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jeudi 4 novembre 2010

Mark Murphy au Upstair's

• C'est étrange, vraiment étrange. Le chanteur Mark Murphy, qui se produira ce soir et demain au Upstair's, mérite, lui, le qualificatif de légende que les médias emploient à toutes les sauces, souvent les mauvaises. L'étrangeté? Ses albums sont si mal distribués de ce côté-ci de la frontière qu'on se demande si le traité de libre-échange n'est pas le piège qu'on tend aux crédules. Pourtant, on se souvient que dans les années 70 il régalait la compagnie année après année avec ses enregistrements pour le label Muse. Un des grands labels de l'époque. Autrement dit, lorsqu'il était sous contrat avec Muse, le chanteur de la puissance côtoyait Barry Harris, Dolo Cocker, Dexter Gordon, Teddy Edwards, Louis Hayes et autres clochards célestes.
• Clochards célestes... Si on emprunte ce terme à Kerouac, c'est pour mieux souligner qu'à cet écrivain Murphy a consacré tout un album. Car ce chanteur beatnik est aussi un homme qui jongle avec les mots. Qui écrit des paroles qu'il colle ensuite aux compositions des autres. On pense notamment au Stolen Moments d'Oliver Nelson. Il a aussi marqué les esprits par ses clins d'œil constants à Nat King Cole, de ses débuts dans les années 50 — oui, il est sur les planches depuis un demi-siècle — à aujourd'hui.
• Pour ceux et celles qui aiment le jazz chanté, la venue de Murphy est la grande affaire, si l'on peut dire, de la fin de l'année. À noter que ce soir et demain, il sera accompagné de Dave Laing à la batterie,de Misha Platigorsky, son pianiste depuis des années, et d'Alec Walkington à la contrebasse.

dimanche 8 août 2010

Sun Ra à Montréal

• Yes! Le Sun Arkestra, l'orchestre des orchestres, le big-band des «bigues-bandes», dirigé par Marshall Allen, saxophoniste alto toujours aussi incisif qu'intense, Allen le flûtiste, Allen l'exécuteur testamentaire du Roi Soleil depuis que celui-ci a décidé de s'installer sur la planète Jupiter en 1993, Allen, donc, annonce une série de spectacles à Montréal.
• Les dates? Le 30 novembre et le 4 décembre, le 7 et le 11 décembre. Dans le cadre du Hymn of Universe (?). Où? D'après les indications données non pas sur le site du groupe mais sur MySpace, c'est quelque part entre le collège Loyola et le boulevard Cavendish. Bizarre? Et comment. Mais bon, quand on aime ce groupe, qu'on le fréquente, cette bizarrerie a quelque chose de très rassurant. Dès qu'on aura toutes les précisions, on vous les communiquera. En attendant, juste savoir qu'ils seront de retour, c'est la fête.

mercredi 30 juin 2010

FIJM: le marathon de Zorn

• Plus convaincant, plus prolifique, plus curieux, plus constant, plus inventif, plus polyvalent que John Zorn tu meurs. Cet homme est un chat. Il a sept vies. Par bonheur pour nous, ses vies ne sont pas successives mais bien simultanées. Il est saxophoniste, compositeur, producteur, chef d'orchestre davantage qu'arrangeur, traducteur musical des petites œuvres de Georges Bataille, Michel Leiris, Jean-Luc Godard, Marguerite Duras, malaxeur des cultures américaine et japonaise, et surtout alchimiste des horizons musicaux qui vont des Balkans au désert du Neguev après un détour en Europe centrale par Bartók, Schoenberg ou Webern interposés. Cet homme n'existerait pas qu'il faudrait l'inventer avec le soutien des dieux grecs, celui de Cronos en particulier. C'est dire.
• Sur l'affiche de la 31e édition du FIJM, il est écrit Masada Marathon. Mais lorsqu'on s'attarde aux noms des musiciens qui seront sur la scène, on constate que ce n'est pas tout à fait exact. Car ce n'est pas le quartet de Masada qu'on nous propose, mais bien le sextet Bar Kokhba. Seront en effet présents le contrebassiste Greg Cohen, le violoniste Mark Feldman, le violoncelliste Erik Friedlander, le batteur Joey Baron, le guitariste Marc Ribot, les pianistes Uri Caine et Jamie Saft, le percussionniste Cyro Baptista, qui vont décliner des musiques logeant à l'enseigne du Talmud.
• On vous invite fortement, au cas où vous ne le connaîtriez pas, à fureter sur son site Tzadik. Vous découvrirez des artistes, des compositeurs, des musiques qui n'ont pas leur pareil pour alimenter et aiguiser les sens comme les neurones. Cela étant, Zorn et ses amis se produiront une première fois à 18h et une deuxième à 21h 30 au théâtre Maisonneuve.

dimanche 6 juin 2010

Le centre des fanfares

• Il y a les fanfares qui rythment les efforts des joueurs de football universitaire tous les dimanches d'automne de ce côté-ci de l'Atlantique comme de celui du Pacifique. Il y a celles qui rassemblent les gauchos comme celles qui regroupent les servants des toréadors. Il y a celles qui défendent les accents balkaniques et celles des chasseurs alpins italiens, sans oublier celles des gendarmes de la République, versées en commémorations historiques. Il y a les lointaines suédoises et les bavaroises enclines à laisser s'exprimer les accords populaires de l'accordéon. Il y en a beaucoup d'autres qui animent les bals de pompiers en Hongrie ou en Belgique.
• Si on l'aborde par la face géographique, le sujet du jour, c'est qu'il y a l'autre. Celle qui se distingue de toutes les autres parce qu'elle est le point de convergence de ces dernières. Elle n'est certainement pas la seule à être le croisement des points cardinaux des fanfares. Mais bon... on ne les connaît pas, les autres. Alors qu'on connaît bien la Pourpour. Siège social? Montréal.
• Eh bien, la Pourpour, elle vient de publier un chef-d'œuvre du genre musical qui marie la marguerite aux légendes des cabanes à sucre, à la faconde gitane, aux ponctuations orientales, aux mélancolies climatiques du Nord, qu'il soit kanadian ou «sue-et-doigt», avec bien d'autres objets non identifiés dans l'univers des paillettes et du strass. Le titre du chef-d'œuvre en question? Danse des breloques.
• Lorsque tel morceau est joyeux, tel autre est cinématographique, lorsqu'il n'invite pas à la danse dans sa version java sans la javanaise ou vous mène dans le détroit du Bosphore dont nous sont revenues certaines gammes au lendemain de la bataille des Dardanelles. On pourrait en rajouter long, très long.
• S'il en est ainsi, si cet album est un tourbillon d'horizons divers mais fort bien touillés par des musiciens qui sont des maîtres dans leur partie respective, c'est qu'elle est vieille, la Pourpour, elle a de l'expérience. Beaucoup. Et comme Lou Babin, accordéoniste et animatrice de l'ensemble, connaît depuis des lunes le saxophoniste, compositeur oulipien, Jean Derome, le contrebassiste beat Normand Guilbeault, le trompettiste Némo Venba, les saxophonistes Claude Vendette, Stéphane Ménard et Damian Nisenson, les guitaristes et banjoïstes Luc Proulx, Roy Hübler et Dany Nicholas, l'accordéoniste Luzio Altobelli, les violonistes Marie-Soleil Bélanger et Guido Del Fabbro ainsi que les percusionnistes Pierre Tanguay, Jacques Duguay et Nicholas Letarte, comme ils se connaissent donc depuis longtemps, c'est pile-poil, right on time. Bravo! Mille fois bravos et autant de mercis. Danse des breloques a paru sur étiquette Dame/Monsieur Fauteux m'entendez-vous, rattachée à Ambiances magnétiques. Un petit «docu» sur la fanfare Pourpour suit ci-après:

jeudi 13 mai 2010

Retour sur Ben Sidran

• Il y a quelques jours de cela, on a évoqué la venue de Ben Sidran au Festival international de jazz de Montréal (FIJM). Comme il l'a confié au cours d'un entretien, son spectacle aura pour principal sujet Bob Dylan, à qui il a consacré son dernier album paru sur étiquette Bonsaï Music. Le titre? Different Dylan. Si aujourd'hui on vous cause à nouveau de Sidran c'est ...
• C'est pour vous conseiller vivement l'achat de Ben Sidran Live à FIP avec Bob Rockwell au saxo et à la flûte, Billy Peterson à la basse, et son fils Leo à la batterie. Bon. Il faut vous signaler, chers Montréalais, que FIP est une station rattachée au réseau Radio-France. Et d'une. Et de deux, cet album publié en 2005 est l'exemple plus que parfait de l'art et de la manière qu'a Sidran de s'approprier avec un naturel qui force l'admiration les pièces composées par d'autres. Ici, il décline notamment les mots qu'avait emboîtés il y a des lunes indiennes Mose Allison, soit If You Live et I Don't Worry About A Thing. Bon (bis).
• Là où ça se complique, c'est que... Pour mettre la main sur ce bijou, il faut passer commande chez votre disquaire ou carrément chez Bonzaïmusic.fr. Cela dit, on l'a dit mais on tient à le marteler, cet album est une merveille. CQFD: il vaut son pesant de diamants. Après le cela dit passons au cela étant pour vous souligner que son show du 27 juin prochain au Club Soda se déroulera à l'ombre de Dylan alias Jack Frost, on vous propose donc son interprétation de Tangled Up In Blue.

samedi 8 mai 2010

Ben Sidran au FIJM

• La dernière fois que Ben Sidran, héritier aussi spirituel que direct de Mose Allison, occupa une salle de nos environs, c'était il y a une bonne quinzaine d'années. Il s'était alors produit en solo dans une église réquisitionnée par le FIJM. Il nous avait alors séduit par son aisance au piano, par sa voix basse sans inflexion rocailleuse et son talent de conteur. Le 27 juin prochain, il sera au Club Soda. Son programme, son sujet? Bob Dylan, à qui il a consacré un disque baptisé avec justesse Dylan Different. Car pour être différent, il l'est, le Bob de Ben. La singularité avec laquelle Sidran décline les fables dylanesques fait d'ailleurs de cette production LA plus convaincante de toutes celles dont l'auteur de Blind Willie McTell fut l'objet.
• Alors, M. Sidran, pourquoi Dylan? «Parce qu'il est emblématique d'une époque, je pense surtout aux années 60, qui s'est caractérisée par le bouillonnement culturel. On aimait tout: le blues, le jazz, le folk... On s'intéressait à tout: la littérature, l'histoire, la politique... On était très curieux. Toujours est-il que Dylan a laissé de fortes empreintes sur ces années comme sur celles d'après. Je l'ai traité en l'adaptant à ma voix et à mon style au piano. Vous savez, lui et moi avons grandi dans la même région, le Midwest, je connais son accent. J'ai voulu enregistrer en France avec des musiciens du cru pour obtenir quelque chose d'étrange, de magique. Je voulais un résultat différent. Là-bas, les musiciens sont plus romantiques.» Précision: Dylan Different a été gravé en pleine campagne alsacienne dans le studio du guitariste Rodolphe Burger, connu pour avoir accompagné, entre autres, Jacques Higelin et Bashung.
• Au Club Soda, Sidran nous a confié qu'il serait flanqué d'un guitariste, un contrebassiste et un batteur. Prix du billet: 32,50 $. Quelques mots pour rappeler qu'en plus de chanter, composer, produire et enseigner, Sidran est aussi un grand chroniqueur du jazz. Il est l'auteur de Black Talk et de Talking Jazz, formidable bouquin qui regroupe les quarante entrevues qu'il a réalisées avec Dizzy Gillespie, Sonny Rollins, Miles Davis...

jeudi 6 mai 2010

Le FIJM du Upstair's

• Comme l'année dernière et celles d'avant de l'avant d'avant, le Upstair's présente cette année-ci une affiche toute belle durant la 31e édition du Festival international de jazz de Montréal (FIJM). Cet après-midi, vers les 14h ou, si vous voulez, une heure avant que l'indice Dow Jones soit percuté par la crise grecque et ne perde 1 000 points (!), l'affiche en question a été dévoilée. Le temps que les noms des invités se répercutent ici et là, les dieux grecs, Pandora en tête, avaient tiré la diagonale du fou et permis ainsi à messieurs Dow et Jones de limiter les dégâts. Bon, soyons terre à terre.
• La chanteuse Jeri Brown inaugurera la série le 25 juin. Le lendemain, le 26 juin pour les intimes, Etienne Charles & Foklore seront sur la scène. Les 27 et 28 on saute. Le 29: Irem Bekter et ses Diabluras. Le 30 juin et le 1er juillet, le saxophoniste Joel Miller et son trio accompagneront le pianiste Geoffrey Keeser, qu'on n'avait pas entendu dans nos parages montréalais depuis des lunes. Les 2 et 3 juillet, le trio du pianiste Matt Herskowitz, un violon et un violoncelle, jouera la Jerusalem Trilogy. Le 4 juillet, ce sera au tour de la chanteuse Ranee Lee et de son quintet. Le 5: Gale/Rodrigues Group. Le 8 juillet, une conclusion alléchante sur papier: F. Bourassa au piano, M. Donato à la contrebasse. F. Lozano au ténor et P. Tanguay à la batterie rendront hommage à Bill Evans.
• Et maintenant, les dates sur lesquelles on fait le saute-mouton: les 27 et 28. Ces soirs-là seront autant de tournées générales pour saluer les sommeliers du grand son. Au sens gros du terme. Gros comme ceux de Coleman Hawkins, Ben Webster, Don Byas, Chu Berry, Arnett Cobb et Eddie Lockjaw Davis. Mais encore? Ces soir-là, Houtson Person, le dernier de la lignée, le dernier défenseur du son cru, du son épais, fera rebondir les notes de la ballade dans tous les recoins du Upstair's. Comme on doit s'entretenir au cours des prochains jours avec cet artiste qui a signé des albums faits de pleins et de déliés pour l'étiquette High Note, on y reviendra longuement. En attendant...

mardi 4 mai 2010

Steve Kuhn au FIJM

• Plutôt que de vous dévoiler les noms du bataillon imposant d'artistes qui vont se produire lors de la 31e édition du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), on va s'arrêter à un certain nombre d'entre eux d'ici le coup d'envoi de l'événement. Allons-y aujourd'hui avec le pianiste Steve Kuhn parce qu'il demeure méconnu même s'il est connu. T's veux dire!
• Formé à l'école du piano russe dans les années 50, à la dure école de la virtuosité, par Margaret Chaloff, la maman du saxophoniste Serge décédé trop jeune, Kuhn a commencé à se produire dans l'orchestre de ce dernier alors qu'il était encore un ado. Puis, il a accompagné Coleman Hawkins, Stan Getz, John Coltrane, Chet Baker, Kenny Dorham, Ornette Coleman, Don Cherry, tout en étudiant les concepts développés par George Russell et Gunther Schuller, avant de former un trio avec Scott LaFaro et Pete La Rocca. Voilà pour le côté face, le côté terre à terre de sa bio.
• Plus haut, on écrivait qu'il demeure méconnu même... Bon. C'est tout simple, entre Bill Evans et Keith Jarrett, Steve Kuhn est, avec Paul Bley et Ran Blake, le relayeur essentiel! Là où Evans était enclin au romantisme, Kuhn est aventurier, moderne, économe. Chez lui, rien ne dépasse parce que chaque note doit être pesée. Et ça, c'est la marque des grands.
• Steve Kuhn occupera la scène du Gesù le 4 juillet en compagnie de David Finck à la contrebasse et de Joey Baron à la batterie. Ci-après on vous propose une entrevue avec la pianiste Marian McPartland entrecoupée d'extraits sonores et son interprétation, avec Joe Lovano au saxophone, de Spiritual, composé par John Coltrane.

samedi 1 mai 2010

Allen Toussaint au FIJM

• Le 4 mai prochain, les organisateurs du Festival international de jazz de Montréal (FIJM) vont détailler la programmation en salles de la 31e édition de l'événement. On sait déjà que John Zorn s'y produira en compagnie de Laurie Anderson et de Lou Reed. On sait que le même Zorn mènera un Masada marathon avec on ne sait qui. On sait également et surtout que le pianiste, compositeur, producteur, chanteur et maître des musiques vaudoues Allen Toussaint est à l'affiche.
• Monsieur Toussaint comme dans Toussaint Louverture, si cher aux Haïtiens pour avoir foutu une raclée aux esclavagistes, sera à l'affiche deux fois plutôt qu'une. La plupart de ceux qui l'ont accompagné lors de l'enregistrement de Bright Mississippi, la galette des galettes publiée en 2009, seront à ses côtés. Soit Marc Ribot à la guitare, David Piltch à la contrebasse et Jay Bellerose à la batterie, tous fidèles collaborateurs de Joe Henry, le producteur de Bright Mississippi. En attendant leur prestation, voici Toussaint sur la scène de l'émission musicale qui nous régale depuis trente-cinq ans: Austin City Limits.
P.-S.: le show commence après un peu moins de deux minutes de présentation et de messages publicitaires. Quoi d'autre? Si vous cliquez sur l'icône située en bas et à l'extrême droite de l'écran, alors l'image sera plein écran.

dimanche 25 avril 2010

Miles au musée, Miller à L'Astral

• Le 30 avril, soit vendredi, le Musée des beaux-arts de Montréal ouvrira ses portes sur l'exposition que la Cité de la musique de Paris avait consacrée à Miles Davis. Simultanément, une série d'événements a été organisée pour souligner évidemment l'art du trompettiste insaisissable. Conférences, films documentaires, fictions, shows et même des cours magistraux sont au programme des prochaines semaines.
• Tout ça débute mercredi 28 avril par deux exposés qui seront donnés à l'Auditorium Maxwell-Cummings, situé au 1379 de la rue Sherbrooke Ouest. Le premier sera décliné par David Brackett, de la Faculté de musique de l'Université McGill, à partir de 11h30. Le deuxième? Par André Ménard, architecte de la programmation du Festival international de jazz de Montréal depuis le début, qui a invité Miles à plus d'une reprise. À compter de 13h30 au même endroit. Le lendemain, Vincent Bessières, commissaire de l'exposition, livrera son décryptage de Miles à 16h30.
• La veille, à L'Astral, le bassiste et producteur Marcus Miller, qui a accompagné Davis dans les années 80, revisitera l'album Tutu en compagnie du trompettiste Christian Scott. À 18h30 et 21h30. Prix du billet: 38,50 $.

jeudi 25 mars 2010

Le tromboniste de la tenacité

• Il est compositeur comme il est courageux. Il est arrangeur comme il est tenace. Il est surtout tromboniste plus amoureux que d'autres de cet instrument confronté à un coefficient de difficulté plus élevé qu'ailleurs. De-que-cé? Séduire ou convaincre par trombone interposé est plus hasardeux que sur le saxo ou la «trompinette». De qui s'agit-il? Richard Gagnon qui vient de produire une nouvelle ode à cet instrument relégué pendant des années au rôle de figurant avant que J. J. Johnson ordonne son émancipation en mettant en relief ses lettres de noblesse sonore. Notamment sur les tempos de la ballade.
• Bon. Gagnon vient de publier un album intitulé Suite, tout simplement, et qui ne regroupe, outre la formation rythmique classique, que des trombones, rien que des trombones. Soit ceux de David Grott, David Martin, Jean Nicholas Trottier, Serge Arsenault, Robert Ellis au trombone basse, auquel s'est joint le New-Yorkais Steve Davis, auprès de qui Gagnon a d'ailleurs étudié. Gaétan Daigneault est au piano, Frédéric Grenier à la contrebasse et Richard Irwin à la batterie. Le nom du groupe? Trombones Actions.
• Bien. Cet album paru sur étiquette R. G. Productions, et que Select distribue, est de facture classique, dans le sens respectueux du terme. Ici, les accents rappellent ceux des big bands sur lesquels celui de Thad Jones-Mel Lewis avait imprimé ses marques. Là, les pulsions chaloupées de Gagnon ou de Davis ou de Trottier font écho au «bibeaupe» brandi et défendu par Slide Hampton. C'est soudé, si bien soudé que rien ne dépasse, rien ne se perd. Cet orchestre est d'une homogénéité remarquable, méritant donc d'être salué mille fois plutôt qu'une. D'autant que, sur les ballades, Gagnon est sa bande nous régalent. Chapeau!
• P.-S.: Gagnon et Trombones Actions occuperont la scène de L'Astral demain soir. Le show sera précédé d'un 5 à 7 au cours duquel sa Suite sera lancée.
• P.-S. 2: Steve Davis jouant trop peu souvent à Montréal, on vous propose ci-après un neuf minutes moins une seconde de calme.

jeudi 4 mars 2010

Le mois du Upstair's

• L'affiche composée par le Upstair's pour le mois de mars se conjugue avec des éclaireurs de la scène new-yorkaise. Demain, le saxophoniste Tony Malaby va prendre la direction de Montréal où il se produira, dans la soirée évidemment, avec le trio de la pianiste Marianne Trudel. Samedi aussi, ils occuperont la scène du Upstair's. Après lui, la batteur Matt Wilson, le contrebassiste Larry Grenadier et le guitariste Peter Bernstein accompagneront également des musiciens montréalais dans la cadre de Jazz en rafale.
• Tony Malaby... Ce qu'on apprécie beaucoup chez lui, c'est d'abord ce son sculpté dans le lourd, le profond. Mettons qu'il est plus Sonny Rollins que Chris Potter. Rien de sec, rien d'évanescent. Il a un côté franc du collier. Quelque chose de rugueux et de volontaire qui contraste avec les sempiternelles retenues nordiques de ECM. Bref, il a UN son. Une palette qui lui vient de sa longue fréquentation d'agrégés en improvisation: Paul Motian, Charlie Haden dans sa version Liberation Music Orchestra, Mark Elias, Michel Portal, Daniel Humair, Fred Hersch et bien d'autres.
• Au cours d'un entretien téléphonique, il a longuement expliqué comment et pourquoi il aimait l'improvisation. Dit autrement, il est enclin à l'aventure, l'aventure risquée. Il joue dans l'instant parce que jouer en solo dans une salle du Mans en France, ce n'est pas comme jouer en solo à Minneapolis. Tout lieu proposant des caractéristiques bien trempées, il faut selon lui s'adapter. Si vous avez la fibre de la curiosité bien prononcée et que vous appréciez être parfois déstabilisé, alors son album Voladores, publié récemment par l'étiquette Clean Feed Records, devrait vous combler. Le voici jouant dans le cadre de l'Electric Bop Band de Motian.

jeudi 18 février 2010

Le poète Copland à L'Astral

• Souvent, très souvent même, le pianiste Marc Copland a été qualifié de poète. Cette conjugaison, dont on ne sait l'origine, est tout ce qu'il y a de fondée. Là où Brad Meldhau est lyrique, l'homme natif de Philadelphie raconte des histoires sous la forme de strophes. Là où Keith Jarrett est romantique, voire précieux, l'ancien saxophoniste alto compose les douze pieds des alexandrins avec un naturel qui force l'admiration. Là où... Marc Copland se produira à L'Astral le 24 février prochain accompagné du quartet du contrebassiste montréalais Adrian Vedady. Prix du billet? 16,50 $. C'est de la grosse nouvelle. Savoir que Copland sera dans nos environs, ça vous aiguise les papilles avec autant de puissance qu'un Chorey-les-Beaunes. Parce que...
• Parce que le bonhomme est un sacré bonhomme. Autant pianiste que compositeur; autant éclaireur qu'attentif aux jeux de ses camarades; aussi concentré sur la mise en relief de LA note qu'attaché à la limpidité. Il est fluide, Copland, il est également très précis. Tellement, qu'il réveille dans notre petite tête les grandes heures de John Lewis, pianiste, compositeur et architecte des sommets du Modern Jazz Quartet. Et Dieu sait s'il y en a eu. Copland est l'exacte contradiction du «deux de pique», sauf lorsque celui-ci est «frimé», pour employer le langage des amants du poker.
• Le seul problème avec ce pianiste ayant usé ses culottes courtes sur les mêmes bancs d'école que son ami Michael Brecker est d'ordre économique. La plupart de ses albums ayant été publiés sur des labels européens, ces derniers affichent pour nous, à Montréal, des prix de salaison porcine. Par exemple, pour son Vol. 2 de la série New York Trio Recordings avec Gary Peacock à la contrebasse et Paul Motian, paru sur l'étiquette allemande Pirouet, on a déboursé 42 $. Vivement un ravalement de l'euro!
• Cela étant, il faut savoir que notre homme écrit dans le cadre de sa série New York Recordings un feuilleton passionnant. Il n'y a pas d'autre mot. Lorsque Peacock n'est pas à la contrebasse, Drew Gress le remplace. Lorsque Motian n'est pas à la batterie, Bill Stewart s'en occupe. Et toujours, Copland s'avère convaincant.
• Dans un de ses exercices poétiques, Raymond Queneau dit la quenouille avait écrit ceci: «Dans les toilettes du métro / à la station Port-Royal / on peut lire ces quelques mots / ça me paraît MONUMENTAL / l'usage de cette cabine / est strictement réservé / aux économiquement faibles / et aux indigents NOTOIRES...» «Sot ouate?» Copland est monumental et pas assez notoire. À L'Astral le 24 février à compter de 19h30.
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