• Le saxophoniste Joe Lovano régale à nouveau la compagnie avec un nouvel album consacré aux oeuvres de Charlie Parker. Paru sur étiquette Blue Note, ce compact s'intitule Bird Songs. Pour souligner cette parution par ailleurs convaincante, Lovano s'est produit au Vanguard en compagnie de James Weidman au piano, la contrebassiste Esperanza Spalding et des batteurs Otis Brown et Matt Wilson. À noter que ce show de plus d'une heure est suivi d'un entretien. PS: on reviendra sur l'album comme tel ultérieurement. Lovano au Vanguard
• Le nom du groupe — Punkbop — que le batteur Ari Hoenig a présenté le 8 février 2010 sur la scène du Small's annonce en fait son intention: surprendre, déstabiliser, décaper les neurones à fortes doses d'humour. Ce musicien à l'aise dans tous les styles est entouré ici du saxophoniste Will Vinson, du guitariste Jonathan Kreisberg, du pianiste Tigran Hamasyan et du contrebassiste Danton Boller. Titre du morceau qui suit? Ska. À noter que toutes les pièces de cet album ont été écrites par Hoenig.
• Ce trio a tout. Formé de l'immense et vétéran batteur Albert Tootie Heath, frère du saxophoniste et compositeur Jimmy ainsi que du regretté contrebassiste Percy du Modern Jazz Quartet, du pianiste de Bad Plus, le savant Ethan Iverson, et de Ben Street à la contrebasse, cette formation propose un programme remarquable. Il signe surtout une prestation qui ravive les mémoires des grands manitous du genre, des maîtres du trio: Red Garland, Bud Powell, Hampton Hawes, Elmo Hope, Carl Perkins, Duke Jordan et Sonny Clark. Suit Pond Cake composé par Lester Young.
• Formé par Jackie McLean, le saxophoniste Jimmy Greene signe un enregistrement réalisé les 19 et 20 février 2010. Il est accompagné par une section rythmique toujours à l'affût de la moindre inflexion du leader. Au piano il y a Xavier Davis, à la contrebasse on retrouve Ugonna Okegwo, à la batterie, Gregory Hutchinson. Le programme de l'album? Cinq pièces originales et Ugly Beauty de Thelonious Monk. Suit Self Portrait #1
• Small's est multi. Multinationale? Niet! Multiforme? Nenni! Multidisciplinaire? Peu' «hêtre» ben! Multidébrouillard? Yes! Parce que comme «bicosse», Small's est un club, Small's est une étiquette, Small's est un site à nul autre pareil. Il est situé à New York, dans Greenwich Village, dont il entretient la fibre bohème et non «hippyse» fleur bleue. Quand on s'arrête au coût d'entrée — 20 $ —, on se dit, ou plutôt on observe que, question rapport qualité-prix, Small's est imbattable. • Small's, on le répète, est un label. Depuis un an et des poussières de temps mécanique, ses animateurs-producteurs nous proposent en version CD certaines prestations des musiciens enregistrées live, jamais en studio. D'où le nom propre: Live At Small's. Une fois par trimestre environ, ils nous livrent trois ou quatre albums dont on apprécie la simplicité de la pochette tout en noir et blanc. Pas design-chico-branchée pour un sou. Small's, c'est jazz-jazz. Point! • Il y a peu, le producteur, soit le pianiste Spike Wilner, a publié un album du quartet dirigé par le saxophoniste Jimmy Green, le quintet du batteur Ari Hoenig ainsi qu'un Wilner en solo. Pis? Ce qu'on adore de Small's, c'est ce parti pris pour un jazz tendance hard-bop. C'est dynamique, puissant, enlevant. Leur esthétique musicale, aux gens de Small's, est un écho à celle mise en avant par Horace Silver et Art Blakey dans les années 50. Ici, pas de lenteur à la ECM, pas de cette alchimie prétentieuse entre classique et jazz, pas d'intellectualisation petit-bourgeois pétri de free. Bref, c'est franc du collier. • P.-S. Leur site smallslive.com permet d'entendre des centaines de shows. Des centaines de live. C'est un régal. Suit un titre de saison: Snowy Morning Blues de Pete Johnson par Spike Wilner.
• Ce mois-ci l'invité de NPR au Village Vanguard est le pianiste Robert Glasper, qui se distingue de bien de ses confrères par son inclination pour l'alchimie entre le jazz et le hip-hop. Pour ce live, il est accompagné de Vicente Archer à la contrebasse et de Jamire Williams à la batterie. Le programme? G & B, One For Grew, Unknow et Yes I'm Country, pièces composées par Glasper, et I Have A Dream de Herbie Hancock. À noter que cette heure de musique est suivie par un entretien avec l'excellent animateur du NPR de Boston, Josh Jackson. Glasper au Vanguard
• Histoire de sortir de l'oubli Pepper Adams, LE baryton du bebop, son cadet Gary Smulyan a décidé de lui rendre hommage en compagnie de Barry Harris au piano, de David Wong à la contrebasse et de Rodney Green à la batterie. Leur prestation a été enregistrée lors du festival de jazz de Detroit, ville où ont grandi quantité d'immenses musiciens, dont Adams et Harris, sans oublier Donald Byrd, qui codirigea avec Adams un quintet ayant signé plus d'un album sur étiquette Blue Note. Smulyan et Adams
• Peu après la sortie de son album Ten, parce que cela fait dix ans que le pianiste Jason Moran est accompagné par le même contrebassiste, Tarus Maten, et le même batteur, Nasheet Waits, ce trio s'est produit au Village Vanguard au début d'octobre dernier. Enregistré par le réseau NPR, le premier set combine des compositions incluses dans son dernier CD à de plus anciennes. Pis? On a trouvé le show plus captivant que ce Ten, paru sur étiquette Blue Note, qu'on trouve parfois austère. Moran au Vanguard
• Le saxophoniste alto Lou Donaldson, eh bien, cette semaine, il a soufflé 84 bougies. Yio! CQFD: le souffleur des histoires, parfois rugueuses, parfois salaces, des histoires qui effraient la bourgeoise et tétanisent le petit-bourgeois bien pensant, eh bien, il est toujours-là à les souffler les histoires en question. Pourtant, Dieu sait s'il en a bavé, ce bonhomme dont la volonté, la musicale s'entend, a toujours consisté à dispenser du plaisir! Nom dé diou! • Cette semaine, il occupe la scène étroite, géographiquement causant, du Village Vanguard. Et comme d'habitude, le réseau NPR a capté le premier set de mercredi. Pis? L'auteur du fameux Blues Walk est accompagné par l'organiste Pat Bianchi, le guitariste Randy Johnston et le batteur Fukushi Tainaka né en... Alabama! Bonne écoute! • P.-S.: c'est de la musique de nuit. Lou au Vanguard
• De Jimmy Heath, on sait qu'il est saxophoniste ténor. Qu'à Philadelphie, sa ville natale, il avait notamment John Coltrane comme copain. On sait que le contrebassiste Percy Heath est son grand frère et que le batteur Al,dit Tootie, est le benjamin. Qu'il a vécu l'émergence du be-bop. On sait qu'il a joué avec tous les grands de l'âge d'or. On sait... • On sait beaucoup moins qu'il est un sacré composeur et un sacré arrangeur. Que certaines de ses pièces ont fait la fortune, pas au sens financier du terme, de Dexter Gordon ou encore de Cannonball Adderley. On sait moins également qu'en 1947, il avait monté son propre big-band avant d'intégrer celui de Dizzy Gillespie. On sait beaucoup moins que sa vraie passion musicale s'appelle: «ze bigue-bande». Le voici live au Blue Note à New York. C'est du gâteau. Heath Live
• Cet été dans le cadre bleu-Méditerranée, versant français, le vétéran documentariste de jazz Frank Cassenti a filmé l'immense Archie Shepp en compagnie de Marc Ribot, le guitariste caméléon par excellence. Le programme? The Stars Are In Your Eyes, Ask Me Now de Monk, Hand Bone, Revolution, Dedication To Bessie Smith Blues, Trippin' , Dig It , Ill Biz, U-Jaama, une des grandes compositions de Shepp et Don'Get Around Much Anymore de Duke Ellington. • P.-S.: ce show a été produit et diffusé par le ARTE européen. So what? La programmation du ARTE local, du ARTE montréalisé, s'avère, par comparaison, de la fumisterie en conserve. Et encore là, on est poli. Bon show! Shepp et Ribot
• Contrebassiste puissant, franc du collier, Christian McBride a réuni autour de lui le batteur Carl Allen, qui comme lui a une inclination pour la puissance, le saxophoniste Steve Wilson, l'excellent Peter Martin au piano et Warren Wolf au vibraphone. Dans le cadre de l'émission JazzSet, ils ont interprété Rainbow Wheel, Theme For Kareem, Star Beam, Sophisticated Lady, Stick & Move et Brother Mister. McBride Live à NPR
• Vendredi dernier, on a écrit un p'tit quelque chose sur les dernières publications du label Smalls Live, du nom d'un club situé à New York à quelques enjambées du Village Vanguard. Mais voilà, comme on est passablement couillon, on a omis de vous signaler que le site de Smalls propose des heures et des heures de shows enregistrés, de shows archivés. L'adresse: smallsjazzclub.com. Parmi les spectacles écoutés, on a retenu celui du pianiste Rick Germanson avec Eric Alexander au ténor, Duane Eubanks à la trompette, Gerald Cannon à la contrebasse et Joe Farnsworth à la batterie Rick Germanson live
• Joe Henry est un producteur de goût en plus d'être un auteur-compositeur original. Toujours est-il qu'en tant que producteur, il a réalisé les derniers enregistrements de Mose Allison, Ramblin Jack Elliott et Allen Toussaint. Il n'a pas son pareil, le Henry, pour ranimer des carrières éteintes ou presque. Avant ces trois bonshommes, il a fait une réanimation de première: en un disque et un seul, il a remis sur le devant de la scène la chanteuse Bettye Lavette, dont les accents soul ont une incroyable profondeur. La captation qui suit a été réalisée dans le cadre de la meilleure émission télé du genre: Austin City Limits. Après Lavette, le presque centenaire pianiste de blues Pinetop Perkins joue sa partie avec toujours autant d'aplomb et de... malice.
• C'est quand même curieux. Quoi donc? Le déficit de reconnaissance à l'égard du saxophoniste Cannonball Adderley et du producteur Orrin Keepnews. Chaque fois qu'on lit des articles consacrés aux productions des années 50 et 60, l'étiquetteBlue Note est évidemment évoquée. Bien davantage que Riverside qui affiche pourtant un inventaire incroyable de grands moments dans l'histoire du jazz. • On sait trop peu qu'Adderley mis à part, Keepnews a supervisé un nombre plus important d'enregistrements de Thelonious Monk sur Riverside que sur Blue Note. Qu'il a produit le très fameux Bill Evans Live At The Village Vanguard, des Sonny Rollins, des Red Garland (Yes!), Bobby Timmons, Blue Mitchell, Randy Weston, Johnny Griffin, Wes Montgomery et quantité d'autres artistes. • Parmi toutes ces associations, celle qu'il eut avec Adderley fut à la fois la plus longue et la plus fructueuse. Il y a quarante ans, on écoutait Live At The Hit, Live At The Vanguard, Live At The Jazz Workshop, Live At The Lighthouse, et on les écoute encore et toujours avec autant de plaisir. Car tous ces live mettent en relief qu'à cette époque, de la fin des années 50 au milieu des années 60, sa formation était l'une des meilleures parce qu'elle défendait un style empreint de chaleur et de passion. Dans la vidéo qui suit Spontaneous Combustion, extrait de Live At The Jazz Workshop, Keepnews livre ses confidences sur des enregistrements publics d'Adderley.
• Smalls est un club situé dans Greewnwich Village, au 183 West 10e Avenue pour être exact ou précis. C'est au choix. Il a ouvert en 1993. On se souvient que, pendant une dizaine d'années, il n'y avait qu'un seul employé, qui était en fait le taulier percevant les 10 $ du billet d'entrée. Il n'y avait ni barman, ni serveur. Bref, personne sauf les musiciens, qui jouaient jusqu'aux petites heures du matin, les heures radieuses. • Après un hiatus de quelques années, Smalls a rouvert en 2007. Avec toujours la même politique: donner aux jeunes leur chance. C'est là qu'ont commencé Joshua Redman, Brad Meldhau, Mark Turner, Grant Stewart, Norah Jones, Sam Yahel et beaucoup, beaucoup d'autres. Au fil des ans, Smalls est devenu le point de chute par excellence des musiciens qui, une fois leurs prestations au Village Vanguard ou au Blue Note terminées, y vont jammer. • Plus tôt cette année, le proprio du club a décidé de lancer une étiquette dédiée au live. Ont déjà paru des CD de Kevin Hayes, Peter Bernstein, Steve Davis. Là viennent de paraître un Ryan Kisor, un Seamus Blake et un live du batteur Albert Heath accompagné d'Ethan Iverson au piano et de Ben Street à la contrebasse. Si vous aimez les enregistrements en public, vous allez adorer cette étiquette baptisée tout simplement Smalls Live. D'ailleurs, on y reviendra prochainement. En attendant, voici Pound Cake par Heath-Iverson-Street
• Après le pianiste Barry Harris, voilà que le saxophoniste Greg Osby et ses complices se sont installés au Village Vanguard. Et comme d'habitude le réseau NPR a enregistré la prestation de ce vétéran qui n'en a pas l'air. À la batterie, on retrouve Terri Lyne Carrington, la contrebasse est entre les mains de Joseph Lepore, la guitare entre celles de Nir Felder, et puis, et puis, au piano il y a le grand Marc Copland. • Le programme de ce set de plus d'une heure est le suivant: le standard Night And Day, Autumn Wind et Round She Goes de Copland, Ask Me Now de Monk, Vertical Hold et Please Stand By d'Osby himself. Osby au Vanguard
• Savez quoi, les collègues, eh bien Detroit est la véritable capitale du jazz. Oui, oui, oui... Detroit, et non Nueva York, comme disent les Portoricains, est le chef lieu du «djasse» parce que c'est là qu'est... née la plus imposante cohorte de musiciens. Tommy Flanagan, Roland Hanna, Yusef Lateef, Ron Carter, Elvin Jones, son frère Thad, Paul Chambers et d'autres qu'on oublie, mais pas Barry Harris. Le pianiste des pianistes. L'exécuteur testamentaire du bebop. Le vieux professeur. Il y a une semaine il s'est produit au Village Vanguard avec Leroy Williams à la batterie et Ray Drummond à la contrebasse. Voici le premier set. Harris au Vanguard
• Ce n'est pas une nouveauté. Mais voilà, lorsqu'il a été publié, en 2004, il est passé quelque peu inaperçu. Pour dire les choses comme elles ont été, ce disque d'une extrême qualité n'a pas eu le retentissement qu'il méritait et mérite toujours. Il s'agit du volume 3 de la série City Nights. Il s'agit des pièces enregistrées live au Jazz Standard à New York par le saxophoniste alto Frank Morgan. Tous ont été édités par le label High Note. • Dans la catégorie des live proposant au-delà de deux albums, et qui valent des écoutes répétées, sont regroupés ceux de Shelly Manne au Blackhawk, à San Francisco, d'Art Pepper au Village Vanguard, de Stan Getz au Café Montmartre, à Copenhague, et bien évidemment ceux plus récents de Morgan. • La beauté, la profonde beauté, du jeu défendu par Morgan tient à sa sensibilité, celle plus précisément des pudiques, ainsi qu'à sa maîtrise du silence. De tous ses contemporains jouant de l'alto, Morgan s'est particulièrement distingué par la déclinaison de notes espacées entre elles. Il était zen, chaman, contemplatif. Il était un artisan et un passeur. • La beauté (bis) du voulme 3 tient également à la qualité de ses accompagnateurs: Georges Cables au piano, Curtis Lundy à la contrebasse et Billy Hart à la batterie. Elle tient également dans le programme, dans le choix très intelligent des morceaux: Georgia On My Mind, Cherokee, Summertime, All Blues, I Mean You, Round Midnight, Equinox et Impressions. Plus qu'un programme, c'est la grande histoire d'une grande époque du jazz.
mercredi 14 juillet 2010
• Lee Morgan, ça vous dit? Évidemment que ça vous dit! La trompette de Sidewinder, le prodige que Dizzy Gillespie remarqua en premier et qu'Art Blakey débaucha ensuite avant qu'il ne prenne son envol pour finir tué par une femme jalouse dans un club. Lee Morgan, faut-il le rappeler, ce sont quelques-uns des meilleurs albums parus sur Blue Note. • Des décennies plus tard, voilà que quatre jeunesses, et seulement quatre, ont décidé de reprendre quelques-unes de ses plus célèbres compositions. Ils s'appellent Dominik Farinacci à la trompette, Rick Roe au piano, Yasushi Nakamura à la contrebasse et Quincy Davis à la batterie. L'émission JazzSet du réseau NPR les a enregistrés live. Lee Morgan à NPR
Serge Truffaut est journaliste au Devoir depuis des lunes. Il a signé des centaines de chroniques consacrées au jazz et au blues, après avoir vu, entendu et échangé avec Dexter Gordon, Archie Shepp, John Zorn, Duke Robillard et autres architectes de cet univers sonore si singulier qu'il souhaite cartographier pour vous et avec vous.