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jeudi 23 décembre 2010

The Cookers: de la joie!

• Avant d'entendre une note, on lit tout d'abord forcément les noms: Billy Harper, saxophone ténor, Eddie Henderson et David Weiss, trompettes, Craig Handy, sax alto, George Cables, piano, Cecil McBee, contrebasse, et Billy Hart, batterie. Et alors? Ben, c'est pas compliqué, avant d'avoir écouté la première note de cette formation baptisée The Cookers, vous vous dites ce qu'on disait dans l'ancien temps: The Cookers, c'est un supergroupe. Mais au contraire de bien de ces super-machins, lui ne déçoit pas. Il est à la hauteur respective des membres haut gradés rassemblés par un label de la République française: Plus Loin Music.
• Intitulé Cast The First One, cet album est avant tout une joie. Celle de retrouver d'immenses musiciens abandonnés par des étiquettes aussi paresseuses qu'avaricieuses, des étiquettes trop préoccupées à arrondir les angles afin de rassurer le bourgeois et sa bourgeoise par Diana Krall et autres ovnis sonores marketés à la Coca-Cola.
Cast The First One, c'est l'album du... nerf! Un album qui a du caractère. Dit autrement, un album d'où ont été bannies les notes mièvres, racoleuses, molles, les notes qui, passant partout, sont vides, de sens donc de vie. Retrouver Harper, qui avec le très regretté George Adams est l'archétype du ténor post-Coltrane, retrouver Cables, McBee et autres vétérans, autres éclaireurs du post-bop, c'est, on le répète, une forte dose de joie pure. Voici le morceau-titre:

jeudi 16 décembre 2010

Eric Watson, pianiste de la finesse

• Pendant des années, les lecteurs nord-américains de Jazz Hot ou de Jazz Magazine ont été habités par une frustration, en tout cas ce fut notre cas, qui a un nom propre: Eric Watson. Pianiste d'origine américaine de son état, Parisien d'adoption depuis au moins 25 ans. Toujours est-il que chaque nouvelle parution de Monsieur Watson, sur étiquette Owl, était l'objet attentionné de critiques se conjuguant toujours avec l'excellence. Mais hélas, trois fois hélas, ce n'est que de passage en vieille France que l'on pouvait se procurer ses albums. Du côté gelé de l'Atlantique, la distribution des perles de Watson était la définition même de la fumisterie en conserve. De taille américaine, la conserve en question.
• Après cette introduction quelque peu atrabilaire, on en convient, on vous annonce qu'y a de quoi sauter à pieds joie et les yeux fermés dans le territoire de la jubilation. Voilà, depuis qu'il est sous contrat avec Out Note Records, label français fondé par Jean-Jacques Pussiau qui avait fondé Owl, Watson sera enfin disponible puisque mieux représenté. Toujours est-il que son p'tit dernier baptisé Memories of Paris vient de faire la traversée.
• Comme l'album de Kenny Werner, New York Love Songs sur la même étiquette, ce Watson est fait uniquement de compositions de Watson. Et comme celui de Werner, ce Watson, c'est du grand art. C'est prenant dans le sens le plus captivant du terme. C'est du grand jazz avec des réminiscences, pour parler chicos, ici de Satie, là de Fauré ou de Debussy. C'est dire qu'ici tout est en retenue, voire en paresse, et là tout en sensibilité sans une once de mièvrerie. En clair, Watson résume à lui seul le piano en solo. Chapeau! Mille fois plutôt qu'une! Voici Smoking Dog And The Sinner Cat

vendredi 10 décembre 2010

Le grand art de Kenny Werner

• Allons-y avec une lapalissade: le piano seul à seul, c'est pas évident. L'exercice, il faut en convenir, peut se transformer en un magistral casse-gueule. Dans l'histoire, peu s'y sont risqués et encore moins ont convaincu. Parmi ces derniers, on compte Art Tatum, Thelonious Monk, Ray Bryant, Ran Blake, Paul Bley et Jaki Byard. À ce groupe, c'est le cas de le dire sélect, il faut ajouter le nom de Kenny Werner.
• Intitulé New York Love Songs, l'album que vient de publier l'étiquette française au nom très français Out Note Records, c'est tout simplement du grand art. Très rarement on a été frappé par la clarté du jeu, par la retenue dans l'émotion qui la met de fait en relief, par la beauté des compositions.
• Comme le titre de l'album l'indique, tout se rapporte à New York. Il n'est question que de la Grosse Pomme. Un coup c'est East River, un coup c'est Ground Zero, un coup c'est Central Park avant l'Hudson River et le Riverside. Pas une fois, l'envie de zapper la moitié d'une pièce ne s'est manifestée. Et quand on sait qu'il s'agit d'un solo, c'est énorme. Voici First Light/East River



jeudi 2 décembre 2010

Dylan par Sidran

• Il y a un an, on devrait dire, un an tout juste, le pianiste, compositeur, auteur et chanteur Ben Sidran, par ailleurs héritier direct de Mose Allison, publiait un album... conquérant! Un disque entièrement consacré aux textes et musiques de Bob Dylan qu'il avait enregistrés dans un village de la lointaine Alsace avec des musiciens français.
• Aujourd'hui, toujours sur étiquette Bonsaï Music, il remet ça. Mais cette fois, c'est live. À la guitare, on retrouve Rodolphe Burger, à la basse il y a Marcello Giuliani, à la batterie on retrouve Alberto Malo. Sur certaines pièces, Eric Truffaz, par trompette interposée, ponctue le tout à l'aune du juste à temps.
• Le programme? Gotta Serve Somebody, Rainy Day Women, Blowin' In The Wind, Subterranean Homesick Blues, All I Want Really To Do, Tangle Up In Blue, Everything Is Broken, Maggie's Farm, Love Minus Zero, The Times They Are Changin, On The Road Again, We Are Here But For A Minute. Autrement dit, c'est Dylan des années 60 aux 90. Le résultat est simple à formuler: ce live est un excellent complément d'objet direct — direct! — aux versions studio. Suit Maggie's Farm:

samedi 27 novembre 2010

Max Roach derrière le Mur

Max Roach a toujours été synonyme de costaud. Musicalement, il va sans dire, mais également politiquement causant. Avec Charles Mingus, il fut un réfractaire, un constant contestataire. Dans les années 80 comme dans les années 40. Au début des années 70, il avait mis sur pied un quartet sans piano. Le trompettiste Cecil Bridgewater fut d'abord engagé, puis le saxophoniste Odean Pope et le bassiste Tyrone Brown les rejoignirent pour former un orchestre plus fréquemment enregistré en Europe qu'aux États-Unis.
• Il y a peu Naxos a signé un accord de distribution avec le label allemand Jazzwerkstatt. «Fais que» depuis peu on peut entendre la captation du show donné par Roach et ses collègues le 16 juin 1984 au Jazzbühne à Berlin-Est. De ce spectacle, six pièces d'anthologie, c'est le cas de la dire, ont été retenues qui composent ce Max Roach - Live In Berlin: Jordu de Duke Jordan, Giant Steps de John Coltrane, Six Bits de Roach, Good Bait de Tadd Dameron et Perdido de Juan Tizol.
• Cet album est à l'image du batteur: hénaurme. Du début à la fin. C'est Roach comme on l'apprécie: qui dérange, qui chaloupe, qui pique, qui est toujours dans la densité. C'est du très costaud. D'autant que Pope, Bridgewater et Brown ne font jamais dans la dentelle. C'est pas cool-machin-chose, c'est hard-bop. Et c'est tant mieux. Suit: Jordu.

mardi 27 avril 2010

Les inédits de Socadisc

Socadisc, distributeur de labels indépendants, propose une nouvelle série d'albums jusqu'ici inédits dans le format compact qui devraient régaler particulièrement les amateurs d'Ornette Coleman. En voici la liste: O. Coleman Quartet - Live In Paris 1971 avec Dewey Redman au ténor, Charlie Haden à la contrebasse et Ed Blackwell à la batterie, le Croydon Concert avec David Izenzon à la contrebasse et Charles Moffett à la batterie, le Lenox Jazz School Concert de 1959 avec Don Cherry et Kenny Dorham aux trompettes et Jimmy Giuffre à la clarinette et enfin le O. Coleman Quartet - Belgium 1969 avec Redman, Haden et Balckwell.
• De Bill Evans, Socadisc publie les shows enregistrés à Lund en 1975 et à Helsinki en 1970 et un autre réalisé à Paris en 1974. Sur ces deux albums Eddie Gomez est à la contrebasse et Marty Morell à la batterie. Quoi d'autre? Un Miles Davis intitulé Live In Rome & Copenhagen 1969 avec Wayne Shorter au ténor, Chick Corea aux claviers, Dave Holland à la basse et Jack DeJohnette à la batterie ainsi que le Johnny Griffin Quintet/With Rolf Ericson à la trompette.
• Le trio d'Evans qui suit, avec Gomez et Morell, a été enregistré à Helsinki en 1970. Le titre: Nardis

jeudi 11 mars 2010

C. Haden, E. Pieranunzi, B. Higgins

• On vous l'annonce d'emblée, il s'agit d'un coffret qui n'est pas encore dans les bacs des disquaires. D'un coffret qu'on a donc reçu. Mais comme c'est du costaud, on l'évoque aujourd'hui avant de vous préciser ultérieurement sa sortie officielle. Voilà, le label italien Black Saint et son jumeau Soul Note, immense label des années 80 et 90, ont rassemblé des enregistrements réalisés par le contrebassiste Charlie Haden.
• Parmi eux, il y a un disque splendide. Un trio formé avec le batteur Billy Higgins et le pianiste Enrico Pieranunzi. En leur compagnie, Haden, dont les premiers pas sur la planète jazz ont été possibles grâce au Montréalais Paul Bley, a interprété neuf morceaux rassemblés dans cet album intitulé First Song. Lorsqu'on s'attarde au parcours du grand Charles, on se dit que cette production symbolise LE changement dans la vie musicale de celui-ci. Elle annonce la suite et notamment la création du Quartet West. Autant Haden était aventurier aux pieds nus avec le Old And New Dreams, autant il dévoile avec Pieranunzi son amour pour des ballades qui firent la fortune de Bill Evans. First Song, c'est du grand art. Grâce à qui? Pieranunzi, que voici d'ailleurs au Duc des Lombards, à Paris, en trio:

samedi 27 février 2010

Entre jazz et java

• Fallait y penser! Rassembler sur une même scène Edith Piaf et Billie Holiday par Galliano et Marsalis interposés, c'est ce qu'on peut appeler un exercice de style conçu à l'enseigne de l'originalité. Le résultat, en tout cas, est réussi. Les deux virtuoses, car ils en sont, comblent les voix des deux chanteuses de la gravité en dialoguant avec une conviction et un plaisir évidents. Là où les mots, souvent ceux de la mélancolie, avaient été posés, le trompettiste et l'accordéoniste déploient des notes avec juste ce qu'il faut de sensibilité. Autrement dit, ils ont évité le piège du racolage que suppose l'exercice en question.
• Comme il nous y a habitués depuis le début des années 80, Marsalis s'est entouré de sacrés instrumentistes. Le pianiste Dan Nimmer, dont le visage rappelle étrangement celui de Bill Evans jeune, le contrebassiste Carlos Henriquez, qui balance à merveille, le batteur Ali Jackson, qui ponctue avec assurance, et le saxophoniste Walter Blanding, dont on a apprécié d'autant plus la sonorité qu'elle fait écho à celle de Don Byas et de Coleman Hawkins, qui a tendance à disparaître. Bref, Blanding est pour ainsi dire la contradiction du son sec d'un Chris Potter et autres souffleurs qui ne sont toujours pas parvenus à dépasser les techniques apprises sur les bancs d'école.
• Le programme, on s'en doute, est fait des classiques qui ont fait la renommée de Piaf comme celle de Holiday: La Foule, Them There Eyes, Padam... Padam, What A Little Moonlight Can Do, Billie, écrite celle-là par Galliano, Sailboat in the Moonlight, L'homme à la moto, le terrible Strange Fruit et bien évidemment La vie en rose.
• Enregistré live au Festival de jazz de Marciac, soit au royaume des confits de canard, ce compact qui s'accompagne d'un DVD, en fait il s'agit de la captation visuelle du show, a été publié sur étiquette JIM. Il est distribué par Harmonia Mundi. À noter que le réalisateur du DVD n'est nul autre que Frank Cassenti, qui a signé des portraits de Miles Davis, d'Archie Shepp, sans oublier ses fictions comme La Chanson de Roland ou L'Affiche rouge.

mardi 16 février 2010

Les inédits du grand Charles

• La nouvelle du jour devrait ravir, plus que d'autres nouvelles, les amateurs de jazz en général et ceux de Charles Mingus en particulier. Voilà que le label Jazz Collectors annonce la publication de concerts donnés par l'ogre du «djase» en 1964 et qui n'avaient jamais paru en CD ou en vinyle. Côté cour, il y a le show enregistré à la salle Wagram à Paris. Côté jardin, celui capté à Amsterdam.
• Dans un cas comme dans l'autre, Jazz Collectors a rassemblé ces aubaines musicales sous la forme d'un double compact. On sait que, sur la scène d'Amsterdam, Mingus était entouré de Clifford Jordan, le souffle long du ténor, Johnny Coles, le détrousseur des subtilités que cache la trompette, l'historien Jaki Byard au piano, Dannie Richmond, le tambour battant de la batterie, c'est le cas de le dire, et un certain Eric Dolphy, qui n'avait pas son pareil pour décliner par flûte, alto et clarinette basse interposés les chants des oiseaux qu'il avait décryptés. Pour le concert de Paris, on précise que Dolphy était présent. Les autres? On peut présumer, sachant que ces spectacles ont été à l'affiche la même année, que leurs papiers d'identité étaient ceux d'Amsterdam.
• Cela étant, l'initiative étant européenne, les distributeurs le sont tout autant. Qui sont-ils? Socadisc.com et ledisquaire.com. Le prix? On a fouiné, mais tout ce qu'on a trouvé, à la rubrique prix, ce sont des codes. Nom dé diou! À ceux passionnés par les palpitations musicales du grand Charles et qui habitent Montréal et qui, surtout, ne veulent pas se casser la tête, on suggérera de s'informer au magasin Cheap Thrills. En raretés, ceux-ci sont des calés. En attendant, voici l'interprétation de Take The A Train de Duke Ellington, le héros de Mingus