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dimanche 18 juillet 2010

Charlie Haden par E. Iverson

• Pianiste du trio The Bad Plus, Ethan Iverson est également un chroniqueur. Un chroniqueur plus historien que journaliste. Sur son blogue, il propose de longs entretiens avec ses confrères musiciens qui révèlent d'ailleurs, comme si besoin était, son inclination pour l'éclectisme. Il est curieux de toutes les musiques. De tous les horizons.
• Toujours est-il que ces entrevues, c'est comme... C'est de l'intérieur. C'est cela! Des entrevues faites de l'intérieur. Quoi d'autre? Elles sont préparées avec un soin si méticuleux qu'elles mériteraient d'être regroupées dans un gros bouquin. Aujourd'hui, on vous renvoie aux mille et une questions qu'il a posées à Charlie Haden. Il décline avec abondance ses associations avec Ornette Coleman, son Quartet West, les batteurs Billy Higgins, Ed Blackwell, Paul Motian, Keith Jarrett, etc.
Haden par Iverson

lundi 14 juin 2010

S. Manne pour le plaisir

Shelly Manne et ses hommes, c'est ainsi qu'il avait baptisé son groupe, ont sillonné pendant des années la côte ouest de Seattle à San Diego en faisant de longs arrêts à San Francisco, au Black Hawk pour être plus précis, et à Los Angeles, au Manne's Hole qu'il avait fondé, pour être exact. Ses hommes s'appelaient Conte Candoli ou Joe Gordon à la trompette, Richie Kamuca au ténor, Victor Feldman ou Russ Freeman au piano et Monte Budwig à la contrebasse.
• Avec Gerry Mulligan, Chet Baker, Shorty Rogers, la bande du Lighthouse et, dans une moindre mesure, Art Pepper, Shelly Manne est emblématique de ce qu'on appelle le jazz West Coast ou Cool Jazz. Pour notre part, il était et demeure le patron d'une formation chérie entre toutes parce que tissant plein de finesses, de nuances et de légéretés avec une décontraction qui force l'admiration. Leur version ci-dessous de Speak Low c'est... c'est... c'est un mille-feuilles.



mardi 30 mars 2010

Le solde du mois: Jimmy Giuffre

• Ce solde-là, il sent l'histoire des droits d'auteur à plein nez, à gros nez. Mais bon, on ne s'en plaindra pas parce que... Parce que pour une rare fois le consommateur qu'on prend pour un cochon de payant, pas un cochon d'Inde, mais de Chine, soit un gros cochon au sens évidemment physique du terme, en est le principal bénéficiaire.
• C'est tout simple: une nouvelle étiquette baptisée The Pool Winners s'est employée à combiner deux albums enregistrés il y a plus de cinquante ans par tel ou tel musicien, donc libres de droits et qu'elle publie aujourd'hui sous la forme d'un compact. L'intérêt? Au sens économique, il est bas. Chaque CD est vendu à 11 $, ou 10,99 $, comme se plaisent à le dire les «bleachés BCBG» du marketing, donc du courant tarte à la crème de la science économique.
• Parmi les premières parutions de la série, on a retenu les noms de John Coltrane, Miles Davis, Zoot Sims, Woody Herman et surtout Jimmy Giuffre. Dans son cas, The Pool Winners a regroupé The Jimmy Giuffre 3, sans cesse redistribué, et Trav'lin Light, qui lui l'était beaucoup moins. En fait, ce dernier disparaissait des bacs des disquaires durant de longues périodes. De quoi faire rager d'autant plus l'amateur que ce vice était également une insulte à un grand monsieur, un grand créateur.
• Bon. On a peut-être oublié que ce trio c'était Giuffre au ténor, au baryton et à la clarinette, Jim Hall à la guitare et Ralph Pena à la contrebasse. Lors de la sortie du Giuffre 3, leur jazz de chambre, leur jazz calme, subtil et un tantinet planant avait épaté. Notamment leur interprétation d'un vieux folklore qu'ils avaient restauré et non rénové. Le titre? The Train And The River. Le voici:

samedi 6 février 2010

L'air de Brubeck et Desmond

• Côté est, à la fin des années 40, Miles Davis, John Lewis, Gerry Mulligan et Gil Evans se sont appliqués à briser les rythmes du temps, voire sa routine, en prenant le contre-pied du «bibeaupe». Pour faire court, là où il y avait agressivité ils ont introduit la lenteur et la douceur. Côté ouest, à la même époque, Dave Brubeck, Paul Desmond et un saxophoniste ténor aujourd'hui oublié, il s'appelait David van Kriedt, s'employaient à la confection d'une grammaire musicale identique à celle des troublions nommés sans pour autant les imiter.
• Aujourd'hui, grâce à l'étiquette française Frémeaux & Associés, le travail de ces derniers nous a été restitué avec le souci suivant: suivre la chronologie de leur développement, leurs découvertes, qui devait atteindre son point d'orgue avec la parution de Time Out en 1959. Les morceaux choisis par Alain Gerber et Alain Tercinet, auteur d'un livre remarquable - West Coast Jazz édité par Epistrophy/Parenthèses -, ont été enregistrés à San Francisco, New York et Los Angeles. Parfois, Brubeck est seul, parfois il est à la tête d'un trio. D'autres fois, Desmond dirige un quartet sans piano, notamment avec Gerry Mulligan. Mais sur la majorité des pièces, le pianiste côtoie l'altiste si amoureux de l'actrice Audrey Hepburn qu'il lui dédia une de ses plus belles compositions; Audrey.
• Lorsqu'on écoute Blue Moon, Over The Rainbow, How High The Moon, All The Things You Are, Laura, Line For Lyons, You Go To My Head, Take Five, évidemment, et autres chansons merveilleusement déclinées, on réalise que Brubeck-Desmond avaient un point commun avec Duke Ellington: le génie de la beauté. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que Brubeck ait intitulé une de ses plus célèbres compositions The Duke.
• Dans son texte de présentation, aussi instructif que savant, Tercinet rapporte l'anecdote suivante: À propos de son plus grand succès, Take Five, Desmond inventa cette histoire: «L'idée m'en est venue à Reno, devant une machine à sous. Le rythme de la machine m'a suggéré le rythme du morceau. En fait, j'ai voulu que cette machine restitue d'une manière ou d'une autre tout l'argent perdu à jouer avec.» La suite? Vous la lirez après avoir fait l'acquisition de ce double compact. Oui, on vous en conseille l'achat dix fois plutôt qu'une. D'autant plus que ce disque baptisé The Quintessence s'avère d'ores et déjà une des meilleures rééditions de l'année 2010. Cliquez: