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lundi 16 août 2010

Viva Bo Ramsey!

• Au fond, c'est à se demander si Bo Ramsey n'est pas l'alchimiste en chef de ces sensibilités musicales qui composent l'americana ou roots, ou on ne sait trop quoi. Bref, il s'agit de ce mélange fait de blues, de country, de folk, de marguerites, de truites, de bières fraîches et de fraises sauvages. T'sais veux dire.
• Toujours est-il que Bo Ramsey, né dans l'Iowa entre deux champs de maïs, comme son vieux complice le chanteur et guitariste Greg Brown, est l'archétype de ce musicien que vous pensez ne pas connaître alors que vous le connaissez fort bien si vous connaissez Lucinda Williams, Mark Knopfler, Calexico, Pietra Brown ou encore les artistes liés au label Red House Records, qui a d'ailleurs été fondé en 1981 par Brown. De-que-cé? Ramsey est le producteur de biens des albums publiés par cet excellent label.
• L'ennui avec Ramsey, c'est qu'il met ses talents de guitariste si souvent au profit des autres qu'on est moins au parfum des airs qu'il compose, des mots qu'il écrit pour lui. Bref, ses disques sont trop méconnus. On pense notamment à l'admirable Fragile publié il y a un an ou encore à In The Weeds ou à l'admirable Stranger Blues. Aussi, quand on est tombé sur la vidéo qui suit...
Bo Ramsey

mercredi 21 juillet 2010

Le peuple d'Otis Taylor

• C'est du costaud, très costaud. Ce n'est pas tout a fait blues, ni tout a fait folk, ni totalement country, c'est un peu orientalisant, c'est aussi Indiens d'Amérique avec des accents de bluegrass et des échos pas vagues du tout aux chansons des Appalaches. C'est tout cela en même temps comme simultanément avec tout de même plus de blues que du reste. Il s'agit évidemment d'Otis Taylor, le maître parce qu'inventeur du «trance blues», qui propose un nouvel album intitulé Clovis People Vol 3, paru sur étiquette Telarc.
• Avec Corey Harris, Guy Davis, Alvin Younblood et, dans une moindre mesure, Eric Bibb, Taylor, qui est d'ailleurs leur aîné, est autant anthropologue que chanteur, compositeur, guitariste, banjoiste et harmoniciste. Il scrute les temps anciens des Noirs et des Indiens d'Amérique. Et comme il a également la fibre du sociologue, il observe les temps d'aujourd'hui qui lui inspirent des blues révoltés. Il était et reste engagé.
• Le thème de ce nouveau disque lui est venu lorsqu'il a lu dans un quotidien de Denver, Colorado — il habite à Boulder, non loin de Denver —, que des archéologues avaient découvert des outils et autres objets fabriqués par le peuple Clovis qui vivait dans ces environs il y a 15 000 ans. Peuple qui a disparu pour des raisons que l'on ignore encore et toujours.
• Comme souvent, Taylor propose une architecture instrumentale originale: un violon, un violoncelle, une trompette, d'ailleurs entre les mains de l'immense Ron Miles qu'on entend fréquemment auprès de Bill Frisell, une basse, une batterie jouée par le très expérimenté Larry Thompson, une guitare, un banjo et une mandoline.
• Cet album est touchant, très touchant, de bout en bout. Quoi d'autre? Otis Taylor a son univers bien à lui. Il ne ressemble à personne. Il est très singulier. Et ça, c'est si rare qu'il force l'admiration.
P.-S.: on vous renvoie à son site, où il propose sur la page d'entrée une vidéo d'une dizaine de minutes qui résume bien l'atmosphère de Clovis People.
Otis Taylor

dimanche 16 mai 2010

Carolina Chocolate Drops

• Il y a d'abord la couverture: une femme, les cheveux tressés, prend un rayon de soleil flanquée de deux bonshommes. Le tableau est surmonté du nom du groupe: Carolina Chocolate Drops, inconnu au bataillon sauf peut-être d'Adam et Ève. Puis, au bas de la pochette, le titre de l'album: Genuine Negro Jig. Illico, on se dit que c'est une histoire, une très vieille histoire de campagne. La campagne lointaine, celle du Mississippi, de l'Oklahoma, du nord-ouest de la Floride, de la Virginie de l'Ouest et de l'Arkansas. Au dos, on repère le nom du label: Nonesuch. Puis surtout celui du producteur: Joe Henry. Là, on murmure ceci: Henry + Nonesusch = 2 gages de qualité quasi totale.
• On l'achète (22,50 $ taxes comprises). Après quoi, on s'arrête à l'identité respective des trois jeunesses d'un groupe au patronyme ancien et à leurs instruments. Ils s'appellent Dom Flemons, Rhiannon Giddens et Justin Robinson et jouent du fiddle, le violon dans sa version populaire, du banjo, de la guitare, mais avec parcimonie, du pichet en terre cuite, celui du pauvre, ainsi que d'objets divers qu'ils utilisent afin d'accentuer les effets percussifs.
• On l'écoute et on est surpris. Dans le sens agréable du terme. On est surpris par ces musiques qui sont autant d'échos aux musiques si anciennes qu'elles s'entendaient ici et là avant le blues. Où? Dans les Appalaches, sur les bateaux qui descendaient et remontaient le Mississippi, dans les campagnes perdues des États traversés par un fleuve si capricieux qu'il a provoqué, si l'on peut dire, son flot de chansons. C'est du blues, du country, du folk, des ballades dont on perçoit ici et là les influences irlandaises et françaises. Bref, les membres font très bien ce qu'ils ont voulu faire: l'archéologie musicale des States. Mississippi John Hurt et Sleepy John Estes peuvent dormir tranquille.

samedi 24 avril 2010

Le conte d'une guitare par Bibb

• Le nouvel album d'Eric Bibb, c'est d'abord et avant tout l'histoire d'une guitare. Celle que Bukka White a trimbalée pendant des décennies dans les coins comme les recoins du monde pour mieux raconter, en solo, le quotidien des Mississippiens. Le quotidien des pauvres métayers. Toujours est-il qu'après la mort de ce cousin de B. B. King, cette guitare en métal s'est retrouvée entre les mains d'un Écossais qui, il y a peu, a décidé de la refiler à Bibb.
• Ébranlé par ce geste désintéressé, ému d'avoir entre les mains la six cordes d'un des alchimistes du blues acoustique, du blues du Delta, Bibb a conçu son album comme un écho aux totems sonores forgés par White, évidemment, mais aussi par Skip James, Son House et, surtout, Mississippi John Hurt. Attention! Il ne reprend pas à son compte le Pay Day de Hurt ou la Death Letter de House. Il reprend, grosso modo, là où ils avaient laissé.
Bessie Smith, Charley Patton, John Lee Hooker et bien d'autres avaient été traumatisés par les débordements rageurs du Mississippi en 1926-1927 au point de les chanter? Bibb le souligne, le rappelle, dans Flood Water. Wayfaring Stranger est une vieille rengaine écossaise que les damnés de la terre apprirent de la bouche de leur esclavagiste? Bibb la remodèle. Les livres le passionnent en général, ceux de Walter Mosley en particulier? Va pour Turning Pages. Il adore B. B. King? Va pour Tell Riley, le vrai nom de B.B.
• Pour faire court, cet album intitulé Booker's Guitar — Booker était le véritable nom de White — sur étiquette Telarc (15 $ sans les taxes) est une réussite totale. De bout en bout. Si vous aimez John Hurt, Levon Helm, Johnny Cash, Willie McTell, Blind Lemon Jefferson, Bob Dylan et tous ceux qui restent «grounder» sur le terreau des réalités du jour le jour, alors Bibb vous comblera.

dimanche 14 février 2010

L'étranger de Ramblin' Jack Elliott

• La banque d'affaires Goldman Sachs a trafiqué le profil financier de la Grèce pour le rendre plus acceptable aux yeux des crédules. Les autres, Morgan Stanley et consorts, en ont fait autant et, ce faisant, mis des milliers de familles, pour rester modeste, sur la paille. Compagnon de route, c'est le cas de le dire, de Bob Dylan, Ramblin' Jack Elliott est assez vieux pour se souvenir des ravages provoqués par la crise de 1929. Il y a quelques mois de cela, le vieux briscard publiait un album, alors que la crise de l'édition 2009 battait son plein, fait de blues relatant les méfaits de celle qui ravagea le continent il y a 70 ans de cela. Pour mener à bien cette aventure musicale produite par Joe Henry, Elliott avait rassemblé autour de lui les guitares de Greg Leisz et David Hidalgo de Los Lobos, qui joue également de l'accordéon, les pianos de Van Dyke Parks et Keefus Ciancia et la contrebasse de David Piltch. Le making of de cette production intitulée A Stanger Here, aussi sensible que pertinente, a été mis en ligne récemment.