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mardi 30 mars 2010

So Jazz: Ahmad, Eddie et Miles

• Tiens, Ahmad Jamal est encore en couverture. Pour son troisième numéro, le mensuel suisse So Jazz a fait comme Down Beat qui avait fait comme Jazz Magazine: un brin de causette avec Jamal. Ça vous a «force-aimant» un petit côté répétitif qui plaira aux seuls maniaques du Ahmad' Blues, sans doute heureux que le pianiste originaire de Pittsburgh soit le sujet d'attentions simultanées conséquentes à la sortie d'un nouvel album, Quiet Time sur étiquette Dreyfus Jazz.
• N'empêche que ce So Jazz propose son lot de singularités. Il y a d'abord cet entretien avec l'acteur Don Cheadle, qui est en train de réaliser un film dont il a écrit le scénario. Le sujet? Miles Davis. De ses propos, on a retenu celui-ci: «Ce ne sera pas une biographie classique. Ce sera quelque chose de plus déconstruit. Plutôt un film dont il sera la star, pas un film retraçant son histoire de A à Z. À quoi bon? Il faudrait bien plus d'un film pour y parvenir, et des documentaristes de PBS ou de la BBC le feraient bien mieux.»
• Autre article intéressant, celui consacré au cinéaste Melvin Van Peebles, qui a converti son film Sweetback's Badasssss Song en opéra, pour lequel il a requis les services ou plutôt les talents des musiciens du Burnt Sugar - The Arkestra Chamber. La particularité de celui-ci? Faire le pont entre Igor Stravinski et Robert Johnson, entre Miles Davis et Funkadelic.
• Enfin, il y a ce portrait du bluesman Eddie C. Campbell, l'un des derniers survivants de cette génération qui articula ses premiers balbutiements sur les rives du Mississippi avant de migrer vers Chicago. Les amateurs de la note bleue et crue devraient d'autant plus apprécié cet article que cela faisait des lunes qu'on n'avait pas eu des nouvelles du propriétaire de la guitare rose et écaillée. Voici d'ailleurs une vidéo enregistrée récemment en... Patagonie!


samedi 23 janvier 2010

Le messager Ernest Dawkins

• Saxophoniste alto et ténor, Ernest Dawkins vit à Chicago, reste à Chicago, respire Chicago depuis 1953. Peut-être est-ce à cause de ce biais géographique qu'il n'est pas aussi célébré qu'il devrait l'être. Trop souvent on a été agacé par ces commentaires réduisant son jeu à un autre exercice de Free-Jazz, alors que l'homme embrase toutes les traditions ou courants qui ont traversé l'histoire des sensibilités sonores qui ont habité aussi bien Charles Mingus qu'Albert Ayler ou Bobby Timmons. Dawkins est le musicien total. Tout en reprenant à son compte les balances rythmiques d'Art Blakey, les puissances de celles-ci, il n'hésite jamais à insérer dans ses solos les ponctuations de la rage qui avaient fini par miner Ayler.
• Toujours est-il qu'en compagnie de Maurice Brown à la trompette, Steve Berry au trombone, Darius Savage à la contrebasse et Isaiah Spencer à la batterie, membres de sa formation New Horizons Ensemble, Dawkins a enregistré un live au club fondé par le saxophoniste Fred Anderson, autre chicagoan, qui résume tout son art. De cet art qui allie le gospel au bop, le blues au free, l'intensité avec la préservation de la mémoire des anciens. Tous ses albums ont paru sur étiquette Delmark Records.