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jeudi 16 décembre 2010

Eric Watson, pianiste de la finesse

• Pendant des années, les lecteurs nord-américains de Jazz Hot ou de Jazz Magazine ont été habités par une frustration, en tout cas ce fut notre cas, qui a un nom propre: Eric Watson. Pianiste d'origine américaine de son état, Parisien d'adoption depuis au moins 25 ans. Toujours est-il que chaque nouvelle parution de Monsieur Watson, sur étiquette Owl, était l'objet attentionné de critiques se conjuguant toujours avec l'excellence. Mais hélas, trois fois hélas, ce n'est que de passage en vieille France que l'on pouvait se procurer ses albums. Du côté gelé de l'Atlantique, la distribution des perles de Watson était la définition même de la fumisterie en conserve. De taille américaine, la conserve en question.
• Après cette introduction quelque peu atrabilaire, on en convient, on vous annonce qu'y a de quoi sauter à pieds joie et les yeux fermés dans le territoire de la jubilation. Voilà, depuis qu'il est sous contrat avec Out Note Records, label français fondé par Jean-Jacques Pussiau qui avait fondé Owl, Watson sera enfin disponible puisque mieux représenté. Toujours est-il que son p'tit dernier baptisé Memories of Paris vient de faire la traversée.
• Comme l'album de Kenny Werner, New York Love Songs sur la même étiquette, ce Watson est fait uniquement de compositions de Watson. Et comme celui de Werner, ce Watson, c'est du grand art. C'est prenant dans le sens le plus captivant du terme. C'est du grand jazz avec des réminiscences, pour parler chicos, ici de Satie, là de Fauré ou de Debussy. C'est dire qu'ici tout est en retenue, voire en paresse, et là tout en sensibilité sans une once de mièvrerie. En clair, Watson résume à lui seul le piano en solo. Chapeau! Mille fois plutôt qu'une! Voici Smoking Dog And The Sinner Cat

mercredi 15 décembre 2010

Live du Vanguard: Robert Glasper

• Ce mois-ci l'invité de NPR au Village Vanguard est le pianiste Robert Glasper, qui se distingue de bien de ses confrères par son inclination pour l'alchimie entre le jazz et le hip-hop. Pour ce live, il est accompagné de Vicente Archer à la contrebasse et de Jamire Williams à la batterie. Le programme? G & B, One For Grew, Unknow et Yes I'm Country, pièces composées par Glasper, et I Have A Dream de Herbie Hancock. À noter que cette heure de musique est suivie par un entretien avec l'excellent animateur du NPR de Boston, Josh Jackson.
Glasper au Vanguard

vendredi 10 décembre 2010

Le grand art de Kenny Werner

• Allons-y avec une lapalissade: le piano seul à seul, c'est pas évident. L'exercice, il faut en convenir, peut se transformer en un magistral casse-gueule. Dans l'histoire, peu s'y sont risqués et encore moins ont convaincu. Parmi ces derniers, on compte Art Tatum, Thelonious Monk, Ray Bryant, Ran Blake, Paul Bley et Jaki Byard. À ce groupe, c'est le cas de le dire sélect, il faut ajouter le nom de Kenny Werner.
• Intitulé New York Love Songs, l'album que vient de publier l'étiquette française au nom très français Out Note Records, c'est tout simplement du grand art. Très rarement on a été frappé par la clarté du jeu, par la retenue dans l'émotion qui la met de fait en relief, par la beauté des compositions.
• Comme le titre de l'album l'indique, tout se rapporte à New York. Il n'est question que de la Grosse Pomme. Un coup c'est East River, un coup c'est Ground Zero, un coup c'est Central Park avant l'Hudson River et le Riverside. Pas une fois, l'envie de zapper la moitié d'une pièce ne s'est manifestée. Et quand on sait qu'il s'agit d'un solo, c'est énorme. Voici First Light/East River



samedi 27 novembre 2010

Willie Nelson à NPR

• Oui, oui, oui, Willie Nelson a été l'invité de Marian McPartland, la pianiste qui anime l'émission Piano Jazz depuis plus de trente ans. Après Hank Jones, James Moody, Dizzy Gillespie et quantité d'autres «jazzeux», voici donc Nelson qui alterne country avec classiques du jazz. C'est enjoué, sympathique, sans prétention. Bref, voici une heure de petits bonheurs au cours de laquelle vous entendrez aussi bien Crazy que Nuages ou encore le fameux Stardust de Hoagy Carmichael.
Nelson à NPR

samedi 13 novembre 2010

Live au Vanguard: Jason Moran

• Peu après la sortie de son album Ten, parce que cela fait dix ans que le pianiste Jason Moran est accompagné par le même contrebassiste, Tarus Maten, et le même batteur, Nasheet Waits, ce trio s'est produit au Village Vanguard au début d'octobre dernier. Enregistré par le réseau NPR, le premier set combine des compositions incluses dans son dernier CD à de plus anciennes. Pis? On a trouvé le show plus captivant que ce Ten, paru sur étiquette Blue Note, qu'on trouve parfois austère.
Moran au Vanguard

mardi 2 novembre 2010

La bio de Bill Evans

• À ce que l'on sache, How My Heart Sings est la seule biographie consacrée au pianiste Bill Evans. Son auteur, Peter Pettinger, est lui aussi pianiste. Un concertiste versé en musique classique qui s'est distingué, entre autres choses, par son interprétation des sonates composées par Bela Bartok. On insiste: Pettinger n'est pas un musicien de jazz. Ceci explique probablement cela: la place qu'il accorde à l'analyse musicale de telle pièce écrite par Evans, de telle progression d'accords lors de l'enregistrement de tel disque, alourdit passablement la lecture. Dans le genre, on a lu beaucoup, beaucoup mieux.
• En fait, l'ouvrage de Pettinger publié par les éditions Yale University Press s'adresse avant tout aux grands admirateurs d'Evans. À ceux qui veulent connaître les détails inhérents à l'enregistrement de Nardis ou de Song For Helen. Cela étant, cette bio a ceci de faible qu'elle s'attarde trop peu sur les années dites de formation. Autrement dit, une biographie digne de ce nom reste à faire. En attendant, voici Israël en compagnie de Scott LaFaro à la contrebasse et de Paul Motian à la batterie.

samedi 30 octobre 2010

L'art de G. Peacock et M. Copland

• Fiiiooouuu! Au bout du compte, de l'écoute, devrions-nous dire ou plutôt écrire, on se dit ou plutôt on constate que cette affaire qui est un duo, c'est du grand art. Non, non, non! N'y voyez pas un excès d'emphase ou un soupçon d'enflure. Les histoires que nous content le pianiste Marc Copland et le contrebassiste Gary Peacock, ces histoires qui s'emboîtent les unes dans les autres, forment un tout qui relève du grand art. Point barre!
• À des pièces d'anthologie, All Blues et Blue In Green de Miles Davis, sans oublier In Your Own Sweet Way de Dave Brubeck, ils ont collé leurs pièces. Et «sans déconner», pour parler brutal mais franc, dans le décor sonore qu'ils ont confectionné, leurs morceaux ne dépareillent pas. Parfois ce n'est que douceur, parfois ce n'est que complicité entre musiciens qui se fréquentent depuis longtemps, parfois ce n'est que sobriété, parfois ce n'est que sensibilité. Et toujours c'est élégant.
• Intitulé Insight, leur album a paru sur l'étiquette allemande Pirouet. Passons à la finance. Plus précisément, au prix de revient, sans entrer dans les détails des faits qui le composent. De-que-cé? Le distributeur canadien S.R.I. vient de signer une entente avec Pirouet. Les albums de ce label, et notamment ceux du trio de Copland, Peacock et du batteur Bill Stewart, vont coûter moins cher qu'auparavant. Et voici All Blues:

vendredi 6 août 2010

La rue John Hicks

• Qui est allé à New York a fort probablement été habité par l'étonnement toponymique suivant: les trois quarts des rues ont été baptisées à coups de chiffres. Si le recours de l'addition favorise une progression ordonnée de la trame urbaine, elle n'en est pas moins une insulte à l'histoire comme à la poésie. On a toujours été agacé par le peu de cas que les autorités concernées par ces choses se font des musiciens de jazz.
• Tout cela pour vous signaler que la municipalité de New York vient de renommer la 134e Rue à Harlem John Hicks. Enfin! Faut-il rappeler que cet immense pianiste, ce pianiste de la finesse, fut autant un accompagnateur hors pair qu'un soliste aussi sensible que... savant. Il appartenait à cette école que Jaky Byard a si bien personnifiée. À savoir qu'il fallait connaître tous les standards comme tous les styles qui ont ponctué l'histoire du jazz.
• Pour saluer sa mémoire, pour saluer la rue John Hicks, on vous propose l'entretien que Hicks eut en 2006 avec Gary Walker, du poste WGBO de Boston.
La rue John Hicks

lundi 2 août 2010

Barry Harris live au Vanguard

• Savez quoi, les collègues, eh bien Detroit est la véritable capitale du jazz. Oui, oui, oui... Detroit, et non Nueva York, comme disent les Portoricains, est le chef lieu du «djasse» parce que c'est là qu'est... née la plus imposante cohorte de musiciens. Tommy Flanagan, Roland Hanna, Yusef Lateef, Ron Carter, Elvin Jones, son frère Thad, Paul Chambers et d'autres qu'on oublie, mais pas Barry Harris. Le pianiste des pianistes. L'exécuteur testamentaire du bebop. Le vieux professeur. Il y a une semaine il s'est produit au Village Vanguard avec Leroy Williams à la batterie et Ray Drummond à la contrebasse. Voici le premier set.
Harris au Vanguard

samedi 17 juillet 2010

Mose Allison au micro

• Il y a quelques semaines de cela, le pianiste, auteur, compositeur Mose Allison, admiré par une ribambelle de groupes rock dont The Who qui avait transformé son Young Man Blues, publiait un nouvel album après une douzaine d'années de silence. Paru sur étiquette Anti, ce disque s'intitule The Way Of The World. Il a été produit par Joe Henry, un des meilleurs qui soit actuellement. C'est Henry en effet qui a été l'architecte des récents disques d'Allen Toussaint, Ramblin' Jack Elliott et d'autres.
• Toujours est-il qu'il a fallu une bonne année de persuasion de la part de Henry pour convaincre Allison, aujourd'hui 82 ans, de rentrer à nouveau dans un studio en compagnie des habituels complices de Henry. Jay Bellerose est à la batterie, David Piltch à la contrebasse, Greg Leisz et Anthony Wilson aux guitares ainsi que Walter Smith au ténor. Cette semaine, le vieux pianiste originaire du Mississippi confiait à NPR comment lui et Henry avaient travaillé. L'entretien est entrecoupé de trois solos.
Allison à NPR

samedi 10 juillet 2010

Steve Kuhn au FIJM

• Lors de la 31e édition du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), il y eut tout d'abord Herbie Hancock, Keith Jarrett, Ahmad Jamal, puis il y eut Steve Kuhn. On devrait écrire il y eut surtout Steve Kuhn, l'homme ne s'étant jamais produit en trio dans le cadre du FIJM. On n'est même pas sûr qu'il ait joué en solo. Dit autrement, il était grandement temps que son nom soit inscrit à l'affiche. Plus précisément à celle du Gesù, où il était flanqué de Joey Baron à la batterie et de David Finck à la contrebasse.
• Son concert fut magistral de bout en bout. Son jeu alliant finesse avec élégance, romantisme avec retenue, a ravi, a séduit. D'autant plus que ces messieurs jouant régulièrement ensemble, chacun savait quand et comment relancer les autres, les provoquer, les retenir. Chaque note était à point. Bien sculptée, bien envoyée.
• Au programme: If I Were A Bell, Jitterburg Waltz, Two By Two, La plus que lent/Passion Flower, Little Waltz, Lotus Blossom, Stella By Starlight, Slow Hot Wind, Clotilde et Confirmation. Si on vous a décliné tous les morceaux joués, c'est tout simplement parce qu'ils sont ceux-là mêmes qu'il avait enregistrés live avec Ron Carter à la contrebasse et Al Foster à la batterie au Birdland à New York en juillet 2006. En clair: procurez-vous le Live At Birdland – Steve Kuhn Trio paru sur étiquette Blue Note. C'est splendide!

jeudi 8 juillet 2010

R. Weston au micro de NPR

• Chaque écho qui nous parvient de Randy Weston constitue un long moment de cette chose si facile à kidnapper qui s'appelle le bonheur. Oui, Randy Weston est une équation égale au bonheur. Si on en doute, il suffit d'écouter son Mystery of Love avec le très regretté Teddy Edwards au ténor. Cela suffira à convaincre les sceptiques, qu'on apprécie d'autant plus qu'ils sont autant de contradictions des crédules.
• Toujours est-il que ce pianiste immense parce que détenteur d'un style reconnaissable entre tous a été le sujet d'une récente émission de la pianiste Marian McPartland, qui anime depuis plus de trente ans les ondes de NPR, le réseau radio de PBS. Et alors? C'est près d'une heure de bonheur. De musique et d'intelligence.
• De Weston, on sait trop peu qu'il faisait dans les musiques du monde des décennies avant que ce terme soit introduit dans le langage courant. De tous les musiciens de jazz, il fut le premier à s'intéresser, à étudier, à se passionner pour les origines africaines du jazz. Il a été le précurseur d'un mouvement ou courant qu'Art Blakey, Archie Shepp, The Art Ensemble of Chicago, John Carter, Julius Hemphill, Chico Freeman, David Murray et quelques autres ont creusé. Tout dans l'heure qui suit est digne de mention très bien.
Weston à NPR

jeudi 17 juin 2010

Live: Hank Jones

• En hommage au pianiste Hank Jones, décédé le 16 mai dernier, la station de Boston du réseau NPR vient de rediffuser un show enregistré il y a quelques années avec le contrebassiste John Clayton et le batteur Dennis Mackrel. Au programme: Speak Low, Lady Luck composé par son frère trompettiste Thad Jones, Favors de Klaus Ogermann, Interlude de J.J. Johnson, Blue Monk et Round Midnight de Thelonious Monk.
• Dans le long entretien, en fait il s'agit de son dernier, que cet homme avait accordé au magazine français JazzMan, il confie à propos de Monk ceci: «J'ai rendu visite à Monk dans son appartement, très vite après mon arrivée à New York. Il m'a joué Monk's Mood et j'ai dû relever instantanément la composition et son arrangement. Tout ce qu'il a écrit est marqué de son sceau. C'est indélébile. Personne d'autre ne peut écrire ou sonner comme lui. Bud Powell ou Al Haig, comme Charlie Parker évidemment, étaient les prototypes de ce qu'était le bebop. Pas Monk. Il était définitivement à part.»

mardi 15 juin 2010

Le jazz composé de Simon

• Originaire du Venezuela, le pianiste Edward Simon combine sa longue fréquentation des canons du classique aux débordements du jazz qu'il a maîtrisés en compagnie du saxophoniste Bobby Watson, le trompettiste Terence Blanchard et quelques autres. Il a ceci de rare qu'il est autant pianiste que compositeur. Dans le cadre de son orchestre Afinidad, il joue ce qu'il a écrit et non ce que d'autres ont composé.
• Lorsque Simon couche sur parchemin ses notes, il les enduit de rythmes qui évoquent en moins de deux le continent sud-américain. Là, nous allons entendre la suite musicale qu'il a concoctée avec la complicité de David Binney au saxo, de Gretchen Parlato au chant, d'Adam Rogers à la guitare, de Scott Colley à la contrebasse, d'Antonio Sanchez à la batterie et de Rogerio Boccato aux percussions. Cette première a été enregistrée par la station NPR de Boston.

mardi 8 juin 2010

Monk par les autres

• Chez Monk, un contingent aujourd'hui imposant de musiciens a puisé de quoi confectionner un album au complet. On pense notamment au pianiste Tommy Flanagan et au saxophoniste Bennie Wallace. Depuis peu, l'étiquette High Note propose quelque chose de plus inusité: un album regroupant des musiciens divers qui déclinent des thèmes du Grand Pirate du «bi-beaupe». À ce que l'on sache, cette parution intitulée Music Of The Sphere – Thelonious Monk Songbook ne peut se comparer qu'au travail effectué par Hall Willner il y a plus de trente ans de cela.
• Toujours est-il que le High Note rassemble des morceaux interprétés par Frank Morgan, Larry Willis, Larry Coryell, Arthur Blythe, une grande formation emmenée par le saxophoniste David Binney, Bob DeVos, Houston Person, la très regrettée Mary Lou Williams, Eric Alexander et Eric Reed. Le programme? Si on vous confie qu'il commence avec Morgan s'appropriant I Mean You, vous devinerez le reste.
• Cela précisé, ce disque a ceci d'intéressant qu'il est hétérogène. Qu'il est une contradiction de l'homogénéité. Entre le classicisme de Morgan et le tout électrique de Coryell, entre le dynamisme de Willis et l'approche festive de Blythe, entre la sobriété de Williams et la deconstruction de Binney, la sensualité de Person et le respect d'Alexander, ce que High Note met en relief est ceci: les pièces de Monk favorisent la prise de risque. L'esprit d'aventure. C'est très chouette de l'avoir rappelé.

mercredi 2 juin 2010

M.A.Hamelin et Bad Plus

• C'est ce qu'on peut appeler de la nouvelle. Le pianiste du trio Bad Plus, Ethan Iverson, est un grand fan d'un pianiste montréalais plus réputé pour détourner les difficultés de Franz Litz ou Maurice Ravel que celles de Thelonious Monk ou Cecil Taylor. De qui s'agit-il? Marc André Hamelin. Iverson est allé à sa rencontre pour s'entretenir longuement sur le classique et le jazz. C'est très instructif. On y apprend notamment qu'Hamelin apprécie particulièrement Anthony Braxton. À lire.

lundi 31 mai 2010

Duo de grâce: Hicks et Morgan

• C'est bien simple: l'album John Hicks & Frank Morgan - Twogether, c'est la grâce et la fragilité du saxophoniste Morgan enrobées par la polyvalence et la puissance du pianiste John Hicks. Autant Morgan fait penser à Art Pepper, et vice et versa, les deux ayant suivi un parcours à l'identique parce que les deux menaient la vie avec les fleurs de peau, autant Hicks fait penser à Jaki Byard. Comme ce dernier, sa maîtrise des styles qui ont rythmé l'histoire du jazz tenait de la ferveur encyclopédique. Comme Byard, Hicks pouvait évoquer aussi bien Earl Hines que Monk en insérant ici et là son style, ses marques, sa manière.
• Publié par High Note, Twogether est un disque tout ce qu'il y a de classique dans le sens noble du terme et non vieillot. La raison de cela tient en un mot: le programme. Quel est-il? Parisian Thoroughfare, Night In Tunisia, My One And Only Love, Round Midnight, N.Y. Theme et Passion Flower. Bref, ça débute avec Bud Powell, ça se conclut avec Billy Strayhorn avec Gillespie, Monk, Dorham et quelques autres écrivains constamment relus.
• Tous ces morceaux ont été gravés devant publics. Quelques-uns à la Jazz Bakery à Los Angeles, quelques autres à New Hope en Pennsylvanie. Ces derniers sont en fait des solos de Hicks. Cela rappelé, Twogether vaut par la complicité évidente qui liait ces deux artistes morts un an après (2006) leurs prestations. Twogether n'est pas la conjugaison de la grâce avec la volupté, mais bien de la grâce de Morgan avec la vitalité de Hicks. Histoire de saluer la mémoire de Morgan, on vous propose l'entretien passionnant, entremêlé de pièces live, qu'il eut avec la pianiste Marian McPartland en février 2004.
Morgan chez McPartland

lundi 17 mai 2010

Gentleman Jones n'est plus

Hank Jones, le doyen des pianistes de jazz, l'aîné des frères Elvin et Thad, n'est plus. Il avait 91 ans, avait tout fait, tout entendu, tout vu. Entre son arrivée à New York au début des années 40 et son dernier souffle, Jones a mis son talent de pianiste classique au service de Charlie Parker et Andy Williams, Ella Fitzgerald et Cannonball Adderley, Billie Holiday, Coleman Hawkins... En fait, pour faire court, l'homme né un an après le premier enregistrement d'un disque de jazz a accompagné tout le monde. À telle enseigne qu'il a défini, pour ainsi dire, les paramètres qui distinguent le simple faire-valoir de l'excellence.
• Bizarrement, ce n'est qu'à partir de la soixantaine que son nom va commencer à circuler en dehors du cercle des initiés, lorsque paraissent, notamment, ses enregistrements avec Tony Williams et Ron Carter, les enregistrements du Great Jazz Trio. Ces albums, c'est à noter, sont publiés au milieu des années 70. Et alors? En 1975, le réseau CBS «ferme» l'orchestre que Jones dirigea pendant une quinzaine d'années au bénéfice du chanteur-animateur Andy Williams. CQFD: au cours de cette période, Jones ne fit pas de tournées.
• En juillet dernier, celui qui connaissait tous les standards fit la couverture de JazzMan. De l'entretien mené par Alex Dutil, on a retenu ceci: «Jusqu'ici, je n'ai jamais fait que répondre aux sollicitations qui m'arrivaient, sans le moindre plan de carrière. On me téléphonait pour un accompagnement? J'y allais. Que ce soit pour une chanteuse, un instrumentiste ou un big band, peu importe. On me proposait d'assurer une séance d'enregistrement en leader? J'acceptais avec joie. Il s'agissait d'écrire de la musique? Je me mettais aussitôt au travail [...] Ma vie de jazzman, c'est au jour le jour.» Ave!

jeudi 13 mai 2010

Retour sur Ben Sidran

• Il y a quelques jours de cela, on a évoqué la venue de Ben Sidran au Festival international de jazz de Montréal (FIJM). Comme il l'a confié au cours d'un entretien, son spectacle aura pour principal sujet Bob Dylan, à qui il a consacré son dernier album paru sur étiquette Bonsaï Music. Le titre? Different Dylan. Si aujourd'hui on vous cause à nouveau de Sidran c'est ...
• C'est pour vous conseiller vivement l'achat de Ben Sidran Live à FIP avec Bob Rockwell au saxo et à la flûte, Billy Peterson à la basse, et son fils Leo à la batterie. Bon. Il faut vous signaler, chers Montréalais, que FIP est une station rattachée au réseau Radio-France. Et d'une. Et de deux, cet album publié en 2005 est l'exemple plus que parfait de l'art et de la manière qu'a Sidran de s'approprier avec un naturel qui force l'admiration les pièces composées par d'autres. Ici, il décline notamment les mots qu'avait emboîtés il y a des lunes indiennes Mose Allison, soit If You Live et I Don't Worry About A Thing. Bon (bis).
• Là où ça se complique, c'est que... Pour mettre la main sur ce bijou, il faut passer commande chez votre disquaire ou carrément chez Bonzaïmusic.fr. Cela dit, on l'a dit mais on tient à le marteler, cet album est une merveille. CQFD: il vaut son pesant de diamants. Après le cela dit passons au cela étant pour vous souligner que son show du 27 juin prochain au Club Soda se déroulera à l'ombre de Dylan alias Jack Frost, on vous propose donc son interprétation de Tangled Up In Blue.

lundi 10 mai 2010

New York: les disquaires et R. Weston

• New York — Pour le disquaire, l'époque actuelle a tous les vices de la galère. Avant, à Nueva York , comme ils disent dans Spanish Harlem, il y avait des poids-lourds à certains coins de rue, plutôt des avenues. On pense à Tower Record, à Virgin, qui ont tous sombré après avoir rencontré le iceberg «ouaibe» et son commerce en ligne. Même les magasins spécialisés n'ont pas échappé à l'ébranlement de la distribution. Certains d'entre eux ont fermé. D'autres ont multiplié les catégories de leurs spécialisations pour attirer les jeunes qui aiment les musiques de jeunes. Le genre «t'sais-comme-punk-hard-core.» Bigre! Comme disait Harpagon au temps de l'avarice.
• Bon. Tout un chacun sait que désormais on peut effectuer notre épicerie sonore chez Amazon. Peut-être sait-on moins qu'on peut la faire chez Squidco, Jazzloft et autres magasins vendant des produits dématérialisés. On vous conseille vivement de fouiner du côté de ces derniers avant d'aller chez Amazon. La raison de ce parti pris est simple à expliquer: le prix. Contrairement au géant de la vente en ligne, les deux susnommés, et il y en a d'autres, réduisent les coûts afférents au transport et aux frais de douanes si vous commandez trois, huit ou vingt albums. Dit autrement, Amazon charge le même montant — pour le transport et les douanes — pour chaque disque acheté.
• Cela étant, le plaisir des plaisirs sur ce front reste l'achat direct. L'achat réalisé avec l'artiste en personne. Randy Weston et son African Rythms Trio augmenté de Benny Powell au trombone et Talib Kibwe au saxo proposaient, au terme de leur prestation au Jazz Standard, leurs récentes productions. De Weston, de cet immense pianiste, compositeur, historien de l'Afrique, on vendait Zep Tepi sur étiquette Random Chance, qu'on n'a jamais aperçu dans les bacs des disquaires montréalais, ainsi que l'excellent Nextep sur Origin Records.
Petite note: l'interprétation de Blue Moses, une composition de Weston, qui suit est en deux parties. C'est du gâteau, du Paris-Brest, de la première à la dernière seconde.