vendredi 6 août 2010

La rue John Hicks

• Qui est allé à New York a fort probablement été habité par l'étonnement toponymique suivant: les trois quarts des rues ont été baptisées à coups de chiffres. Si le recours de l'addition favorise une progression ordonnée de la trame urbaine, elle n'en est pas moins une insulte à l'histoire comme à la poésie. On a toujours été agacé par le peu de cas que les autorités concernées par ces choses se font des musiciens de jazz.
• Tout cela pour vous signaler que la municipalité de New York vient de renommer la 134e Rue à Harlem John Hicks. Enfin! Faut-il rappeler que cet immense pianiste, ce pianiste de la finesse, fut autant un accompagnateur hors pair qu'un soliste aussi sensible que... savant. Il appartenait à cette école que Jaky Byard a si bien personnifiée. À savoir qu'il fallait connaître tous les standards comme tous les styles qui ont ponctué l'histoire du jazz.
• Pour saluer sa mémoire, pour saluer la rue John Hicks, on vous propose l'entretien que Hicks eut en 2006 avec Gary Walker, du poste WGBO de Boston.
La rue John Hicks

lundi 2 août 2010

Barry Harris live au Vanguard

• Savez quoi, les collègues, eh bien Detroit est la véritable capitale du jazz. Oui, oui, oui... Detroit, et non Nueva York, comme disent les Portoricains, est le chef lieu du «djasse» parce que c'est là qu'est... née la plus imposante cohorte de musiciens. Tommy Flanagan, Roland Hanna, Yusef Lateef, Ron Carter, Elvin Jones, son frère Thad, Paul Chambers et d'autres qu'on oublie, mais pas Barry Harris. Le pianiste des pianistes. L'exécuteur testamentaire du bebop. Le vieux professeur. Il y a une semaine il s'est produit au Village Vanguard avec Leroy Williams à la batterie et Ray Drummond à la contrebasse. Voici le premier set.
Harris au Vanguard

dimanche 25 juillet 2010

Les palmes de Joe Lovano

• Chaque année, en plein milieu de l'été, le mensuel DownBeat publie les résultats de son référendum auquel participent les critiques répartis dans diverses villes d'Amérique du Nord. Le grand vainqueur d'un exercice qui en est à sa 58e édition? Joe Lovano, sacré meilleur ténor, musicien de l'année, alors que son Joe Lovano Us Five était élu meilleur groupe de l'année. C'est amplement mérité. Au classement de la catégorie musicien de l'année, on a relevé une grande absence, une incongruité: John Zorn n'y figure pas. Enfin... Voici la liste des principaux gagnants:
• Musicien de l'année: Lovano, Sonny Rollins, Ornette Coleman.
• Saxophone ténor : Lovano, Sonny Rollins, Chris Potter.
• Groupe de l'année: Lovano Us Five, Keith Jarrett Standards Trio, Branford Marsalis Quartet.
• Hall of Fame: Muhal Richard Abrams, Randy Weston, Lee Konitz.
• Album de l'année: Historicity de Vijay Iyer Trio, Folk Art de Lovano Us Five, Esta Plena de Miguel Zenon.
• Big Band; Maria Schneider, Mingus Big Band, Jazz at Lincoln Center.
• Pianiste: Keith Jarrett, Kenny Barron, Hank Jones.
• Saxophone alto: Lee Konitz, Ornette Coleman, Phil Woods.
• Trompette: Dave Douglas, Wynton Marsalis, Terence Blanchard.
• Trombone: Roswell Rudd, Steve Turre, Wycliffe Gordon.
• Clarinette: Don Byron, Paquito D'Rivera, Anat Cohen.
• Guitare: Bill Frisell, Jim Hall, Pat Metheny.
• Contrebasse: Christian McBride, Dave Holland, Ron Carter.
• Batterie: Roy Haynes, Jack DeJohnette, Paul Motian.
• Producteur: Manfred Eicher, Michael Cuscuna, Bob Belden.
• Label: ECM, Sunnyside, Blue Note.
• Artiste blues: Buddy Guy, B.B. King, Taj Mahal.
• Album blues: Booker's Guitar d'Eric Bibb, Pentatonic d'Otis Taylor, Never Going Back de Shemekia Copeland.

mercredi 21 juillet 2010

Le peuple d'Otis Taylor

• C'est du costaud, très costaud. Ce n'est pas tout a fait blues, ni tout a fait folk, ni totalement country, c'est un peu orientalisant, c'est aussi Indiens d'Amérique avec des accents de bluegrass et des échos pas vagues du tout aux chansons des Appalaches. C'est tout cela en même temps comme simultanément avec tout de même plus de blues que du reste. Il s'agit évidemment d'Otis Taylor, le maître parce qu'inventeur du «trance blues», qui propose un nouvel album intitulé Clovis People Vol 3, paru sur étiquette Telarc.
• Avec Corey Harris, Guy Davis, Alvin Younblood et, dans une moindre mesure, Eric Bibb, Taylor, qui est d'ailleurs leur aîné, est autant anthropologue que chanteur, compositeur, guitariste, banjoiste et harmoniciste. Il scrute les temps anciens des Noirs et des Indiens d'Amérique. Et comme il a également la fibre du sociologue, il observe les temps d'aujourd'hui qui lui inspirent des blues révoltés. Il était et reste engagé.
• Le thème de ce nouveau disque lui est venu lorsqu'il a lu dans un quotidien de Denver, Colorado — il habite à Boulder, non loin de Denver —, que des archéologues avaient découvert des outils et autres objets fabriqués par le peuple Clovis qui vivait dans ces environs il y a 15 000 ans. Peuple qui a disparu pour des raisons que l'on ignore encore et toujours.
• Comme souvent, Taylor propose une architecture instrumentale originale: un violon, un violoncelle, une trompette, d'ailleurs entre les mains de l'immense Ron Miles qu'on entend fréquemment auprès de Bill Frisell, une basse, une batterie jouée par le très expérimenté Larry Thompson, une guitare, un banjo et une mandoline.
• Cet album est touchant, très touchant, de bout en bout. Quoi d'autre? Otis Taylor a son univers bien à lui. Il ne ressemble à personne. Il est très singulier. Et ça, c'est si rare qu'il force l'admiration.
P.-S.: on vous renvoie à son site, où il propose sur la page d'entrée une vidéo d'une dizaine de minutes qui résume bien l'atmosphère de Clovis People.
Otis Taylor

lundi 19 juillet 2010

Remember Frank Morgan

• Ce n'est pas une nouveauté. Mais voilà, lorsqu'il a été publié, en 2004, il est passé quelque peu inaperçu. Pour dire les choses comme elles ont été, ce disque d'une extrême qualité n'a pas eu le retentissement qu'il méritait et mérite toujours. Il s'agit du volume 3 de la série City Nights. Il s'agit des pièces enregistrées live au Jazz Standard à New York par le saxophoniste alto Frank Morgan. Tous ont été édités par le label High Note.
• Dans la catégorie des live proposant au-delà de deux albums, et qui valent des écoutes répétées, sont regroupés ceux de Shelly Manne au Blackhawk, à San Francisco, d'Art Pepper au Village Vanguard, de Stan Getz au Café Montmartre, à Copenhague, et bien évidemment ceux plus récents de Morgan.
• La beauté, la profonde beauté, du jeu défendu par Morgan tient à sa sensibilité, celle plus précisément des pudiques, ainsi qu'à sa maîtrise du silence. De tous ses contemporains jouant de l'alto, Morgan s'est particulièrement distingué par la déclinaison de notes espacées entre elles. Il était zen, chaman, contemplatif. Il était un artisan et un passeur.
• La beauté (bis) du voulme 3 tient également à la qualité de ses accompagnateurs: Georges Cables au piano, Curtis Lundy à la contrebasse et Billy Hart à la batterie. Elle tient également dans le programme, dans le choix très intelligent des morceaux: Georgia On My Mind, Cherokee, Summertime, All Blues, I Mean You, Round Midnight, Equinox et Impressions. Plus qu'un programme, c'est la grande histoire d'une grande époque du jazz.

dimanche 18 juillet 2010

Charlie Haden par E. Iverson

• Pianiste du trio The Bad Plus, Ethan Iverson est également un chroniqueur. Un chroniqueur plus historien que journaliste. Sur son blogue, il propose de longs entretiens avec ses confrères musiciens qui révèlent d'ailleurs, comme si besoin était, son inclination pour l'éclectisme. Il est curieux de toutes les musiques. De tous les horizons.
• Toujours est-il que ces entrevues, c'est comme... C'est de l'intérieur. C'est cela! Des entrevues faites de l'intérieur. Quoi d'autre? Elles sont préparées avec un soin si méticuleux qu'elles mériteraient d'être regroupées dans un gros bouquin. Aujourd'hui, on vous renvoie aux mille et une questions qu'il a posées à Charlie Haden. Il décline avec abondance ses associations avec Ornette Coleman, son Quartet West, les batteurs Billy Higgins, Ed Blackwell, Paul Motian, Keith Jarrett, etc.
Haden par Iverson

samedi 17 juillet 2010

Mose Allison au micro

• Il y a quelques semaines de cela, le pianiste, auteur, compositeur Mose Allison, admiré par une ribambelle de groupes rock dont The Who qui avait transformé son Young Man Blues, publiait un nouvel album après une douzaine d'années de silence. Paru sur étiquette Anti, ce disque s'intitule The Way Of The World. Il a été produit par Joe Henry, un des meilleurs qui soit actuellement. C'est Henry en effet qui a été l'architecte des récents disques d'Allen Toussaint, Ramblin' Jack Elliott et d'autres.
• Toujours est-il qu'il a fallu une bonne année de persuasion de la part de Henry pour convaincre Allison, aujourd'hui 82 ans, de rentrer à nouveau dans un studio en compagnie des habituels complices de Henry. Jay Bellerose est à la batterie, David Piltch à la contrebasse, Greg Leisz et Anthony Wilson aux guitares ainsi que Walter Smith au ténor. Cette semaine, le vieux pianiste originaire du Mississippi confiait à NPR comment lui et Henry avaient travaillé. L'entretien est entrecoupé de trois solos.
Allison à NPR

Jazz Magazine: Eddy Louiss

• Numéro chargé que celui proposé ces jours-ci par Jazz Magazine/JazzMan: un dossier consacré au retour de l'organiste chéri de Claude Nougaro et Stan Getz, soit Eddy Louiss, des entretiens avec Barry Harris, Joëlle Leandre et Liz McComb, un hommage du poète Jacques Réda à l'immense Hank Jones, un portrait du très regretté Don Pullen, plus les chroniques habituelles avec, en prime, un guide des festivals du présent été.
• Du salut à Jones, on a retenu l'introduction, la royale introduction: «Il était grand, comme si le destin avait voulu d'abord manifester cette grandeur par la stature. Et il semblait n'être devenu vieux que pour garder le plus longtemps possible ses chances à la jeunesse. Contemporain de trois autres pianistes aussi profondément singuliers que lui (Jimmy Jones, Jimmy Rowles, Sir Charles Thompson), on croirait qu'il avait choisi de porter ce patronyme afin de passer inaperçu.»
• De l'entrevue avec Harris, on a retenu la conclusion: «Je dirais plutôt que je suis le gardien de la musique la plus avancée et la plus moderne qui soit. Je continue de voyager à travers le monde parce que je vais avoir 80 ans, et que je ne veux pas mourir avant d'avoir transmis toutes mes connaissances. Ça m'est bien égal de savoir à qui je les enseigne. Je suis le plus vieux professeur et je suis le meilleur.» Bien vu.
• Des commentaires formulés par Louiss, victime d'une mauvaise distribution de ses albums de ce côté-ci de l'Atlantique, on vous «refile» le suivant: «Stan Getz faisait tout le temps avancer la musique. Pour moi, c'est toujours LE musicien.» Le voici, Getz, en compagnie de Kenny Barron.

mercredi 14 juillet 2010

Lee Morgan, ça vous dit? Évidemment que ça vous dit! La trompette de Sidewinder, le prodige que Dizzy Gillespie remarqua en premier et qu'Art Blakey débaucha ensuite avant qu'il ne prenne son envol pour finir tué par une femme jalouse dans un club. Lee Morgan, faut-il le rappeler, ce sont quelques-uns des meilleurs albums parus sur Blue Note.
• Des décennies plus tard, voilà que quatre jeunesses, et seulement quatre, ont décidé de reprendre quelques-unes de ses plus célèbres compositions. Ils s'appellent Dominik Farinacci à la trompette, Rick Roe au piano, Yasushi Nakamura à la contrebasse et Quincy Davis à la batterie. L'émission JazzSet du réseau NPR les a enregistrés live.
Lee Morgan à NPR

samedi 10 juillet 2010

Steve Kuhn au FIJM

• Lors de la 31e édition du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), il y eut tout d'abord Herbie Hancock, Keith Jarrett, Ahmad Jamal, puis il y eut Steve Kuhn. On devrait écrire il y eut surtout Steve Kuhn, l'homme ne s'étant jamais produit en trio dans le cadre du FIJM. On n'est même pas sûr qu'il ait joué en solo. Dit autrement, il était grandement temps que son nom soit inscrit à l'affiche. Plus précisément à celle du Gesù, où il était flanqué de Joey Baron à la batterie et de David Finck à la contrebasse.
• Son concert fut magistral de bout en bout. Son jeu alliant finesse avec élégance, romantisme avec retenue, a ravi, a séduit. D'autant plus que ces messieurs jouant régulièrement ensemble, chacun savait quand et comment relancer les autres, les provoquer, les retenir. Chaque note était à point. Bien sculptée, bien envoyée.
• Au programme: If I Were A Bell, Jitterburg Waltz, Two By Two, La plus que lent/Passion Flower, Little Waltz, Lotus Blossom, Stella By Starlight, Slow Hot Wind, Clotilde et Confirmation. Si on vous a décliné tous les morceaux joués, c'est tout simplement parce qu'ils sont ceux-là mêmes qu'il avait enregistrés live avec Ron Carter à la contrebasse et Al Foster à la batterie au Birdland à New York en juillet 2006. En clair: procurez-vous le Live At Birdland – Steve Kuhn Trio paru sur étiquette Blue Note. C'est splendide!

jeudi 8 juillet 2010

R. Weston au micro de NPR

• Chaque écho qui nous parvient de Randy Weston constitue un long moment de cette chose si facile à kidnapper qui s'appelle le bonheur. Oui, Randy Weston est une équation égale au bonheur. Si on en doute, il suffit d'écouter son Mystery of Love avec le très regretté Teddy Edwards au ténor. Cela suffira à convaincre les sceptiques, qu'on apprécie d'autant plus qu'ils sont autant de contradictions des crédules.
• Toujours est-il que ce pianiste immense parce que détenteur d'un style reconnaissable entre tous a été le sujet d'une récente émission de la pianiste Marian McPartland, qui anime depuis plus de trente ans les ondes de NPR, le réseau radio de PBS. Et alors? C'est près d'une heure de bonheur. De musique et d'intelligence.
• De Weston, on sait trop peu qu'il faisait dans les musiques du monde des décennies avant que ce terme soit introduit dans le langage courant. De tous les musiciens de jazz, il fut le premier à s'intéresser, à étudier, à se passionner pour les origines africaines du jazz. Il a été le précurseur d'un mouvement ou courant qu'Art Blakey, Archie Shepp, The Art Ensemble of Chicago, John Carter, Julius Hemphill, Chico Freeman, David Murray et quelques autres ont creusé. Tout dans l'heure qui suit est digne de mention très bien.
Weston à NPR

mercredi 30 juin 2010

FIJM: le marathon de Zorn

• Plus convaincant, plus prolifique, plus curieux, plus constant, plus inventif, plus polyvalent que John Zorn tu meurs. Cet homme est un chat. Il a sept vies. Par bonheur pour nous, ses vies ne sont pas successives mais bien simultanées. Il est saxophoniste, compositeur, producteur, chef d'orchestre davantage qu'arrangeur, traducteur musical des petites œuvres de Georges Bataille, Michel Leiris, Jean-Luc Godard, Marguerite Duras, malaxeur des cultures américaine et japonaise, et surtout alchimiste des horizons musicaux qui vont des Balkans au désert du Neguev après un détour en Europe centrale par Bartók, Schoenberg ou Webern interposés. Cet homme n'existerait pas qu'il faudrait l'inventer avec le soutien des dieux grecs, celui de Cronos en particulier. C'est dire.
• Sur l'affiche de la 31e édition du FIJM, il est écrit Masada Marathon. Mais lorsqu'on s'attarde aux noms des musiciens qui seront sur la scène, on constate que ce n'est pas tout à fait exact. Car ce n'est pas le quartet de Masada qu'on nous propose, mais bien le sextet Bar Kokhba. Seront en effet présents le contrebassiste Greg Cohen, le violoniste Mark Feldman, le violoncelliste Erik Friedlander, le batteur Joey Baron, le guitariste Marc Ribot, les pianistes Uri Caine et Jamie Saft, le percussionniste Cyro Baptista, qui vont décliner des musiques logeant à l'enseigne du Talmud.
• On vous invite fortement, au cas où vous ne le connaîtriez pas, à fureter sur son site Tzadik. Vous découvrirez des artistes, des compositeurs, des musiques qui n'ont pas leur pareil pour alimenter et aiguiser les sens comme les neurones. Cela étant, Zorn et ses amis se produiront une première fois à 18h et une deuxième à 21h 30 au théâtre Maisonneuve.

dimanche 27 juin 2010

Le direct de Magic Slim

• Musicalement causant, c'est sale et pesant. De-que-cé? Du blues de stricte obédience Chicago, ville réputée pour son architecture et pour avoir attiré tous ces musiciens nés au Mississippi et qui en avaient ras le bol d'arracher les boules de coton pour les p'tits Blancs. Ce fut le cas de Morris Holt dit Magic Slim qui abandonna le piano après que l'un de ses doigts fut pris dans la broyeuse de ce foutu coton.
• Aujourd'hui comme hier, Slim demeure avec le pianiste Pinetop Perkins le dernier représentant de ce mouvement, de cette migration vers la ville des vents devenue, grâce à eux et avant eux Muddy Waters, Willie Dixon, Howlin Wolf et consorts, la capitale du «blouse». À l'instar de son premier patron musical, Magic Sam, à qui d'ailleurs on doit son surnom, Slim résume à lui seul le son du South Side de Chicago.
• Tout cela pour signaler qu'un nouvel album de lui vient de paraître: Raising The Bar sur Blind Pig. Son groupe, The Teardrops, c'est Jon McDonald à la guitare, Andre Howard à la basse et BJ Jones à la batterie. Pas plus, pas moins. Puis? Il est comme d'habitude, cet album, il est comme tous les disques qu'il a enregistrés depuis la fin des années 70, alors qu'il était sous contrat avec Alligator. Il est franc du collier. Il est chaloupé. Parfois, il est drôle. D'autres fois, il est social. Mais toujours, il est droit, direct, captivant.

mercredi 23 juin 2010

Jazz Magazine: Paul Motian

• Le nouveau numéro de Jazz Magazine propose un excellent dossier consacré à Paul Motian. Le titre est d'ailleurs fort à propos: Le Picasso de la batterie. Quand on y songe, entre sa fréquentation de Bill Evans et son Electric Bop Band, Motian n'a jamais cessé d'explorer les possibilités. Quand on y songe (bis), au terme de ses associations avec Keith Jarrett, Paul Bley, Thelonious Monk, John Coltrane, Lennie Tristano, il a peaufiné son jeu de telle sorte qu'aujourd'hui il est le batteur de la finesse. Il est si subtil et singulier qu'il a d'ailleurs beaucoup influencé les bonnes baguettes d'aujourd'hui: Brian Blade ou Bill Stewart.
• Du long entretien qu'il a accordé, on a retenu cet extrait: «Au début, c'était juste un peu bizarre pour moi de jouer avec Scott LaFaro car j'étais habitué à Tommy Potter ou Oscar Pettiford, et la façon que Scott avait de jouer le tempo était différente, un peu plus ouverte. Il m'a fallu quelques jours pour m'y habituer. C'était les prémices de ce style qui est aujourd'hui le mien, très différent de ce que je jouais avec Lennie Tristano, avec lequel je devais rester très droit alors que lui jouait out! Je n'ai jamais cherché à jouer moderne, ouvert ou free, c'est arrivé au fur et à mesure, en jouant tout simplement.»
• Motian mis à part, la rédaction de «jazzmag» a questionné trois guitaristes: John McLaughlin, Jeff Beck et Philip Catherine. On propose également des portraits-entretiens avec Evan Parker, Jacky Terrasson, le génial Henry Threadgill et les chroniques habituelles. Prix de la revue: 9,50 $

dimanche 20 juin 2010

C. Taborn à la Jazz Gallery

• Les premiers échos du pianiste Craig Taborn nous sont parvenus par le biais d'un album que James Carter avait enregistré pour le label jponais DIW au milieu des années 90, si ce n'est avant. Puis on l'a entendu aux côtés de Roscoe Mitchell, Tim Berne, Chris Potter et Dave Douglas. Dans tous les cas, toutes les configurations, Taborn s'avère un pianiste avide d'explorations, de débordements, qu'il ponctue avec un brio sidérant.
• Après avoir consacré bien de son temps aux autres, il est très demandé, Taborn s'est appliqué à composer des pièces qu'il nous propose live de la Jazz Gallery à New York. C'est bon, d'autant plus bon que sa musique séduit comme elle déstabilise. Si vous aimez le jazz qui décape, vous serez servi.

So Jazz: J. McLaughlin

• Au programme du sixième numéro de So Jazz: un portrait-entretien du guitariste John McLaughlin, une longue entrevue avec Lee Konitz qui vient d'enregistrer un live au Village Vanguard, un hommage bien senti à Mary Lou Williams, pianiste et compositrice incontournable, qui aurait eu 100 ans le 8 mai dernier, des articles consacrés à Marcus Miller, Robert Aron, Bobby McFerrin, Gerald Clayton, le Portico Quartet plus les rubriques habituelles.
• Des divers entretiens, on a retenu cette réponse de Lee Konitz à la question suivante: «Quelle place occupe dans votre parcours la session de Birth Of The Cool, où Miles Davis vous dirige? Cette musique de chambre m'intéressait beaucoup. Il y avait peu de solos. Miles me donnait l'impression, à l'époque, d'être un étudiant de cette musique. Il scrutait, pour les comprendre, les arrangements de Gil Evans. Il était un grand amateur, également, de la musique de Lennie Tristano [...] À cette époque je n'étais intéressé que par Tristano. Par la suite, Miles a enregistré dans mon groupe. C'était un peu plus difficile. Il était en pleine période de drogue. Il avait de la peine à tenir son cuivre. La poudre c'est quelque chose. Je n'ai essayé qu'une seule fois et cela m'a donné mal à la tête. Je me suis dit que c'était mon cerveau juif qui me disait que c'était trop cher!»



jeudi 17 juin 2010

Live: Hank Jones

• En hommage au pianiste Hank Jones, décédé le 16 mai dernier, la station de Boston du réseau NPR vient de rediffuser un show enregistré il y a quelques années avec le contrebassiste John Clayton et le batteur Dennis Mackrel. Au programme: Speak Low, Lady Luck composé par son frère trompettiste Thad Jones, Favors de Klaus Ogermann, Interlude de J.J. Johnson, Blue Monk et Round Midnight de Thelonious Monk.
• Dans le long entretien, en fait il s'agit de son dernier, que cet homme avait accordé au magazine français JazzMan, il confie à propos de Monk ceci: «J'ai rendu visite à Monk dans son appartement, très vite après mon arrivée à New York. Il m'a joué Monk's Mood et j'ai dû relever instantanément la composition et son arrangement. Tout ce qu'il a écrit est marqué de son sceau. C'est indélébile. Personne d'autre ne peut écrire ou sonner comme lui. Bud Powell ou Al Haig, comme Charlie Parker évidemment, étaient les prototypes de ce qu'était le bebop. Pas Monk. Il était définitivement à part.»

mardi 15 juin 2010

Le jazz composé de Simon

• Originaire du Venezuela, le pianiste Edward Simon combine sa longue fréquentation des canons du classique aux débordements du jazz qu'il a maîtrisés en compagnie du saxophoniste Bobby Watson, le trompettiste Terence Blanchard et quelques autres. Il a ceci de rare qu'il est autant pianiste que compositeur. Dans le cadre de son orchestre Afinidad, il joue ce qu'il a écrit et non ce que d'autres ont composé.
• Lorsque Simon couche sur parchemin ses notes, il les enduit de rythmes qui évoquent en moins de deux le continent sud-américain. Là, nous allons entendre la suite musicale qu'il a concoctée avec la complicité de David Binney au saxo, de Gretchen Parlato au chant, d'Adam Rogers à la guitare, de Scott Colley à la contrebasse, d'Antonio Sanchez à la batterie et de Rogerio Boccato aux percussions. Cette première a été enregistrée par la station NPR de Boston.

lundi 14 juin 2010

S. Manne pour le plaisir

Shelly Manne et ses hommes, c'est ainsi qu'il avait baptisé son groupe, ont sillonné pendant des années la côte ouest de Seattle à San Diego en faisant de longs arrêts à San Francisco, au Black Hawk pour être plus précis, et à Los Angeles, au Manne's Hole qu'il avait fondé, pour être exact. Ses hommes s'appelaient Conte Candoli ou Joe Gordon à la trompette, Richie Kamuca au ténor, Victor Feldman ou Russ Freeman au piano et Monte Budwig à la contrebasse.
• Avec Gerry Mulligan, Chet Baker, Shorty Rogers, la bande du Lighthouse et, dans une moindre mesure, Art Pepper, Shelly Manne est emblématique de ce qu'on appelle le jazz West Coast ou Cool Jazz. Pour notre part, il était et demeure le patron d'une formation chérie entre toutes parce que tissant plein de finesses, de nuances et de légéretés avec une décontraction qui force l'admiration. Leur version ci-dessous de Speak Low c'est... c'est... c'est un mille-feuilles.



samedi 12 juin 2010

Le phénomène Trombone Shorty

Troy Andrews, surnommé Trombone Shorty, est un phénomène. De cet instrument, il tire les notes de la fougue, de l'énergie, de la chaleur et de la sensualité. De la trompette, il extrait les aigus qu'affectionnait tant Louis Armstrong. Comme ce dernier, Shorty est de La Nouvelle-Orléans. Et comme beaucoup de musiciens de cette ville, il a commencé son apprentissage dans les fanfares qui rythment le Mardi-Gras comme les mises en terre.
• À l'image des Neville Brothers, Allen Toussaint, Dr John et quelques autres, Shorty joue du vaudou. Il ne joue pas du jazz, puis du funk, puis du blues, puis du cubain, parce que lui et son groupe Orleans Ave les jouent tous en même temps avec un dynamisme et un enthousiasme qui aiguisent les nerfs de la danse. Car elle se danse, la musique de Troy Andrews. Elle est aussi chaloupée que chaleureuse.
• Les mauvaises langues, les bourgeoises s'entend, le trouvent vulgaire. Pour se convaincre du contraire, il suffit d'écouter son album Backatown publié par le label Verve et auquel ont participé Allen Toussaint, Lenny Kravitz et Marc Broussard. Sa formation comprend six musiciens refusant à l'évidence le retranchement dans un style, une catégorie. À l'image de leur leader, ils sont tous des alchimistes.
• La prise de vue du vidéo qui suit est comme-ci, comme-ça. Par contre, après l'intro d'une minute à la batterie, ça décolle à la vitesse grand V. Le morceau qu'ils interprètent est le morceau-titre de l'album.