jeudi 4 mars 2010

Le mois du Upstair's

• L'affiche composée par le Upstair's pour le mois de mars se conjugue avec des éclaireurs de la scène new-yorkaise. Demain, le saxophoniste Tony Malaby va prendre la direction de Montréal où il se produira, dans la soirée évidemment, avec le trio de la pianiste Marianne Trudel. Samedi aussi, ils occuperont la scène du Upstair's. Après lui, la batteur Matt Wilson, le contrebassiste Larry Grenadier et le guitariste Peter Bernstein accompagneront également des musiciens montréalais dans la cadre de Jazz en rafale.
• Tony Malaby... Ce qu'on apprécie beaucoup chez lui, c'est d'abord ce son sculpté dans le lourd, le profond. Mettons qu'il est plus Sonny Rollins que Chris Potter. Rien de sec, rien d'évanescent. Il a un côté franc du collier. Quelque chose de rugueux et de volontaire qui contraste avec les sempiternelles retenues nordiques de ECM. Bref, il a UN son. Une palette qui lui vient de sa longue fréquentation d'agrégés en improvisation: Paul Motian, Charlie Haden dans sa version Liberation Music Orchestra, Mark Elias, Michel Portal, Daniel Humair, Fred Hersch et bien d'autres.
• Au cours d'un entretien téléphonique, il a longuement expliqué comment et pourquoi il aimait l'improvisation. Dit autrement, il est enclin à l'aventure, l'aventure risquée. Il joue dans l'instant parce que jouer en solo dans une salle du Mans en France, ce n'est pas comme jouer en solo à Minneapolis. Tout lieu proposant des caractéristiques bien trempées, il faut selon lui s'adapter. Si vous avez la fibre de la curiosité bien prononcée et que vous appréciez être parfois déstabilisé, alors son album Voladores, publié récemment par l'étiquette Clean Feed Records, devrait vous combler. Le voici jouant dans le cadre de l'Electric Bop Band de Motian.

mardi 2 mars 2010

Sacré Bill Wyman!

• Bon, on sait que Bill Wyman fut le bassiste des Rolling Stones pendant, quoi? Une trentaine d'années. On sait trop peu que cet archéologue plus qu'amateur — il a conçu avec des technos un détecteur de métal —, que ce grand ami du peintre Marc Chagall à qui il a consacré un DVD-CD, est le fondateur-animateur- patron du groupe le plus captivant que la Mère Albion nous ait fourgué au cours des quinze dernières années.
• C'est bien simple, lui et le guitariste Terry Taylor, le chanteur et organiste Georgie Fame, le guitariste Albert Lee, le batteur Graham Broad, les saxophonistes Nick Payne et Frank Mead, la chanteuse Beverley Skeete, et occasionnellement le pianiste et chanteur de Procol Harum Gary Brooker savent tout faire, tout jouer: le vieux blues, le vieux jazz, le swing, le rock, etc. À travers cinq albums en studio et autant de live, ils déploient un savoir-faire qui se confond avec le plaisir, le plaisir de jouer ceux qu'ils ont envie de jouer. Et alors? Sur son site, celui qu'on surnommait l'entrepreneur de pompes funèbres vient de réactualiser une pièce de J. J. Cale: Anyway The Wind Blows.

Les hommes d'honneur

• Les hommes d'honneur s'appellent J. D. Allen, saxophoniste ténor, Danny Grissett, pianiste, Dwayne Burno, contrebassiste, Gerald Cleaver, batteur. L'éclaireur de la bande se nomme Jeremy Pelt, trompettiste. Les uns et les autres se fréquentent dans des formations à géométrie variable depuis plusieurs années. Autrement dit, musicalement causant, ils évoluent davantage dans le territoire de la complicité que dans celui de la simple connaissance.
• Toujours est-il qu'après une décennie d'enregistrements parus sur diverses étiquettes, le label High Note a mis Pelt sous contrat. Aujourd'hui, lui et ses gardiens de notes denses conçues par leurs grands aînés pour exprimer une rage politique dont désormais on oublie trop souvent le bien-fondé proposent un album intitulé The Men Of Honor. Dès les premières notes du premier morceau, Backroad, on a tracé une diagonale, on osera dire naturellement, entre ces hommes d'honneur d'aujourd'hui et les messagers du jazz d'hier. Avec cette production, Pelt et ses amis se posent en effet comme les intendants sourcilleux, à juste titre d'ailleurs, des enclaves défrichées par Art Blakey et Horace Silver.
• À l'évidence, Pelt et ses compagnons observent le devoir de mémoire à l'égard de Blakey-Silver parce que le combat que ces deux-là ont mené, avec d'autres évidemment, doit être poursuivi quand on songe qu'ici et là, dans le monde dit confortable, une réactualisation de la ségrégation qui ne dit pas son nom est en cours. On entend déjà, et à notre tour on rage, les critiques qui vont taxer ces hommes encore jeunes de «conservateurs», le petit-bourgeois adorant jeter l'anathème pour se dédouaner.
• Dans cette histoire, le meilleur est certainement ceci: nos hommes d'honneur ont composé toutes les pièces de ce disque. Puis? C'est virevoltant ici, intense là, et jamais, jamais, ennuyeux. Chapeau!
• P.-S.: dans le vidéo ci-après, on peut entendre Pelt jouer en compagnie du saxophoniste Joe Lovano Milestones de Miles Davis avec le big band de Bob Belden.

dimanche 28 février 2010

Le cousin de Monk: Sun Ra

• On aime, on adore Sun Ra. Tellement, qu'on lui en veut quelque peu. Parce que, derrière ce paravent fait de science-fiction touillée dans le fait-tout de l'astrologie, se cache un pianiste singulier, autrement dit un pianiste ayant du caractère, de la personnalité. Un pianiste ensorcelé par l'originalité. Qui plus est, ce diable d'esprit composa, arrangea, à chaque miette de temps qui lui fut accordée, des pièces qui concentrent en une avenue tous les carrefours du jazz et du blues. Oui! Du blues. Il était et demeure le contemporain essentiel de Monk et de Duke Ellington.
• Toujours est-il qu'on vient de re-faire l'acquisition de Purple Night, un des deux albums que le Roi-Soleil, version américaine de Philadelphie, avait confectionnés pour l'étiquette A&M. Évidemment, les saxophonistes John Gilmore et Marshall Allen, le tromboniste Julian Priester, le flûtiste et altoiste James Spaulding ainsi qu'une quinzaine d'instrumentistes sont de la partie, dont Don Cherry (Yes!) à la trompette et John Ore... qui fut le contrebassiste de Thelonious Sphere Monk. Cet album est un régal version joyeuse.

12 $ plutôt que 20 $ et davantage

• C'est une histoire de prix. Pas celui des hommages ou des récompenses, mais bien celui du revient. Le prix de revient. Voilà, il y a deux ou trois ans de cela, l'étiquette française Nocturne s'est attaquée, elle également, à la réédition de morceaux braisés il y a des lunes par Count Basie, Duke Ellington, Jimmie Lunceford, John Kirby et d'autres, en demandant au caricaturiste Cabu d'orner les pochettes de ses productions.
• Jusqu'à présent, du moins pour nous à Montréal et à Québec, la très grande majorité des disquaires ont imprimé, pour ne pas dire imposé, des prix à faire pâlir d'envie la déesse maléfique de l'inflation. Mais voilà-t-il pas qu'à la faveur de notre épicerie musicale hebdomadaire, on a constaté que La Bouquinerie du Plateau, 799, Mont-Royal Est, proposait plusieurs albums de cette série à un prix de moitié inférieur à celui qu'exigent, c'est le cas de le dire, les grandes chaînes. Ce qui précède n'est pas une «plogue» mais relève bien de l'hygiène financière. Because, on prend encore et toujours le consommateur pour un cochon de payant.

samedi 27 février 2010

Show du samedi: R. Coltrane et G. Allen

Ravi Coltrane a une qualité immense: il est le saxophoniste des emportements. Cela est d'autant plus précieux qu'il en manque passablement, des emportés. Geri Allen a eu une qualité singulière: elle est une pianiste habitée. Cela devrait être d'autant plus prisé qu'aujourd'hui trop de pianistes sont sages. Les voici tous les deux, accompagnés par le contrebassiste Drew Gress et le batteur E. J. Strickland, en direct du New Jersey.
• P.-S.: le show d'une heure et quelques minutes débute après une présentation de deux minutes et des poussières de temps.

Down Beat chez A. Jamal

• À Pittsburgh sont nés de très grands pianistes: Erroll Garner, Mary Lou Williams, Dodo Marmarosa et Ahmad Jamal. Pour composer son numéro du mois de mars, le magazine Down Beat s'est invité chez lui dans le Massachusetts. Après comme avant cette rencontre, le journaliste qui signe ce portrait s'est entretenu avec Randy Weston, Bill Charlap, Lewis Nash et Jack DeJohnette. Et alors? On réalise, comme si besoin était, que Jamal est un musician's musician.
• Jamal mis à part, le mensuel nous propose des articles sur la pianiste Hiromi, le saxophoniste Michael Moore ainsi qu'un papier passionnant sur le bouleversement qu'ont provoqué les nouvelles technologies sur le travail, la fonction de producteur.

Entre jazz et java

• Fallait y penser! Rassembler sur une même scène Edith Piaf et Billie Holiday par Galliano et Marsalis interposés, c'est ce qu'on peut appeler un exercice de style conçu à l'enseigne de l'originalité. Le résultat, en tout cas, est réussi. Les deux virtuoses, car ils en sont, comblent les voix des deux chanteuses de la gravité en dialoguant avec une conviction et un plaisir évidents. Là où les mots, souvent ceux de la mélancolie, avaient été posés, le trompettiste et l'accordéoniste déploient des notes avec juste ce qu'il faut de sensibilité. Autrement dit, ils ont évité le piège du racolage que suppose l'exercice en question.
• Comme il nous y a habitués depuis le début des années 80, Marsalis s'est entouré de sacrés instrumentistes. Le pianiste Dan Nimmer, dont le visage rappelle étrangement celui de Bill Evans jeune, le contrebassiste Carlos Henriquez, qui balance à merveille, le batteur Ali Jackson, qui ponctue avec assurance, et le saxophoniste Walter Blanding, dont on a apprécié d'autant plus la sonorité qu'elle fait écho à celle de Don Byas et de Coleman Hawkins, qui a tendance à disparaître. Bref, Blanding est pour ainsi dire la contradiction du son sec d'un Chris Potter et autres souffleurs qui ne sont toujours pas parvenus à dépasser les techniques apprises sur les bancs d'école.
• Le programme, on s'en doute, est fait des classiques qui ont fait la renommée de Piaf comme celle de Holiday: La Foule, Them There Eyes, Padam... Padam, What A Little Moonlight Can Do, Billie, écrite celle-là par Galliano, Sailboat in the Moonlight, L'homme à la moto, le terrible Strange Fruit et bien évidemment La vie en rose.
• Enregistré live au Festival de jazz de Marciac, soit au royaume des confits de canard, ce compact qui s'accompagne d'un DVD, en fait il s'agit de la captation visuelle du show, a été publié sur étiquette JIM. Il est distribué par Harmonia Mundi. À noter que le réalisateur du DVD n'est nul autre que Frank Cassenti, qui a signé des portraits de Miles Davis, d'Archie Shepp, sans oublier ses fictions comme La Chanson de Roland ou L'Affiche rouge.

jeudi 25 février 2010

Y'a de la joie

• Par un hasard tout ce qu'il y a de pur, on est tombé sur un bonheur dont la mécanique temporelle nous certifie qu'il s'étale sur 1 heure 14 minutes et un chapelet de nanosecondes. Il a un nom, le bonheur en question, The Best Small Jazz Bands. Autrement dit, en langue franc, il s'agit des meilleures petites formations jazz et non le meilleur des petites formations. Ce bonheur se présente sous la forme d'un double compact édité et publié par l'étiquette Frémeaux & Associés.
• Mais encore? C'est bien simple, l'architecte de cette production, il s'appelle Jacques Morgantini, a rassemblé 36 perles poncées par Fats Waller, le chantre d'histoires parfois salaces, Arnett Cobb, Buddy Tate, Illinois Jacquet, le trop oublié Joe Thomas, soit les ténors tendance gros son, son long, Louis Armstrong, Cootie Williams, Roy Eldridge, Hot Lips Page, soit les trompettes de la renommée bien embouchée, Louis Jordan, Fats Domino, T-Bone Walker, soit les chanteurs qui nous signalent que «les femmes s'enflamment». Sont également de la partie, Art Tatum, Albert Ammons, Django Reinhardt, Bennie Goodman, Lionel Hampton, John Kirby, Roy Milton, lequel nous enseigne que les «nombres» ont eux aussi «le blues», et autres cantonniers de l'époque classique du jazz.
• Les pièces choisies par Morgantini s'étalent de 1936 à 1955. On le répète, c'est du bonheur, d'obédience simple. On se régale, on se bidonne autant qu'en lisant Travelingue de Marcel Aymé ou Le beaujolais nouveau est arrivé du père Fallet, dit René. Toutes ces musiques sont autant de contradictions au spleen, au mal de vivre, au papoutage de nombril, qui affectent tant le petit-bourgeois et sa bourgeoise. De bout en bout, la cadence se confond avec chaloupée.
• Pour cette copie d'occasion, on a déboursé 20 $. CQFD: on ne connaît pas le prix du neuf. Mais bon, comme on sait que Frémeaux & Associés ont un représentant de ce côté-ci de l'Atlantique, il est facile de le commander chez votre disquaire habituel. Achetez-le! Ça vaut son pesant d'or. Mettons un or équivalent en valeur aux bonus accordés par Goldman Sachs à ses sorciers. C'est dire.

mardi 23 février 2010

Actualités montréalaises

• Dans le cadre de la série Carte blanche de la Maison de la culture Côte-des-Neiges, allouée ce mois-ci au contrebassiste Normand Guilbeault, ce dernier présentera son show Mingus qu'il décline depuis des années en compagnie de Jean Derome aux saxes et à la flûte, de l'incisif Normand Devault au piano, de Mathieu Bélanger à la clarinette basse, d'Ivanhoe Jolicoeur à la trompette, de Claude Lavergne à la batterie, de Jean Sabourin au sousaphone et de la chanteuse Karen Young pour certains morceaux. À compter de 20h moyennant un laisser-passer.
• Petit rappel: le pianiste Marc Copland se produira demain soir à L'Astral en compagnie du quartet formé par le contrebassiste Adrian Vedady. À compter de 19h30. Prix du billet: 16,50 $.

Monk: prise 1

• Jusqu'à présent, Thelonious Sphere Monk avait été l'objet de deux livres écrits en français. Le premier, signé Yves Buin, fut publié en 1988 aux éditions P.O.L. Le second, paru en 1996, fut rédigé par le pianiste Laurent de Wilde. Il est disponible chez Folio. Paradoxalement, en anglais Monk n'apparaissait pas sur le radar des biographes jusqu'à ce que Robin D.D. Kelley, professeur d'histoire à l'Université de la Californie du Sud, s'attelle à la tâche.
• Le résultat de son travail est à l'image du soin évidemment méticuleux que Kelley a observé tout au long de ses recherches et non de sa recherche. Le résultat (bis) est énorme. C'est d'ailleurs à se demander si le fruit de son labeur qu'il propose aujourd'hui aux éditions Free Press ne serait pas d'ores et déjà la biographie totale. Plutôt que de livre, faudrait parler de brique.
• Le bouquin comprend 588 pages dont 99 pages de notes (!) imprimées en petits, trop petits caractères. D'ailleurs, le seul reproche que l'on peut formuler est le suivant: la fonte choisie par l'éditeur est une illustration de l'avarice. Ouais... elle est maigrelette, la fonte.
• Reste que ce Thelonious Monk - The Life And Times of An American Original est un régal. C'est très détaillé, très précis, très instructif. Comme on n'a pas encore achevé la lecture de ce livre monumental parce que le sujet l'était et le demeure à jamais, on y reviendra dans Monk: prise 2. Le prix? 40 $ sans les taxes. Désolé, on ne se souvient pas du montant exact.

dimanche 21 février 2010

Les samedis de Levon Helm

• Tous les samedis, enfin presque, Levon Helm, le batteur, LE chanteur de The Band, reçoit chez lui à Woodstock. Pour être exact, dans le cadre des Midnight Ramble Sessions, il invite des musiciens qui inclinent vers le blues, le folk, le terre-à-terre. Au fil des ans récents, il a reçu dans son studio Dr John, Emmylou Harris, Little Sammy Davis, Hubert Sumlin et une floppée d'éclaireurs. À ses côtés, il y a, samedi après samedi, sa cohorte de fidèles, dont Amy Helm, sa fille, à la mandoline, à la guitare et à la voix, Teresa Williams à la guitare et au chant, Steve Bernstein, le trompettiste de SexMob et de la diaspora, Eric Lawrence, saxophoniste, Byron Isaacs à la contrebasse, Brian Mitchell aux claviers et, surtout, surtout, Larry Campbell, guitariste et violoniste, qui après avoir joué aux côtés de Bob Dylan pendant des lunes est devenu un producteur très apprécié. C'est Campbell qui a coordonné le Dirt Farmer, qui a remporté un Grammy, et le Electric Dirt de Levon.
• Tout cela pour vous conseiller vivement d'assister aux shows des Midnight Ramble Sessions qui se tiennent, on le rappelle, dans son studio, sa maison. Maintenant, la popularité de ces sessions étant prononcée, toutes celles qui sont à l'affiche jusqu'au 13 mars y compris sont sold out. Par contre, le 20 mars ainsi que le 27, des places assises sont toujours disponibles. À noter que le 20, le duo formé par les frères Wood, duo porté vers le blues le plus acoustique qui soit, se produira en première partie. Et alors? Chris Wood est également le contrebassiste de Medeski, Martin and Wood. Après eux, Levon jouera en compagnie de l'harmoniciste et chanteur de vieux blues Little Sammy Davis. Prix du billet? 150 $ US. Sur le site levonhelm.com, il suggère un certain nombre d'hôtels et motels. Pour se rendre à son studio, il faut compter 4 heures, 4 heures 30 de route à partir de Montréal.

McBride rencontre Roberts

• En l'absence de la pianiste Marian McPartland, qui dialogue avec les «jazzeux» depuis plus de trente ans, le réseau NPR, en fait la radio de PBS, a demandé au contrebassiste Christian McBride de la remplacer. Son invité? Le pianiste Marcus Roberts, qui se fit connaître au début des années 80 alors qu'il était membre du quintet de Wynton Marsalis avant d'installer, si l'on peut dire, sa réputation en publiant Alone With Three Giants sur étiquette Novus. Les géants? Jelly Roll Morton, Duke Ellington, Thelonious Monk. Au cours de cet entretien, il confie comment il a rencontré Marsalis, il évoque John Coltrane, Sonny Rollins et décline évidemment sa passion pour le jazz classique. Quoi d'autre? Entre deux réponses, il joue live et notamment du Duke Ellington.

samedi 20 février 2010

Living Blues: John Primer

• Au cours des deux, trois dernières années, la distribution, de ce côté-ci de la frontière, du mensuel Living Blues ( 6 $) fut pour le moins bancale. Ce vice économique est d'autant plus déplorable que le magazine en question est le plus précis (!), le plus riche en faits historiques. À cela, il y a évidemment une raison, une réalité tout ce qu'il y a d'empirique: l'éditeur est nul autre que le Center for the Study of Southern Culture de l'Université du Mississippi qui, soit dit en passant, est le gardien d'archives propres à ravir les lecteurs de l'œuvre de William Faulkner.
• Cela souligné, le numéro courant de Living Blues consacre tout un dossier à John Primer. Ex-guitariste de Muddy Waters, ex-guitariste de Magic Slim, Primer est au blues de Chicago du temps courant ce qu'Otis Rush ou Jimmy Dawkins furent aux temps antérieurs. Comme ses aînés, il galvanise les rythmes, bouscule les lieux communs. Dit autrement, jamais il ne racole, jamais il ne solde à vil prix la musique des petits faits du quotidien.
• Il va sans dire que Waters et Slim ayant été ses patrons, Primer n'a pas son pareil pour alourdir, dans le sens évidemment physique du terme, LA note. Il joue sale! Il joue pesant avec un sens du rythme qui permet d'avancer qu'il est aujourd'hui et pour les années à venir la figure emblématique du blues du South Side de Chicago. Pour s'en convaincre, il suffit d'aller sur son site et d'écouter, à défaut d'acheter le disque, les extraits de son dernier album: All Original, paru sur sa propre étiquette, Blue House Productions.

jeudi 18 février 2010

Le poète Copland à L'Astral

• Souvent, très souvent même, le pianiste Marc Copland a été qualifié de poète. Cette conjugaison, dont on ne sait l'origine, est tout ce qu'il y a de fondée. Là où Brad Meldhau est lyrique, l'homme natif de Philadelphie raconte des histoires sous la forme de strophes. Là où Keith Jarrett est romantique, voire précieux, l'ancien saxophoniste alto compose les douze pieds des alexandrins avec un naturel qui force l'admiration. Là où... Marc Copland se produira à L'Astral le 24 février prochain accompagné du quartet du contrebassiste montréalais Adrian Vedady. Prix du billet? 16,50 $. C'est de la grosse nouvelle. Savoir que Copland sera dans nos environs, ça vous aiguise les papilles avec autant de puissance qu'un Chorey-les-Beaunes. Parce que...
• Parce que le bonhomme est un sacré bonhomme. Autant pianiste que compositeur; autant éclaireur qu'attentif aux jeux de ses camarades; aussi concentré sur la mise en relief de LA note qu'attaché à la limpidité. Il est fluide, Copland, il est également très précis. Tellement, qu'il réveille dans notre petite tête les grandes heures de John Lewis, pianiste, compositeur et architecte des sommets du Modern Jazz Quartet. Et Dieu sait s'il y en a eu. Copland est l'exacte contradiction du «deux de pique», sauf lorsque celui-ci est «frimé», pour employer le langage des amants du poker.
• Le seul problème avec ce pianiste ayant usé ses culottes courtes sur les mêmes bancs d'école que son ami Michael Brecker est d'ordre économique. La plupart de ses albums ayant été publiés sur des labels européens, ces derniers affichent pour nous, à Montréal, des prix de salaison porcine. Par exemple, pour son Vol. 2 de la série New York Trio Recordings avec Gary Peacock à la contrebasse et Paul Motian, paru sur l'étiquette allemande Pirouet, on a déboursé 42 $. Vivement un ravalement de l'euro!
• Cela étant, il faut savoir que notre homme écrit dans le cadre de sa série New York Recordings un feuilleton passionnant. Il n'y a pas d'autre mot. Lorsque Peacock n'est pas à la contrebasse, Drew Gress le remplace. Lorsque Motian n'est pas à la batterie, Bill Stewart s'en occupe. Et toujours, Copland s'avère convaincant.
• Dans un de ses exercices poétiques, Raymond Queneau dit la quenouille avait écrit ceci: «Dans les toilettes du métro / à la station Port-Royal / on peut lire ces quelques mots / ça me paraît MONUMENTAL / l'usage de cette cabine / est strictement réservé / aux économiquement faibles / et aux indigents NOTOIRES...» «Sot ouate?» Copland est monumental et pas assez notoire. À L'Astral le 24 février à compter de 19h30.
vvvvvc

mardi 16 février 2010

Les inédits du grand Charles

• La nouvelle du jour devrait ravir, plus que d'autres nouvelles, les amateurs de jazz en général et ceux de Charles Mingus en particulier. Voilà que le label Jazz Collectors annonce la publication de concerts donnés par l'ogre du «djase» en 1964 et qui n'avaient jamais paru en CD ou en vinyle. Côté cour, il y a le show enregistré à la salle Wagram à Paris. Côté jardin, celui capté à Amsterdam.
• Dans un cas comme dans l'autre, Jazz Collectors a rassemblé ces aubaines musicales sous la forme d'un double compact. On sait que, sur la scène d'Amsterdam, Mingus était entouré de Clifford Jordan, le souffle long du ténor, Johnny Coles, le détrousseur des subtilités que cache la trompette, l'historien Jaki Byard au piano, Dannie Richmond, le tambour battant de la batterie, c'est le cas de le dire, et un certain Eric Dolphy, qui n'avait pas son pareil pour décliner par flûte, alto et clarinette basse interposés les chants des oiseaux qu'il avait décryptés. Pour le concert de Paris, on précise que Dolphy était présent. Les autres? On peut présumer, sachant que ces spectacles ont été à l'affiche la même année, que leurs papiers d'identité étaient ceux d'Amsterdam.
• Cela étant, l'initiative étant européenne, les distributeurs le sont tout autant. Qui sont-ils? Socadisc.com et ledisquaire.com. Le prix? On a fouiné, mais tout ce qu'on a trouvé, à la rubrique prix, ce sont des codes. Nom dé diou! À ceux passionnés par les palpitations musicales du grand Charles et qui habitent Montréal et qui, surtout, ne veulent pas se casser la tête, on suggérera de s'informer au magasin Cheap Thrills. En raretés, ceux-ci sont des calés. En attendant, voici l'interprétation de Take The A Train de Duke Ellington, le héros de Mingus

dimanche 14 février 2010

L'étranger de Ramblin' Jack Elliott

• La banque d'affaires Goldman Sachs a trafiqué le profil financier de la Grèce pour le rendre plus acceptable aux yeux des crédules. Les autres, Morgan Stanley et consorts, en ont fait autant et, ce faisant, mis des milliers de familles, pour rester modeste, sur la paille. Compagnon de route, c'est le cas de le dire, de Bob Dylan, Ramblin' Jack Elliott est assez vieux pour se souvenir des ravages provoqués par la crise de 1929. Il y a quelques mois de cela, le vieux briscard publiait un album, alors que la crise de l'édition 2009 battait son plein, fait de blues relatant les méfaits de celle qui ravagea le continent il y a 70 ans de cela. Pour mener à bien cette aventure musicale produite par Joe Henry, Elliott avait rassemblé autour de lui les guitares de Greg Leisz et David Hidalgo de Los Lobos, qui joue également de l'accordéon, les pianos de Van Dyke Parks et Keefus Ciancia et la contrebasse de David Piltch. Le making of de cette production intitulée A Stanger Here, aussi sensible que pertinente, a été mis en ligne récemment.



Vive l'INA!

• Après des années consacrées à l'indexation d'archives audio et visuelles, l'Institut national de l'audiovisuel de France (INA) vient de mettre à la disposition des amateurs de jazz et de blues des heures et des heures de spectacles filmés par la télévision française. Dans un entretien accordé au mensuel Jazz Magazine, Pascal Rochat, maître d'œuvre du projet, précise: «Les fonds de l'INA n'ont pas encore livré tous leurs secrets, et nous allons continuer nos recherches. De plus, tous les premiers janvier, une nouvelle année d'enregistrement tombe dans le domaine public (...) En visionnant le générique d'un show de Daniel Humair, j'ai ainsi découvert une prestation inédite de Jackie McLean en 1961.»
• En ce qui concerne les captations de shows à l'affiche de divers festivals, P. Rochat a souligné que, pour des raisons juridiques évidentes, l'INA a retenu seulement les concerts filmés antérieurement à 1959. Par ailleurs, un accord portant sur la traduction de ces archives en format DVD a été signé avec la société américaine Reelin' The Years, éditrice de la série Jazz Icons distribuée de ce côté-ci de l'Atlantique par Naxos. À ce propos, Rochat spécifie, toujours dans Jazz Magazine, que «l'ouverture au public de notre fonds nous expose à des contraintes juridiques fortes et la gestion des droits relatifs aux concerts est un sacré casse-tête. Voilà pourquoi nous préférons travailler avec cette société, bien implantée outre-Atlantique...»
• Cela étant, voici un extrait d'un concert donné en 1958 à Cannes par Don Byas, Big Joe Turner, Coleman Hawkins, Stan Getz, Zoot Sims et plusieurs autres. Il résume à lui seul la grande richesse du catalogue que l'INA nous propose.


samedi 13 février 2010

Live: Dave Douglas au Vanguard

• Lorsqu'il n'est pas le trompettiste de Masada, il est celui du groupe Brass Ecstasy qu'il a fondé il y a peu avec Vincent Chancey au cor anglais, Luis Bonilla au trombone, Marcus Rojas au tuba et Nasheet Waits à la batterie. Cet ensemble a publié sur étiquette Greenleaf Music un album rappelant les musiques joyeuses qu'affectionait tant le regretté Lester Bowie.
• Lorsque ce bourreau de travail ne joue pas avec ces derniers, il dirige un quintet à l'architecture instrumentale classique: Uri Caine au piano, Donny McCaslin au ténor, James Genus à la contrebasse et Clarence Penn à la batterie. Voici le premier set d'une récente prestation.

jeudi 11 février 2010

L'arpenteur s'appelle Caratini

• Après les explorations cubaines de Dizzy Gillespie, celles avant tout nord-africaines de Randy Weston, celles plus sud-africaines de Julius Hemphill et Chico Freeman ou plus sénégalaises d'Art Blakey, sans oublier les aventures poursuivies par le trio Sclavis, Romano, Texier, voilà que le contrebassiste Patrice Caratini nous livre aujourd'hui le cadastre d'un autre univers musical. Intitulé Latinidad, le résultat de ses recherches menées en compagnie de son Jazz Ensemble a été publié par le label Le Chant du monde.
• Pour bien saisir la somme, au demeurant colossale, du travail accompli par Caratini et ses quatorze complices, il faut s'arrêter à la géographie de cette histoire. À l'aube du XXe siècle, les gardes champêtres des musiques africaines, indiennes, de la polka et autres ont fait l'alchimie de ces échos sonores à La Nouvelle-Orléans, au Congo Square plus exactement? Eau quai! Caratini conclut son album par la Petite fleur de Sidney Bechet.
• À la fin des années 40, Dizzy Gillespie endosse la blouse du chimiste des rythmes cubains et du bebop? Ok! Caratini reprend à son compte Tin Tin Deo et surtout Manteca que Dizzy avait concoctés avec Chano Pozo, l'initié aux rites, voire secrets, des Cubains à la peau noire. Le reste? C'est là que Caratini se distingue de ses aînés comme de ses contemporains.
• C'est tout simple, ce qu'il nous propose c'est la suite des épisodes écrits par ceux évoqués plus haut. Après un retour à Cuba, le contrebassiste s'est métamorphosé en éclaireur de territoires sonores enclavés ici et là en Amérique du Sud. Le but, voire l'ambition? Conjuguer les rythmes afro-cubains avec les palettes musicales des Indiens d'Amazonie ou des Antilles et autres lieux où le génie des lieux est un chaman qui siffle avec constance.
• Dans le livret qui accompagne cet enregistrement réalisé en public, Caratini se fait pédagogue. Ainsi, à propos du morceau Alaro de yemaya, il explique: «Pour les Yoruba, Yemaya est la divinité des océans, des voies empruntées par les caravelles des conquistadors, les bateaux négriers des trafiquants de bois d'ébène et les Mayflower des migrants...»
• Autre exemple, en ce qui concerne Nina il confie: «La trompette déploie son chant sur un Yambu de Matanzas joué par la clave et les cajones...» Bref, le moteur de chacune des pièces est dévoilé. Cela étant, il faut souligner que, pour piloter au fil des méandres que suppose cette aventure, il a invité trois percussionnistes très versés en déclinaisons rythmiques développées à l'ombre des chaleurs. Soulignons que le Jazz ensemble c'est notamment Manuel Rocheman au piano, André Villéger aux saxos et à la clarinette, Denis Leloup au trombone, Claude Egea et Pierre Drevet aux trompettes.
• Latinidad est le disque du courage. Celui qui a consisté à tracer une diagonale entre le territoire défriché par Dizzy et consorts et des espaces méconnus ou si peu. Caratini, c'est la version laïque, civilisée, de David Livingstone.