jacques Coursil, trop méconnu de ce côté-ci du globe, et du pianiste Omar Sosa, qui revient au big band. Voici d'ailleurs ce dernier, ci-après.

vendredi 9 avril 2010

Petite note

• Pars pour New York -stop- faire plongée dans le jazz -stop- retour dans neuf jours -stop- salutations «nonne» stop - la truffe

mercredi 7 avril 2010

Zut de zut, Mose Allison!

• Comme on dirait en langue franc: parce que, parce que... c'est pas ça! Douze ans que l'on attendait des nouvelles enregistrées de Mose Allison, l'auteur de If You Live, le contempteur de l'inclination guerrière du bipède, le chanteur doux du Young Man Blues. Douze ans que l'on patientait, que l'on guettait la moindre information sur un possible retour du pianiste de Parchman Farm, du conteur qui décline les maux du Senior Citizen. Il y a six mois, elle est enfin tombée, la nouvelle. Allison était en studio avec Joe Henry dans le rôle du producteur.
• Il y a six mois, y'avait d'la joie. Pensez-y! Allison et Henry, l'homme qui a ranimé les carrières de Allen Toussaint et Ramblin' Jack Elliott. Sachant cela, on est resté constamment à l'affût. De quoi? La date de publication de l'album. Quand on a su que c'était le 23 mars aux States et le 26 au Canada, on a... on a compté les jours. D'abord sur quatre mains, puis sur deux, puis sur une. C'est dire notre impatience. Au jour J, on était là. Au magasin.
• Pis? C'est tombé comme un soufflet au fromage. Bref, la déception fut aussi rapide que brutale. Mais comme aime beaucoup, et depuis des décennies, l'homme du Mississippi, et comme aime bien Joe Henry, on a laissé l'album de côté pendant quelques jours croyant que le dépit serait passager. Pis? On l'a réécouté, réécouté, réécouté. Alors on a compris, on a compris pourquoi il avait fallu plus d'un an à Henry pour convaincre Allison de faire un autre pas de deux en studio. Le vieux ne voulait tout simplement pas graver encore une fois sa voix sur ruban. Le coeur n'y est plus. Snif! Snif!
• Histoire de se remonter le moral, rien de tel que d'écouter des anciennes jeunesses qui décapent le méchant par Young Man Blues interposé:



lundi 5 avril 2010

La rénovation de W. Parker

William Parker, contrebassiste réputé être à l'avant de la garde, est en train de mettre la dernière main, celle du montage, à l'enregistrement d'un album entièrement consacré aux chansons de Curtis Mayfield. Ce dernier reste célèbre pour avoir été l'interprète, avec le Marvin Gaye de What's Going On, du ras-le-bol des Noirs. En 1972, la publication de son album Superfly, album politique, en fit le porte-parole de toute une génération. Toujours est-il que Parker a décidé de souligner l'art de Mayfield en reprenant ses thèmes. La sortie est prévue pour le début de l'été. En attendant, voici Parker en compagnie d'une autre révolté, le violoniste, et vétéran de la guerre du Vietnam, Billy Bang

Le naturel: J. Hodges

• Plus décontracté que Johnny Hodges, tu sombres dans les nappes de sommeil. Plus paresseux que lui et hop! on t'envoie dans les mines de sel. Plus naturel, tu meurs. Regardez son regard, observez son air. On dirait qu'il décline son chapelet de notes tout en analysant le comportement des auditeurs. Qu'il est en train de marmonner: «La dame du siège numéro F7 est en froid avec F9; le bipède qui trône sur C4 est content de nous voir au contraire du D3. Tiens, la dernière fois que nous sommes venus, la couleur des rideaux était le bleu royal.» On répète: regardez-le et vous constaterez qu'il pense à autre chose qu'à ce qu'il est en train de jouer avec un naturel désarmant. Voici huit minutes de régal.

dimanche 4 avril 2010

La clarté de Wardell Gray

• Au jeu des rééditions, deux labels se distinguent parce qu'arrêtant des choix plus judicieux que d'autres: Frémeaux & Associés ainsi que Nocturne. Grâce à cette dernière étiquette, on peut découvrir ou redécouvrir celui qui fut dans les années 40 le saxophoniste de la fluidité: Wardell Gray. De lui on connaît évidemment ce duel mené avec, et non contre, Dexter Gordon et qui parut sous le titre The Chase.
• Mais ce qui singularisa Gray de Gordon, Teddy Edwards, Jimmy Heath, Lucky Thompson et autres ténors de sa génération, c'est l'aisance avec laquelle il passait du swing au bop et inversement. Un jour, il était membre du big-band d'Earl Hines ou de Count Basie, le lendemain il jouait en compagnie des militants du bebop. Le surlendemain, il rejoignait Benny Goodman, qui vouait les inventions de Charlie Parker et Dizzy Gillespie aux gémonies, avant de s'acoquiner le lendemain du surlendemain avec Tadd Dameron, Sonny Clark ou Hampton Hawes.
• Contrairement à bien de ses contemporains, Wardell Gray ne fut jamais un opposant, un guerrier, un battant. Il aimait par-dessus tout ponctuer les musiques de Basie ou Dameron à coups de notes claires, fluides, limpides. Le double album que Nocturne lui a consacré est le résumé convaincant d'un parcours qui reste exemplaire par ce refus de trancher. Ce refus d'adhérer à ceci plutôt qu'à cela.
Wardell chez Basie

Cedar Walton sur le gril

• Pianiste de Bad Plus, le pianiste Ethan Iverson a un point commun avec le batteur Kenny Washington: l'un et l'autre sont des historiens permanents, quotidiens, du jazz. Autrement dit, ils le sont 24 heures sur 24. Lorsqu'ils ne sont pas sur la scène ou en studio, ils s'entretiennent avec leurs aînés, les photographient ou encore transcrivent leurs compositions et solos. Tout récemment, Iverson a dialogué longuement avec un maître: le pianiste Cedar Walton. Cette discussion est si riche en informations sur le parcours de Walton qu'elle est passionnante de bout en bout.

samedi 3 avril 2010

Live au Vanguard: Steve Wilson

• Des années durant, le saxophoniste Steve Wilson a été très sollicité par ses collègues. De Dave Holland à Mulgrew Miller en passant par Buster Williams ou Maria Schneider, beaucoup ont fait appel à son talent. À cette sonorité si claire et aiguisée, à son style si tranchant et vif. Il y a quelques jours, il se produisait au Village Vanguard en compagnie d'Orrin Evans au piano, d'Ugonna Okegwo à la contrebasse et de Bill Stewart à la batterie. Voici l'enregistrement du premier set:

Le roi du Savoy Ballroom: C. Webb

• L'idée était excellente. Frémeaux & Associés, dont on ne soulignera jamais assez combien ses artisans ont un sens scrupuleux, méticuleux, de l'histoire, l'a eue. Laquelle? Ce label a consacré un double-compact à un chapitre particulier du jazz des années 30: les big-bands et la danse. Cette étiquette française a rassemblé les morceaux qui faisaient chalouper les jambes et bassins de mesdames et messieurs dès les premières mesures des orchestres de Fletcher Henderson, Sidney Bechet, Coleman Hawkins, Erskine Hawkins, Claude Hopkins, Benny Carter, Lucky Millinder, Teddy Hill, Andy Kirk, Jay McShann, Count Basie, Cab Calloway, Duke Ellington, Buddy Johnson, Buddy Tate, Tab Smith et Cootie Williams. Sans oublier celui qui fut le roi incontesté du Savoy, le batteur Chick Webb. C'est grâce à lui en effet que le Savoy devint le point de chute favori des danseurs.
• Dans le texte qui accompagne cet album intitulé The Savoy Ballroom - The House Bands 1931-1955, Jacques Morgantini souligne que l'orchestre de Webb «était le favori des danseurs et la terreur des invités qui devaient l'affronter. Duke Ellington a dit: "Chick et ses gars aimaient défier tous les autres orchestres noirs et blancs, et aussi loin que je m'en souvienne, ils ne subirent jamais la défaite, Chick était toujours le vainqueur même si son rival du moment était le meilleur orchestre du monde! (...) Count Basie, de son côté, disait que rencontrer en joute musicale Chick Webb était une épreuve" qui rendait toujours les meilleurs très nerveux».
• Charlie Buchanan, le manager du Savoy, de poursuivre: Morgantini «était très clair lorsqu'il engageait un orchestre, en soulignant cette règle d'or inflexible: jouer ce que vous aimez, mais avant tout nourrissez les pieds des danseurs». Si la piste se vidait, l'orchestre était renvoyé illico. Suit ci-après un court documentaire sur le Savoy, Webb et autres:

L'affiche improbable: Miles et Neil

• Critique au New York Times, collaborateur de JazzTimes, essayiste et historien, Nate Chinen vient de consacrer un long article, voire une analyse, au premier show de Miles Davis dans une salle alors réputée pour présenter des musiciens de rock, pop, etc. Il s'agit évidemment du Fillmore East où il partagea l'affiche avec Neil Young et Crazy Horse.

jeudi 1 avril 2010

Le retour du cheveu rouge

• Quand on y songe, les pianistes qui font la sieste six pieds sous terre n'ont pas la veine qu'ont les saxos et trompettistes qui forment, eux, le bataillon que dirige Duke Ellington dans un au-delà qui n'est évidemment pas le paradis que les gogos font miroiter aux crédules. De-que-cé? La distribution, une fois encore. À la faveur d'un nombre incalculable d'épiceries musicales, on a constaté que Hampton Hawes, Carl Perkins, Bobby Timmons, Elmo Hope et quelques autres champions de la catégorie mi-moyen étaient les dindons post-mortem des hiatus que les technologies dites nouvelles ont créés sur le flanc de la distribution.
• Toujours est-il qu'on a noté la ré-apparition, dans les environs montréalais, d'un album signé par le champion des champions des mi-moyens. On a nommé Red Garland, soit le pianiste qui a fondu le blues dans le jazz avec une gourmandise pour le bonheur que d'autres n'avaient pas. Point. Intitulé Red In Bluesville, sur étiquette Pestige, cet album a été enregistré avec Sam Jones (Yes!) à la contrebasse et Art Taylor (Re-Yes!) à la batterie. Au programme des classiques du genre: He's A Real Gone Guy, See See Rider, M Squad Theme, Your Red Wagon, Trouble In Mind, et le célèbre St Louis Blues.
• Souvent, beaucoup, beaucoup trop souvent, on a réduit le rôle de Garland à celui d'entremetteur entre Miles Davis et John Coltrane. De quoi rager deux fois plutôt qu'une. Cet album, splendide au demeurant comme le sont bien de ses disques, a ceci de riche en enseignements qu'il met en lumière comme en relief ceci: Garland reste le passeur par excellence du blues au jazz. Pour s'en convaincre, voici le traditionnel See See Rider ci-après:

mardi 30 mars 2010

R. Blake: entre Monk et Satie

• On adore Ran Blake parce qu'il nous refile suffisamment de matières sculptées par lui pour qu'on adore ce qui le passionne, le film noir au premier chef. Oui! Ce pianiste de Boston, ce professeur très réputé, ce théoricien avec d'autres, dont George Russell, de la Third Stream, de la troisième voie, s'inspire énormément du film noir. Il ne cesse de puiser son inspiration dans cette esthétique cinématographique. Pour lui, aujourd'hui, le plus grand cinéaste vivant s'appelle... Claude Chabrol!
• On adore également Ran Blake parce qu'il fait le pont, le viaduc, le saute-mouton, entre Thelonious Monk qu'on adore et Éric Satie qu'on aime tout autant. L'automne dernier, Blake a publié un autre album en solitaire, exercice réputé casse-gueule mais dans lequel, lui, excelle. Cette nouveauté s'intitule Driftwoods. Elle a été éditée par l'étiquette Tompkins Square. Elle est faite de morceaux, certains joyeux, certains sombres, qui ont ponctué nombre de films et de morceaux déclinant carrément des drames. On pense à sa reprise du célèbre Strange Fruit de Billie Holiday.
• On vous en parle aujourd'hui parce que Driftwoods continue d'être le sujet d'éloges. Il y a de quoi, amplement de quoi, si on goûte la note aiguisée, affûtée jusqu'à sa dernière extrêmité. Drifwoods, comme d'ailleurs bien de ses productions en solo, c'est le jazz des nuits noires. Des nuits sans aucun clair de lune.
• Il y a peu, Blake était l'invité d'Eric Jackson, qui anime depuis des décennies une émission de jazz à la station de Boston du réseau radio de NPR. Avant que ce dernier ne pose ses questions, Blake rend hommage à Chabrol, quinze minutes durant, tout en insérant, ici un folklore aux accents italiens évidents et là un gospel. Voici ce «coquetelle» de dialogues et de beautés sonores.
P.-S.: pour écouter cette émission, faut quelque peu travailler. Ne vous en faites pas, c'est simple. Une fois que vous avez cliqué sur le lien ci-dessous, vous serez sur le site de la radio WGBH. Après quoi, il vous suffit de repérer la rubrique audio-this afternoon, qui est en fait située juste à droite d'une photo. Une fois cela fait, vous déroulez les sujets jusqu'à ce que vous tombiez sur Blake. Pour être exact, Blake est le onzième sujet de audio-this afternoon.

Le solde du mois: Jimmy Giuffre

• Ce solde-là, il sent l'histoire des droits d'auteur à plein nez, à gros nez. Mais bon, on ne s'en plaindra pas parce que... Parce que pour une rare fois le consommateur qu'on prend pour un cochon de payant, pas un cochon d'Inde, mais de Chine, soit un gros cochon au sens évidemment physique du terme, en est le principal bénéficiaire.
• C'est tout simple: une nouvelle étiquette baptisée The Pool Winners s'est employée à combiner deux albums enregistrés il y a plus de cinquante ans par tel ou tel musicien, donc libres de droits et qu'elle publie aujourd'hui sous la forme d'un compact. L'intérêt? Au sens économique, il est bas. Chaque CD est vendu à 11 $, ou 10,99 $, comme se plaisent à le dire les «bleachés BCBG» du marketing, donc du courant tarte à la crème de la science économique.
• Parmi les premières parutions de la série, on a retenu les noms de John Coltrane, Miles Davis, Zoot Sims, Woody Herman et surtout Jimmy Giuffre. Dans son cas, The Pool Winners a regroupé The Jimmy Giuffre 3, sans cesse redistribué, et Trav'lin Light, qui lui l'était beaucoup moins. En fait, ce dernier disparaissait des bacs des disquaires durant de longues périodes. De quoi faire rager d'autant plus l'amateur que ce vice était également une insulte à un grand monsieur, un grand créateur.
• Bon. On a peut-être oublié que ce trio c'était Giuffre au ténor, au baryton et à la clarinette, Jim Hall à la guitare et Ralph Pena à la contrebasse. Lors de la sortie du Giuffre 3, leur jazz de chambre, leur jazz calme, subtil et un tantinet planant avait épaté. Notamment leur interprétation d'un vieux folklore qu'ils avaient restauré et non rénové. Le titre? The Train And The River. Le voici:

So Jazz: Ahmad, Eddie et Miles

• Tiens, Ahmad Jamal est encore en couverture. Pour son troisième numéro, le mensuel suisse So Jazz a fait comme Down Beat qui avait fait comme Jazz Magazine: un brin de causette avec Jamal. Ça vous a «force-aimant» un petit côté répétitif qui plaira aux seuls maniaques du Ahmad' Blues, sans doute heureux que le pianiste originaire de Pittsburgh soit le sujet d'attentions simultanées conséquentes à la sortie d'un nouvel album, Quiet Time sur étiquette Dreyfus Jazz.
• N'empêche que ce So Jazz propose son lot de singularités. Il y a d'abord cet entretien avec l'acteur Don Cheadle, qui est en train de réaliser un film dont il a écrit le scénario. Le sujet? Miles Davis. De ses propos, on a retenu celui-ci: «Ce ne sera pas une biographie classique. Ce sera quelque chose de plus déconstruit. Plutôt un film dont il sera la star, pas un film retraçant son histoire de A à Z. À quoi bon? Il faudrait bien plus d'un film pour y parvenir, et des documentaristes de PBS ou de la BBC le feraient bien mieux.»
• Autre article intéressant, celui consacré au cinéaste Melvin Van Peebles, qui a converti son film Sweetback's Badasssss Song en opéra, pour lequel il a requis les services ou plutôt les talents des musiciens du Burnt Sugar - The Arkestra Chamber. La particularité de celui-ci? Faire le pont entre Igor Stravinski et Robert Johnson, entre Miles Davis et Funkadelic.
• Enfin, il y a ce portrait du bluesman Eddie C. Campbell, l'un des derniers survivants de cette génération qui articula ses premiers balbutiements sur les rives du Mississippi avant de migrer vers Chicago. Les amateurs de la note bleue et crue devraient d'autant plus apprécié cet article que cela faisait des lunes qu'on n'avait pas eu des nouvelles du propriétaire de la guitare rose et écaillée. Voici d'ailleurs une vidéo enregistrée récemment en... Patagonie!


jeudi 25 mars 2010

Le tromboniste de la tenacité

• Il est compositeur comme il est courageux. Il est arrangeur comme il est tenace. Il est surtout tromboniste plus amoureux que d'autres de cet instrument confronté à un coefficient de difficulté plus élevé qu'ailleurs. De-que-cé? Séduire ou convaincre par trombone interposé est plus hasardeux que sur le saxo ou la «trompinette». De qui s'agit-il? Richard Gagnon qui vient de produire une nouvelle ode à cet instrument relégué pendant des années au rôle de figurant avant que J. J. Johnson ordonne son émancipation en mettant en relief ses lettres de noblesse sonore. Notamment sur les tempos de la ballade.
• Bon. Gagnon vient de publier un album intitulé Suite, tout simplement, et qui ne regroupe, outre la formation rythmique classique, que des trombones, rien que des trombones. Soit ceux de David Grott, David Martin, Jean Nicholas Trottier, Serge Arsenault, Robert Ellis au trombone basse, auquel s'est joint le New-Yorkais Steve Davis, auprès de qui Gagnon a d'ailleurs étudié. Gaétan Daigneault est au piano, Frédéric Grenier à la contrebasse et Richard Irwin à la batterie. Le nom du groupe? Trombones Actions.
• Bien. Cet album paru sur étiquette R. G. Productions, et que Select distribue, est de facture classique, dans le sens respectueux du terme. Ici, les accents rappellent ceux des big bands sur lesquels celui de Thad Jones-Mel Lewis avait imprimé ses marques. Là, les pulsions chaloupées de Gagnon ou de Davis ou de Trottier font écho au «bibeaupe» brandi et défendu par Slide Hampton. C'est soudé, si bien soudé que rien ne dépasse, rien ne se perd. Cet orchestre est d'une homogénéité remarquable, méritant donc d'être salué mille fois plutôt qu'une. D'autant que, sur les ballades, Gagnon est sa bande nous régalent. Chapeau!
• P.-S.: Gagnon et Trombones Actions occuperont la scène de L'Astral demain soir. Le show sera précédé d'un 5 à 7 au cours duquel sa Suite sera lancée.
• P.-S. 2: Steve Davis jouant trop peu souvent à Montréal, on vous propose ci-après un neuf minutes moins une seconde de calme.

mardi 23 mars 2010

La ferme de Levon Helm

• Voici un «docu» d'une vingtaine de minutes dont Levon Helm, batteur, chanteur et pinceur de mandoline, est le sujet. En fait, on devrait parler de Levon le guide des fermes de l'Arkansas — il est né dans cet État —, où des métayers, où ses anciens voisins, s'échinent à cultiver des lopins qu'ils seront probablement les derniers à avoir creusés.
• Ces damnés de la terre, c'est le cas de le dire, pour lesquels il éprouve une affection évidente, ont été les moteurs comme les acteurs de Dirt Farmer, album très touchant, album accompli à l'aune du réalisme le plus cru qui soit. Entre deux dialogues avec ces cultivateurs, le cinéaste a évidemment glissé des morceaux du disque produit par le guitariste Larry Campbell, qui avant de rejoindre Helm fut membre du groupe de Bob Dylan pendant une quinzaine d'années.
• En 2009, Dirt Farmer obtint le Grammy du meilleur album dans la catégorie americana. Idem cette année pour la suite intitulée Electric Dirt. Aux amateurs de cinéma et de Bertrand Tavernier en particulier, signalons que Helm campe le rôle du général Hood dans le film In the Electric Mist, adapté du roman du même nom que James Lee Burke publia il y a plus de dix ans de cela.