mercredi 30 juin 2010

FIJM: le marathon de Zorn

• Plus convaincant, plus prolifique, plus curieux, plus constant, plus inventif, plus polyvalent que John Zorn tu meurs. Cet homme est un chat. Il a sept vies. Par bonheur pour nous, ses vies ne sont pas successives mais bien simultanées. Il est saxophoniste, compositeur, producteur, chef d'orchestre davantage qu'arrangeur, traducteur musical des petites œuvres de Georges Bataille, Michel Leiris, Jean-Luc Godard, Marguerite Duras, malaxeur des cultures américaine et japonaise, et surtout alchimiste des horizons musicaux qui vont des Balkans au désert du Neguev après un détour en Europe centrale par Bartók, Schoenberg ou Webern interposés. Cet homme n'existerait pas qu'il faudrait l'inventer avec le soutien des dieux grecs, celui de Cronos en particulier. C'est dire.
• Sur l'affiche de la 31e édition du FIJM, il est écrit Masada Marathon. Mais lorsqu'on s'attarde aux noms des musiciens qui seront sur la scène, on constate que ce n'est pas tout à fait exact. Car ce n'est pas le quartet de Masada qu'on nous propose, mais bien le sextet Bar Kokhba. Seront en effet présents le contrebassiste Greg Cohen, le violoniste Mark Feldman, le violoncelliste Erik Friedlander, le batteur Joey Baron, le guitariste Marc Ribot, les pianistes Uri Caine et Jamie Saft, le percussionniste Cyro Baptista, qui vont décliner des musiques logeant à l'enseigne du Talmud.
• On vous invite fortement, au cas où vous ne le connaîtriez pas, à fureter sur son site Tzadik. Vous découvrirez des artistes, des compositeurs, des musiques qui n'ont pas leur pareil pour alimenter et aiguiser les sens comme les neurones. Cela étant, Zorn et ses amis se produiront une première fois à 18h et une deuxième à 21h 30 au théâtre Maisonneuve.

dimanche 27 juin 2010

Le direct de Magic Slim

• Musicalement causant, c'est sale et pesant. De-que-cé? Du blues de stricte obédience Chicago, ville réputée pour son architecture et pour avoir attiré tous ces musiciens nés au Mississippi et qui en avaient ras le bol d'arracher les boules de coton pour les p'tits Blancs. Ce fut le cas de Morris Holt dit Magic Slim qui abandonna le piano après que l'un de ses doigts fut pris dans la broyeuse de ce foutu coton.
• Aujourd'hui comme hier, Slim demeure avec le pianiste Pinetop Perkins le dernier représentant de ce mouvement, de cette migration vers la ville des vents devenue, grâce à eux et avant eux Muddy Waters, Willie Dixon, Howlin Wolf et consorts, la capitale du «blouse». À l'instar de son premier patron musical, Magic Sam, à qui d'ailleurs on doit son surnom, Slim résume à lui seul le son du South Side de Chicago.
• Tout cela pour signaler qu'un nouvel album de lui vient de paraître: Raising The Bar sur Blind Pig. Son groupe, The Teardrops, c'est Jon McDonald à la guitare, Andre Howard à la basse et BJ Jones à la batterie. Pas plus, pas moins. Puis? Il est comme d'habitude, cet album, il est comme tous les disques qu'il a enregistrés depuis la fin des années 70, alors qu'il était sous contrat avec Alligator. Il est franc du collier. Il est chaloupé. Parfois, il est drôle. D'autres fois, il est social. Mais toujours, il est droit, direct, captivant.

mercredi 23 juin 2010

Jazz Magazine: Paul Motian

• Le nouveau numéro de Jazz Magazine propose un excellent dossier consacré à Paul Motian. Le titre est d'ailleurs fort à propos: Le Picasso de la batterie. Quand on y songe, entre sa fréquentation de Bill Evans et son Electric Bop Band, Motian n'a jamais cessé d'explorer les possibilités. Quand on y songe (bis), au terme de ses associations avec Keith Jarrett, Paul Bley, Thelonious Monk, John Coltrane, Lennie Tristano, il a peaufiné son jeu de telle sorte qu'aujourd'hui il est le batteur de la finesse. Il est si subtil et singulier qu'il a d'ailleurs beaucoup influencé les bonnes baguettes d'aujourd'hui: Brian Blade ou Bill Stewart.
• Du long entretien qu'il a accordé, on a retenu cet extrait: «Au début, c'était juste un peu bizarre pour moi de jouer avec Scott LaFaro car j'étais habitué à Tommy Potter ou Oscar Pettiford, et la façon que Scott avait de jouer le tempo était différente, un peu plus ouverte. Il m'a fallu quelques jours pour m'y habituer. C'était les prémices de ce style qui est aujourd'hui le mien, très différent de ce que je jouais avec Lennie Tristano, avec lequel je devais rester très droit alors que lui jouait out! Je n'ai jamais cherché à jouer moderne, ouvert ou free, c'est arrivé au fur et à mesure, en jouant tout simplement.»
• Motian mis à part, la rédaction de «jazzmag» a questionné trois guitaristes: John McLaughlin, Jeff Beck et Philip Catherine. On propose également des portraits-entretiens avec Evan Parker, Jacky Terrasson, le génial Henry Threadgill et les chroniques habituelles. Prix de la revue: 9,50 $

dimanche 20 juin 2010

C. Taborn à la Jazz Gallery

• Les premiers échos du pianiste Craig Taborn nous sont parvenus par le biais d'un album que James Carter avait enregistré pour le label jponais DIW au milieu des années 90, si ce n'est avant. Puis on l'a entendu aux côtés de Roscoe Mitchell, Tim Berne, Chris Potter et Dave Douglas. Dans tous les cas, toutes les configurations, Taborn s'avère un pianiste avide d'explorations, de débordements, qu'il ponctue avec un brio sidérant.
• Après avoir consacré bien de son temps aux autres, il est très demandé, Taborn s'est appliqué à composer des pièces qu'il nous propose live de la Jazz Gallery à New York. C'est bon, d'autant plus bon que sa musique séduit comme elle déstabilise. Si vous aimez le jazz qui décape, vous serez servi.

So Jazz: J. McLaughlin

• Au programme du sixième numéro de So Jazz: un portrait-entretien du guitariste John McLaughlin, une longue entrevue avec Lee Konitz qui vient d'enregistrer un live au Village Vanguard, un hommage bien senti à Mary Lou Williams, pianiste et compositrice incontournable, qui aurait eu 100 ans le 8 mai dernier, des articles consacrés à Marcus Miller, Robert Aron, Bobby McFerrin, Gerald Clayton, le Portico Quartet plus les rubriques habituelles.
• Des divers entretiens, on a retenu cette réponse de Lee Konitz à la question suivante: «Quelle place occupe dans votre parcours la session de Birth Of The Cool, où Miles Davis vous dirige? Cette musique de chambre m'intéressait beaucoup. Il y avait peu de solos. Miles me donnait l'impression, à l'époque, d'être un étudiant de cette musique. Il scrutait, pour les comprendre, les arrangements de Gil Evans. Il était un grand amateur, également, de la musique de Lennie Tristano [...] À cette époque je n'étais intéressé que par Tristano. Par la suite, Miles a enregistré dans mon groupe. C'était un peu plus difficile. Il était en pleine période de drogue. Il avait de la peine à tenir son cuivre. La poudre c'est quelque chose. Je n'ai essayé qu'une seule fois et cela m'a donné mal à la tête. Je me suis dit que c'était mon cerveau juif qui me disait que c'était trop cher!»



jeudi 17 juin 2010

Live: Hank Jones

• En hommage au pianiste Hank Jones, décédé le 16 mai dernier, la station de Boston du réseau NPR vient de rediffuser un show enregistré il y a quelques années avec le contrebassiste John Clayton et le batteur Dennis Mackrel. Au programme: Speak Low, Lady Luck composé par son frère trompettiste Thad Jones, Favors de Klaus Ogermann, Interlude de J.J. Johnson, Blue Monk et Round Midnight de Thelonious Monk.
• Dans le long entretien, en fait il s'agit de son dernier, que cet homme avait accordé au magazine français JazzMan, il confie à propos de Monk ceci: «J'ai rendu visite à Monk dans son appartement, très vite après mon arrivée à New York. Il m'a joué Monk's Mood et j'ai dû relever instantanément la composition et son arrangement. Tout ce qu'il a écrit est marqué de son sceau. C'est indélébile. Personne d'autre ne peut écrire ou sonner comme lui. Bud Powell ou Al Haig, comme Charlie Parker évidemment, étaient les prototypes de ce qu'était le bebop. Pas Monk. Il était définitivement à part.»

mardi 15 juin 2010

Le jazz composé de Simon

• Originaire du Venezuela, le pianiste Edward Simon combine sa longue fréquentation des canons du classique aux débordements du jazz qu'il a maîtrisés en compagnie du saxophoniste Bobby Watson, le trompettiste Terence Blanchard et quelques autres. Il a ceci de rare qu'il est autant pianiste que compositeur. Dans le cadre de son orchestre Afinidad, il joue ce qu'il a écrit et non ce que d'autres ont composé.
• Lorsque Simon couche sur parchemin ses notes, il les enduit de rythmes qui évoquent en moins de deux le continent sud-américain. Là, nous allons entendre la suite musicale qu'il a concoctée avec la complicité de David Binney au saxo, de Gretchen Parlato au chant, d'Adam Rogers à la guitare, de Scott Colley à la contrebasse, d'Antonio Sanchez à la batterie et de Rogerio Boccato aux percussions. Cette première a été enregistrée par la station NPR de Boston.

lundi 14 juin 2010

S. Manne pour le plaisir

Shelly Manne et ses hommes, c'est ainsi qu'il avait baptisé son groupe, ont sillonné pendant des années la côte ouest de Seattle à San Diego en faisant de longs arrêts à San Francisco, au Black Hawk pour être plus précis, et à Los Angeles, au Manne's Hole qu'il avait fondé, pour être exact. Ses hommes s'appelaient Conte Candoli ou Joe Gordon à la trompette, Richie Kamuca au ténor, Victor Feldman ou Russ Freeman au piano et Monte Budwig à la contrebasse.
• Avec Gerry Mulligan, Chet Baker, Shorty Rogers, la bande du Lighthouse et, dans une moindre mesure, Art Pepper, Shelly Manne est emblématique de ce qu'on appelle le jazz West Coast ou Cool Jazz. Pour notre part, il était et demeure le patron d'une formation chérie entre toutes parce que tissant plein de finesses, de nuances et de légéretés avec une décontraction qui force l'admiration. Leur version ci-dessous de Speak Low c'est... c'est... c'est un mille-feuilles.



samedi 12 juin 2010

Le phénomène Trombone Shorty

Troy Andrews, surnommé Trombone Shorty, est un phénomène. De cet instrument, il tire les notes de la fougue, de l'énergie, de la chaleur et de la sensualité. De la trompette, il extrait les aigus qu'affectionnait tant Louis Armstrong. Comme ce dernier, Shorty est de La Nouvelle-Orléans. Et comme beaucoup de musiciens de cette ville, il a commencé son apprentissage dans les fanfares qui rythment le Mardi-Gras comme les mises en terre.
• À l'image des Neville Brothers, Allen Toussaint, Dr John et quelques autres, Shorty joue du vaudou. Il ne joue pas du jazz, puis du funk, puis du blues, puis du cubain, parce que lui et son groupe Orleans Ave les jouent tous en même temps avec un dynamisme et un enthousiasme qui aiguisent les nerfs de la danse. Car elle se danse, la musique de Troy Andrews. Elle est aussi chaloupée que chaleureuse.
• Les mauvaises langues, les bourgeoises s'entend, le trouvent vulgaire. Pour se convaincre du contraire, il suffit d'écouter son album Backatown publié par le label Verve et auquel ont participé Allen Toussaint, Lenny Kravitz et Marc Broussard. Sa formation comprend six musiciens refusant à l'évidence le retranchement dans un style, une catégorie. À l'image de leur leader, ils sont tous des alchimistes.
• La prise de vue du vidéo qui suit est comme-ci, comme-ça. Par contre, après l'intro d'une minute à la batterie, ça décolle à la vitesse grand V. Le morceau qu'ils interprètent est le morceau-titre de l'album.

jeudi 10 juin 2010

Live At The Vanguard: W. Escoffery

• Saxophoniste ténor, Wayne Escoffery a comme chacun d'entre nous commis des fautes de goût. La sienne est au fond banale: il est venu au jazz grâce ou plutôt à cause de Kenny G. Heureusement pour lui comme pour nous, l'immense Jackie McLean l'a dévergondé avant que le trompettiste Tom Harrell lui apprenne l'art du peaufinage. Toujours est-il qu'aujourd'hui Escoffery s'affiche comme un émule, un héritier plus ou moins direct de Dexter Gordon.
• Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter sa prestation d'hier au Village Vanguard. Ceux qui ont entendu le Gordon des années 70, celui du retour aux States, reconnaîtront en Escoffery les accents choisis ces années-là par Long Tall Dexter. C'est bon, c'est tout bon. Dans les rythmes rapides comme dans les ballades. Escoffery est accompagné par le pianiste Kevin Hayes, le contrebassiste Joe Martin et le batteur-historien Billy Drummond.

mardi 8 juin 2010

Monk par les autres

• Chez Monk, un contingent aujourd'hui imposant de musiciens a puisé de quoi confectionner un album au complet. On pense notamment au pianiste Tommy Flanagan et au saxophoniste Bennie Wallace. Depuis peu, l'étiquette High Note propose quelque chose de plus inusité: un album regroupant des musiciens divers qui déclinent des thèmes du Grand Pirate du «bi-beaupe». À ce que l'on sache, cette parution intitulée Music Of The Sphere – Thelonious Monk Songbook ne peut se comparer qu'au travail effectué par Hall Willner il y a plus de trente ans de cela.
• Toujours est-il que le High Note rassemble des morceaux interprétés par Frank Morgan, Larry Willis, Larry Coryell, Arthur Blythe, une grande formation emmenée par le saxophoniste David Binney, Bob DeVos, Houston Person, la très regrettée Mary Lou Williams, Eric Alexander et Eric Reed. Le programme? Si on vous confie qu'il commence avec Morgan s'appropriant I Mean You, vous devinerez le reste.
• Cela précisé, ce disque a ceci d'intéressant qu'il est hétérogène. Qu'il est une contradiction de l'homogénéité. Entre le classicisme de Morgan et le tout électrique de Coryell, entre le dynamisme de Willis et l'approche festive de Blythe, entre la sobriété de Williams et la deconstruction de Binney, la sensualité de Person et le respect d'Alexander, ce que High Note met en relief est ceci: les pièces de Monk favorisent la prise de risque. L'esprit d'aventure. C'est très chouette de l'avoir rappelé.

dimanche 6 juin 2010

Le centre des fanfares

• Il y a les fanfares qui rythment les efforts des joueurs de football universitaire tous les dimanches d'automne de ce côté-ci de l'Atlantique comme de celui du Pacifique. Il y a celles qui rassemblent les gauchos comme celles qui regroupent les servants des toréadors. Il y a celles qui défendent les accents balkaniques et celles des chasseurs alpins italiens, sans oublier celles des gendarmes de la République, versées en commémorations historiques. Il y a les lointaines suédoises et les bavaroises enclines à laisser s'exprimer les accords populaires de l'accordéon. Il y en a beaucoup d'autres qui animent les bals de pompiers en Hongrie ou en Belgique.
• Si on l'aborde par la face géographique, le sujet du jour, c'est qu'il y a l'autre. Celle qui se distingue de toutes les autres parce qu'elle est le point de convergence de ces dernières. Elle n'est certainement pas la seule à être le croisement des points cardinaux des fanfares. Mais bon... on ne les connaît pas, les autres. Alors qu'on connaît bien la Pourpour. Siège social? Montréal.
• Eh bien, la Pourpour, elle vient de publier un chef-d'œuvre du genre musical qui marie la marguerite aux légendes des cabanes à sucre, à la faconde gitane, aux ponctuations orientales, aux mélancolies climatiques du Nord, qu'il soit kanadian ou «sue-et-doigt», avec bien d'autres objets non identifiés dans l'univers des paillettes et du strass. Le titre du chef-d'œuvre en question? Danse des breloques.
• Lorsque tel morceau est joyeux, tel autre est cinématographique, lorsqu'il n'invite pas à la danse dans sa version java sans la javanaise ou vous mène dans le détroit du Bosphore dont nous sont revenues certaines gammes au lendemain de la bataille des Dardanelles. On pourrait en rajouter long, très long.
• S'il en est ainsi, si cet album est un tourbillon d'horizons divers mais fort bien touillés par des musiciens qui sont des maîtres dans leur partie respective, c'est qu'elle est vieille, la Pourpour, elle a de l'expérience. Beaucoup. Et comme Lou Babin, accordéoniste et animatrice de l'ensemble, connaît depuis des lunes le saxophoniste, compositeur oulipien, Jean Derome, le contrebassiste beat Normand Guilbeault, le trompettiste Némo Venba, les saxophonistes Claude Vendette, Stéphane Ménard et Damian Nisenson, les guitaristes et banjoïstes Luc Proulx, Roy Hübler et Dany Nicholas, l'accordéoniste Luzio Altobelli, les violonistes Marie-Soleil Bélanger et Guido Del Fabbro ainsi que les percusionnistes Pierre Tanguay, Jacques Duguay et Nicholas Letarte, comme ils se connaissent donc depuis longtemps, c'est pile-poil, right on time. Bravo! Mille fois bravos et autant de mercis. Danse des breloques a paru sur étiquette Dame/Monsieur Fauteux m'entendez-vous, rattachée à Ambiances magnétiques. Un petit «docu» sur la fanfare Pourpour suit ci-après:

mercredi 2 juin 2010

M.A.Hamelin et Bad Plus

• C'est ce qu'on peut appeler de la nouvelle. Le pianiste du trio Bad Plus, Ethan Iverson, est un grand fan d'un pianiste montréalais plus réputé pour détourner les difficultés de Franz Litz ou Maurice Ravel que celles de Thelonious Monk ou Cecil Taylor. De qui s'agit-il? Marc André Hamelin. Iverson est allé à sa rencontre pour s'entretenir longuement sur le classique et le jazz. C'est très instructif. On y apprend notamment qu'Hamelin apprécie particulièrement Anthony Braxton. À lire.

lundi 31 mai 2010

Duo de grâce: Hicks et Morgan

• C'est bien simple: l'album John Hicks & Frank Morgan - Twogether, c'est la grâce et la fragilité du saxophoniste Morgan enrobées par la polyvalence et la puissance du pianiste John Hicks. Autant Morgan fait penser à Art Pepper, et vice et versa, les deux ayant suivi un parcours à l'identique parce que les deux menaient la vie avec les fleurs de peau, autant Hicks fait penser à Jaki Byard. Comme ce dernier, sa maîtrise des styles qui ont rythmé l'histoire du jazz tenait de la ferveur encyclopédique. Comme Byard, Hicks pouvait évoquer aussi bien Earl Hines que Monk en insérant ici et là son style, ses marques, sa manière.
• Publié par High Note, Twogether est un disque tout ce qu'il y a de classique dans le sens noble du terme et non vieillot. La raison de cela tient en un mot: le programme. Quel est-il? Parisian Thoroughfare, Night In Tunisia, My One And Only Love, Round Midnight, N.Y. Theme et Passion Flower. Bref, ça débute avec Bud Powell, ça se conclut avec Billy Strayhorn avec Gillespie, Monk, Dorham et quelques autres écrivains constamment relus.
• Tous ces morceaux ont été gravés devant publics. Quelques-uns à la Jazz Bakery à Los Angeles, quelques autres à New Hope en Pennsylvanie. Ces derniers sont en fait des solos de Hicks. Cela rappelé, Twogether vaut par la complicité évidente qui liait ces deux artistes morts un an après (2006) leurs prestations. Twogether n'est pas la conjugaison de la grâce avec la volupté, mais bien de la grâce de Morgan avec la vitalité de Hicks. Histoire de saluer la mémoire de Morgan, on vous propose l'entretien passionnant, entremêlé de pièces live, qu'il eut avec la pianiste Marian McPartland en février 2004.
Morgan chez McPartland

mardi 25 mai 2010

Petite note

• Suis absent - stop- de retour le 31 mai -stop- ave - stop- La truffe -

vendredi 21 mai 2010

Stephen Barry à L'Astral

• Trente-cinq ans... trois décennies et la moitié d'une autre que le Stephen Barry Band mène, non pas SA barque, mais bel et bien la barque du blues au nord du 45e parallèle, soit face au fleuve gelé lorsqu'il se produit chez Smoked Meat Pete tous les dimanches de tous les hivers ou au New Griffin Town Café en plein coeur de Montréal ou sur les routes qui s'achèvent à Gaspé ou à Toronto ou encore à Vancouver. 35 ans... Si Paris vaut bien une messe, alors Barry vaut bien une fête.
• Elle aura lieu, la fête, ce soir à L'Astral. Ce soir avec Susie Arioli, Jordan Officer et Joel Zifkin comme invités. Les autres? Il y a ceux qu'il a connus à l'Université McGill sur les bancs de la faculté des sciences, celles prétendûment pures, il y a quatre décennies moins cinq ans. Qui sont-ils? Le guitariste et chanteur Andrew Cowan et le batteur Gordon Adamson qui est aussi le chanteur, c'est à retenir, de Hound Dog. Reste le saxophoniste au son long et pesant, dans le sens noble du terme, soit Jody Golick.
• On l'a peut-être oublié ou peut-être ne le sait-on pas, mais dans les années 70 et celles d'après le band à Barry né en janvier 1947 à Lachine a accompagné longuement Big Mama Thornton et Johnny Big Moose Walker, moins longuement Buddy Guy et son frère Phil ou encore Hubert Sumlin, l'un des guitaristes favoris des p'tits blancs britanniques qui ne veulent plus entendre parler d'une adoption de l'euro. Enfoirés! Mais bon... c'est un autre sujet.
• Pour revenir au nôtre, de sujet, faut mentionner... non! Faut marteler que les shows de Barry, que les albums de ce bassiste qui n'a pas son pareil pour chalouper le rythme sont aussi essentiels que l'air qu'on respire. C'est bêtement dit? Oui, oui. On le sait. Mais c'est ça pareil, comme on dit en langue franc. Donc en langue qui permet de formuler des constats. Barry, Cowan, Adamson, Golick, ont été essentiels. Et ils le restent. Peu peuvent en dire autant. Eau quai! Six-bols! Chapeau et bonne fête. Bon, comme Michael Jerome Browne qui a longtemps fait partie du groupe ne peut être à L'Astral parce qu'il se produit, le voici avec ses amis.

lundi 17 mai 2010

Gentleman Jones n'est plus

Hank Jones, le doyen des pianistes de jazz, l'aîné des frères Elvin et Thad, n'est plus. Il avait 91 ans, avait tout fait, tout entendu, tout vu. Entre son arrivée à New York au début des années 40 et son dernier souffle, Jones a mis son talent de pianiste classique au service de Charlie Parker et Andy Williams, Ella Fitzgerald et Cannonball Adderley, Billie Holiday, Coleman Hawkins... En fait, pour faire court, l'homme né un an après le premier enregistrement d'un disque de jazz a accompagné tout le monde. À telle enseigne qu'il a défini, pour ainsi dire, les paramètres qui distinguent le simple faire-valoir de l'excellence.
• Bizarrement, ce n'est qu'à partir de la soixantaine que son nom va commencer à circuler en dehors du cercle des initiés, lorsque paraissent, notamment, ses enregistrements avec Tony Williams et Ron Carter, les enregistrements du Great Jazz Trio. Ces albums, c'est à noter, sont publiés au milieu des années 70. Et alors? En 1975, le réseau CBS «ferme» l'orchestre que Jones dirigea pendant une quinzaine d'années au bénéfice du chanteur-animateur Andy Williams. CQFD: au cours de cette période, Jones ne fit pas de tournées.
• En juillet dernier, celui qui connaissait tous les standards fit la couverture de JazzMan. De l'entretien mené par Alex Dutil, on a retenu ceci: «Jusqu'ici, je n'ai jamais fait que répondre aux sollicitations qui m'arrivaient, sans le moindre plan de carrière. On me téléphonait pour un accompagnement? J'y allais. Que ce soit pour une chanteuse, un instrumentiste ou un big band, peu importe. On me proposait d'assurer une séance d'enregistrement en leader? J'acceptais avec joie. Il s'agissait d'écrire de la musique? Je me mettais aussitôt au travail [...] Ma vie de jazzman, c'est au jour le jour.» Ave!

dimanche 16 mai 2010

Carolina Chocolate Drops

• Il y a d'abord la couverture: une femme, les cheveux tressés, prend un rayon de soleil flanquée de deux bonshommes. Le tableau est surmonté du nom du groupe: Carolina Chocolate Drops, inconnu au bataillon sauf peut-être d'Adam et Ève. Puis, au bas de la pochette, le titre de l'album: Genuine Negro Jig. Illico, on se dit que c'est une histoire, une très vieille histoire de campagne. La campagne lointaine, celle du Mississippi, de l'Oklahoma, du nord-ouest de la Floride, de la Virginie de l'Ouest et de l'Arkansas. Au dos, on repère le nom du label: Nonesuch. Puis surtout celui du producteur: Joe Henry. Là, on murmure ceci: Henry + Nonesusch = 2 gages de qualité quasi totale.
• On l'achète (22,50 $ taxes comprises). Après quoi, on s'arrête à l'identité respective des trois jeunesses d'un groupe au patronyme ancien et à leurs instruments. Ils s'appellent Dom Flemons, Rhiannon Giddens et Justin Robinson et jouent du fiddle, le violon dans sa version populaire, du banjo, de la guitare, mais avec parcimonie, du pichet en terre cuite, celui du pauvre, ainsi que d'objets divers qu'ils utilisent afin d'accentuer les effets percussifs.
• On l'écoute et on est surpris. Dans le sens agréable du terme. On est surpris par ces musiques qui sont autant d'échos aux musiques si anciennes qu'elles s'entendaient ici et là avant le blues. Où? Dans les Appalaches, sur les bateaux qui descendaient et remontaient le Mississippi, dans les campagnes perdues des États traversés par un fleuve si capricieux qu'il a provoqué, si l'on peut dire, son flot de chansons. C'est du blues, du country, du folk, des ballades dont on perçoit ici et là les influences irlandaises et françaises. Bref, les membres font très bien ce qu'ils ont voulu faire: l'archéologie musicale des States. Mississippi John Hurt et Sleepy John Estes peuvent dormir tranquille.

samedi 15 mai 2010

Living Blues: Corey Harris

• L'homme en couverture du dernier numéro du mensuel Living Blues ( 5,95 $) s'appelle Corey Harris. «Ceusses» qui aiment le blues des foins coupés en juillet, à moins d'avis contraire imposé par le dieu Éole devenu l'alchimiste chéri des pétrolières, savent que Corey Harris n'a pas son pareil pour touiller les rythmes de l'Afrique avec les harmonies du Mississippi et les rebonds jamaïcains nés, pour être exact, sur les flancs éthiopiens. Toujours est-il que Harris à la une, cela signifie long, long article.
• Article où (sic) on apprend que ce «guitariste-chanteur-compositeur-fouineur-fluent in French» est quelque peu agacé que lui et Keb Mo, lui et Guy Davis, lui et Phil Wiggins, soient encore et toujours considérés comme la jeune ou nouvelle génération du blues alors qu'ils creusent ce sillon depuis 20 à 30 ans. Article où on apprend également que cet émule de Taj Mahal passe actuellement des aventures acoustiques en compagnie de l'harmoniciste Wiggins au reggae façon Peter Tosh et Bob Marley, évidemment.
• Sinon... sinon Living Blues propose de longues rédactions consacrées à Trombone Shorty et... on reste calme... on se tient tranquille... à Lightnin' Hopkins!

So Jazz: Brad Meldhau

• Au sommaire du 5e numéro de la revue suisse So Jazz: des entretiens avec Brad Meldhau, le producteur Alan Douglas, qui a travaillé, notamment, avec Charles Mingus, Eric Dolphy et Jimi Hendrix, le saxophoniste français Jacques Schwarz-Bart, aujourd'hui installé à New York, le bassiste Reggie Washington, qui a quitté New York il y a quelques années pour mieux déposer ses valises à Bruxelles, la pianiste Junko Onishi, qui avait disparu de la scène au cours des quinze dernières années, et un dossier original intitulé Jazz & Science-Fiction – Le dossier cosmique, avec en vedette notre ami à tous... Sun Ra. Eau quai!
• Des propos formulés par les uns et les autres, on a retenu celui-ci de Washington: «Je me rends compte maintenant que ce qui se passait à New York est en train de se passer dans toute l'Europe. Cette lente dégradation ne me surprend pas. Je connais le business que j'ai choisi. C'est un sale boulot que nous faisons, mais quelqu'un doit le faire. De plus c'est le seul boulot que je veuille.»

jeudi 13 mai 2010

Retour sur Ben Sidran

• Il y a quelques jours de cela, on a évoqué la venue de Ben Sidran au Festival international de jazz de Montréal (FIJM). Comme il l'a confié au cours d'un entretien, son spectacle aura pour principal sujet Bob Dylan, à qui il a consacré son dernier album paru sur étiquette Bonsaï Music. Le titre? Different Dylan. Si aujourd'hui on vous cause à nouveau de Sidran c'est ...
• C'est pour vous conseiller vivement l'achat de Ben Sidran Live à FIP avec Bob Rockwell au saxo et à la flûte, Billy Peterson à la basse, et son fils Leo à la batterie. Bon. Il faut vous signaler, chers Montréalais, que FIP est une station rattachée au réseau Radio-France. Et d'une. Et de deux, cet album publié en 2005 est l'exemple plus que parfait de l'art et de la manière qu'a Sidran de s'approprier avec un naturel qui force l'admiration les pièces composées par d'autres. Ici, il décline notamment les mots qu'avait emboîtés il y a des lunes indiennes Mose Allison, soit If You Live et I Don't Worry About A Thing. Bon (bis).
• Là où ça se complique, c'est que... Pour mettre la main sur ce bijou, il faut passer commande chez votre disquaire ou carrément chez Bonzaïmusic.fr. Cela dit, on l'a dit mais on tient à le marteler, cet album est une merveille. CQFD: il vaut son pesant de diamants. Après le cela dit passons au cela étant pour vous souligner que son show du 27 juin prochain au Club Soda se déroulera à l'ombre de Dylan alias Jack Frost, on vous propose donc son interprétation de Tangled Up In Blue.

mercredi 12 mai 2010

New York: Benny Powell

• New York — On y est allé, à Nueva York, parce qu'on savait qu'un vieux monsieur s'appelant Randy Weston s'y produirait dans le cadre d'une série hommage au Jazz Standard. On y est allé pour lui, mais aussi parce qu'on savait qu'un autre monsieur serait à ses côtés, qu'on n'avait pas vu depuis des lunes. Il se nomme Powell et se prénomme Benny. Son instrument? Le trombone. Cet homme a ceci de quelque peu agaçant: il cultive trop l'humilité. Ce faisant, il appartient à la catégorie des musiciens trop méconnus. Pourtant... il a accompagné Lionel Hampton, Count Basie, Duke Ellington, Benny Carter, Jimmy Heath, Thad Jones-Mel Lewis, John Mayall et d'autres qu'on oublie. Pour faire court, cela fait soixante ans qu'il accompagne l'histoire du jazz.
• De lui on sait trop peu qu'entre Jay Jay Johnson et Slide Hampton, il est, avec Curtis Fuller, un passeur, un relayeur. Bon. Tout ça pour souligner qu'il vient de publier un nouvel album intitulé Nextep avec Talib Kibwe au saxo et aux flûtes, Sayuri Goto au piano, Essiet Okon Essiet à la contrebasse et... Billy Hart à la batterie! Son Nextep a ceci de convaincant que le tromboniste de 80 ans regarde droit devant. Pas de reprise. Pas de redite. Que des pièces originales. Des originaux interprétés avec ce souci qui est le sien de mettre en relief ceci: le jazz is a work in progress. Chapeau, M. Powell!

mardi 11 mai 2010

New York: le Jazz Standard

• New York — Dans l'article intitulé New York: les clubs, on vous a confié et affirmé que la programmation du Jazz Standard n'avait rien à envier à celle du Village Vanguard ou du Blue Note. Et alors? Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter les enregistrements de divers concerts donnés dans ce lieu situé dans le quartier Gramercy dans le cadre de la série JazzSet présentée par Dee Dee Bridgewater sur les ondes du réseau NPR, la radio de PBS, le plus essentiel des réseaux «tivi» de l'Amérique du Nord.
• Toujours est-il, au cas où on ne serait pas au parfum de qualité totale, que tous les lundis les héritiers de Charles Mingus, le Falstaff du jazz, prennent possession du Standard. Dans le live qui suit, le Mingus Big Band est présent, précédé du trompettiste Ron Miles avec le guitariste Bill Frisell et de la pianiste Joanne Brackeen, qui fait moins parler d'elle — hélas! — depuis qu'elle enseigne. Bref, le show qui suit va crescendo: une pianiste en solitaire, un quartet et enfin un «bigue bande».

lundi 10 mai 2010

New York: les disquaires et R. Weston

• New York — Pour le disquaire, l'époque actuelle a tous les vices de la galère. Avant, à Nueva York , comme ils disent dans Spanish Harlem, il y avait des poids-lourds à certains coins de rue, plutôt des avenues. On pense à Tower Record, à Virgin, qui ont tous sombré après avoir rencontré le iceberg «ouaibe» et son commerce en ligne. Même les magasins spécialisés n'ont pas échappé à l'ébranlement de la distribution. Certains d'entre eux ont fermé. D'autres ont multiplié les catégories de leurs spécialisations pour attirer les jeunes qui aiment les musiques de jeunes. Le genre «t'sais-comme-punk-hard-core.» Bigre! Comme disait Harpagon au temps de l'avarice.
• Bon. Tout un chacun sait que désormais on peut effectuer notre épicerie sonore chez Amazon. Peut-être sait-on moins qu'on peut la faire chez Squidco, Jazzloft et autres magasins vendant des produits dématérialisés. On vous conseille vivement de fouiner du côté de ces derniers avant d'aller chez Amazon. La raison de ce parti pris est simple à expliquer: le prix. Contrairement au géant de la vente en ligne, les deux susnommés, et il y en a d'autres, réduisent les coûts afférents au transport et aux frais de douanes si vous commandez trois, huit ou vingt albums. Dit autrement, Amazon charge le même montant — pour le transport et les douanes — pour chaque disque acheté.
• Cela étant, le plaisir des plaisirs sur ce front reste l'achat direct. L'achat réalisé avec l'artiste en personne. Randy Weston et son African Rythms Trio augmenté de Benny Powell au trombone et Talib Kibwe au saxo proposaient, au terme de leur prestation au Jazz Standard, leurs récentes productions. De Weston, de cet immense pianiste, compositeur, historien de l'Afrique, on vendait Zep Tepi sur étiquette Random Chance, qu'on n'a jamais aperçu dans les bacs des disquaires montréalais, ainsi que l'excellent Nextep sur Origin Records.
Petite note: l'interprétation de Blue Moses, une composition de Weston, qui suit est en deux parties. C'est du gâteau, du Paris-Brest, de la première à la dernière seconde.

dimanche 9 mai 2010

New York: les clubs

• New York — Évidemment, il y a le Village Vanguard, qui fête cette année sa 75e année d'existence. Le Village Vanguard où Lorraine Gordon demeure la cheftaine en chef. Pourquoi cette tautologie? Parce qu'elle est chef en six-bols! Dans les parages, ceux de Greenwich Village, il y a aussi le Blue Note, le Small's, la Jazz Gallery, mais il y a également ces petits clubs qui offrent un éventail de contentements musicaux à moindre prix. On pense au 55 Bar situé au 55 Christopher Street ainsi qu'au Bar Next Door qui a pignon sur rue au 129 McDougall Street. Puis il y a le Arthur's Tavern au 57 Grove Street, pour son ambiance sympathique et son parti pris pour un jazz chaleureux à partir de 22h. Avant 22h? C'est plutôt piano-bar. En clair, c'est: cause toujours, mon bonhomme, et t'entends rien.
• Depuis que le Sweet Basil et d'autres avec lui ont sombré, d'autres qui voisinaient le Vanguard et le Blue Note, la géographie du jazz s'est déplacée vers le nord: le Birdland et l'Iridum dans Midtown. Mais entre Greenwich et Times Square, il y a le Jazz Standard dans le quartier Gramercy qui propose une affiche qui n'a rien à envier à celle du Village. En tout cas, lorsqu'on y était, c'est là que nous sommes allé et retourné. Pour entendre Randy Weston et son African Rythms Trio augmenté de deux de ses vieux complices: le saxophoniste alto Talib Kibwe et le tromboniste... Benny Powell! Sur eux, nous reviendrons.
• On savait qu'après avoir claqué la porte de la Knitting Factory, où on l'avait vu pour la première fois il y a une douzaine d'années, puis celle du Tonic, John Zorn a ouvert sa propre salle: The Stone dans East Village. Pis? Pour le localiser, c'est pas évident, même si on sait qu'il est quelque part dans un coin du croisement fait par l'Avenue C et la Second Street. C'est bien simple: rien ne l'annonce.
• Il y a d'autres lieux à Brooklyn animés par des musiciens qui ont élu domicile dans ce vaste quartier à la suite des hausses vertigineuses des loyers à Manhattan. Mais il y a surtout deux clubs qui ont traversé toutes les crises, toutes les guerres: le St Nick's Pub et Lenox Lounge. Tous les deux sont dans Harlem: le premier au 773 Street St. Nicholas Ave; le deuxième, au 288 Lenox Avenue. Dans les deux cas, leur jazz est jazz-jazz. Ni avant-garde, ni mollason.
• P.-S.: on vous conseille vivement, si l'envie d'aller à New York vous titille, de louer un appartement. Laissez tomber les guides dits touristiques qui «ploguent» des hôtels à des prix fixés par Goldman Sachs. Allez sur le «ouaibe», fouinez un peu et, en moins de deux, vous trouverez des «apparts» bien placés et à des prix convenables. Depuis que ce phénomène a pris de l'ampleur, le lobby des hôteliers new-yorkais est habité par la mauvaise humeur. C'est bien fait pour leurs poches. Pendant des années et des années, ils ont freiné la construction de...

samedi 8 mai 2010

Ben Sidran au FIJM

• La dernière fois que Ben Sidran, héritier aussi spirituel que direct de Mose Allison, occupa une salle de nos environs, c'était il y a une bonne quinzaine d'années. Il s'était alors produit en solo dans une église réquisitionnée par le FIJM. Il nous avait alors séduit par son aisance au piano, par sa voix basse sans inflexion rocailleuse et son talent de conteur. Le 27 juin prochain, il sera au Club Soda. Son programme, son sujet? Bob Dylan, à qui il a consacré un disque baptisé avec justesse Dylan Different. Car pour être différent, il l'est, le Bob de Ben. La singularité avec laquelle Sidran décline les fables dylanesques fait d'ailleurs de cette production LA plus convaincante de toutes celles dont l'auteur de Blind Willie McTell fut l'objet.
• Alors, M. Sidran, pourquoi Dylan? «Parce qu'il est emblématique d'une époque, je pense surtout aux années 60, qui s'est caractérisée par le bouillonnement culturel. On aimait tout: le blues, le jazz, le folk... On s'intéressait à tout: la littérature, l'histoire, la politique... On était très curieux. Toujours est-il que Dylan a laissé de fortes empreintes sur ces années comme sur celles d'après. Je l'ai traité en l'adaptant à ma voix et à mon style au piano. Vous savez, lui et moi avons grandi dans la même région, le Midwest, je connais son accent. J'ai voulu enregistrer en France avec des musiciens du cru pour obtenir quelque chose d'étrange, de magique. Je voulais un résultat différent. Là-bas, les musiciens sont plus romantiques.» Précision: Dylan Different a été gravé en pleine campagne alsacienne dans le studio du guitariste Rodolphe Burger, connu pour avoir accompagné, entre autres, Jacques Higelin et Bashung.
• Au Club Soda, Sidran nous a confié qu'il serait flanqué d'un guitariste, un contrebassiste et un batteur. Prix du billet: 32,50 $. Quelques mots pour rappeler qu'en plus de chanter, composer, produire et enseigner, Sidran est aussi un grand chroniqueur du jazz. Il est l'auteur de Black Talk et de Talking Jazz, formidable bouquin qui regroupe les quarante entrevues qu'il a réalisées avec Dizzy Gillespie, Sonny Rollins, Miles Davis...

jeudi 6 mai 2010

Le FIJM du Upstair's

• Comme l'année dernière et celles d'avant de l'avant d'avant, le Upstair's présente cette année-ci une affiche toute belle durant la 31e édition du Festival international de jazz de Montréal (FIJM). Cet après-midi, vers les 14h ou, si vous voulez, une heure avant que l'indice Dow Jones soit percuté par la crise grecque et ne perde 1 000 points (!), l'affiche en question a été dévoilée. Le temps que les noms des invités se répercutent ici et là, les dieux grecs, Pandora en tête, avaient tiré la diagonale du fou et permis ainsi à messieurs Dow et Jones de limiter les dégâts. Bon, soyons terre à terre.
• La chanteuse Jeri Brown inaugurera la série le 25 juin. Le lendemain, le 26 juin pour les intimes, Etienne Charles & Foklore seront sur la scène. Les 27 et 28 on saute. Le 29: Irem Bekter et ses Diabluras. Le 30 juin et le 1er juillet, le saxophoniste Joel Miller et son trio accompagneront le pianiste Geoffrey Keeser, qu'on n'avait pas entendu dans nos parages montréalais depuis des lunes. Les 2 et 3 juillet, le trio du pianiste Matt Herskowitz, un violon et un violoncelle, jouera la Jerusalem Trilogy. Le 4 juillet, ce sera au tour de la chanteuse Ranee Lee et de son quintet. Le 5: Gale/Rodrigues Group. Le 8 juillet, une conclusion alléchante sur papier: F. Bourassa au piano, M. Donato à la contrebasse. F. Lozano au ténor et P. Tanguay à la batterie rendront hommage à Bill Evans.
• Et maintenant, les dates sur lesquelles on fait le saute-mouton: les 27 et 28. Ces soirs-là seront autant de tournées générales pour saluer les sommeliers du grand son. Au sens gros du terme. Gros comme ceux de Coleman Hawkins, Ben Webster, Don Byas, Chu Berry, Arnett Cobb et Eddie Lockjaw Davis. Mais encore? Ces soir-là, Houtson Person, le dernier de la lignée, le dernier défenseur du son cru, du son épais, fera rebondir les notes de la ballade dans tous les recoins du Upstair's. Comme on doit s'entretenir au cours des prochains jours avec cet artiste qui a signé des albums faits de pleins et de déliés pour l'étiquette High Note, on y reviendra longuement. En attendant...

mardi 4 mai 2010

Steve Kuhn au FIJM

• Plutôt que de vous dévoiler les noms du bataillon imposant d'artistes qui vont se produire lors de la 31e édition du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), on va s'arrêter à un certain nombre d'entre eux d'ici le coup d'envoi de l'événement. Allons-y aujourd'hui avec le pianiste Steve Kuhn parce qu'il demeure méconnu même s'il est connu. T's veux dire!
• Formé à l'école du piano russe dans les années 50, à la dure école de la virtuosité, par Margaret Chaloff, la maman du saxophoniste Serge décédé trop jeune, Kuhn a commencé à se produire dans l'orchestre de ce dernier alors qu'il était encore un ado. Puis, il a accompagné Coleman Hawkins, Stan Getz, John Coltrane, Chet Baker, Kenny Dorham, Ornette Coleman, Don Cherry, tout en étudiant les concepts développés par George Russell et Gunther Schuller, avant de former un trio avec Scott LaFaro et Pete La Rocca. Voilà pour le côté face, le côté terre à terre de sa bio.
• Plus haut, on écrivait qu'il demeure méconnu même... Bon. C'est tout simple, entre Bill Evans et Keith Jarrett, Steve Kuhn est, avec Paul Bley et Ran Blake, le relayeur essentiel! Là où Evans était enclin au romantisme, Kuhn est aventurier, moderne, économe. Chez lui, rien ne dépasse parce que chaque note doit être pesée. Et ça, c'est la marque des grands.
• Steve Kuhn occupera la scène du Gesù le 4 juillet en compagnie de David Finck à la contrebasse et de Joey Baron à la batterie. Ci-après on vous propose une entrevue avec la pianiste Marian McPartland entrecoupée d'extraits sonores et son interprétation, avec Joe Lovano au saxophone, de Spiritual, composé par John Coltrane.

lundi 3 mai 2010

Le siècle d'Ellington

• Jeudi dernier, 29 avril, Edward Kennedy Ellington, dit Duke, a eu 111 ans! Comme quoi le temps ne passe pas, mais se surpasse. Depuis qu'il, ou elle, ou lui, ou on ne sait qui, a mis la vie de monsieur Ellington entre parenthèses, on s'ennuie parfois. Et quand cela arrive, on s'ennuie grave, pour parler post-moderne. Alors, on l'écoute et on le réécoute. Et toujours, toujours, l'obsession qu'il avait pour la beauté noie l'ennui. Cent onze ans!
• Cent onze ans et plus de Charles Mingus pour hurler sa passion musicale pour l'homme qui confiait avoir la musique pour maîtresse. Plus de Mingus pour composer Duke Ellington' Sound of Love. On rappelle cela parce qu'on a été passablement agacé par ce commentaire de Wallace Roney qui, lors de la conférence de presse tenue à Montréal pour présenter l'exposition Miles Davis au Musée des beaux-arts, a dit de ce dernier qu'il fut le plus grand compositeur des deux derniers siècles ou deux cents ans.
• Hey! Ho! On se calme! Il va sans dire que Miles est grand. Mais là... mettons que ce commentaire, ça sent le fond de commerce à plein nez. Enfin... Si vous aimez Ellington, on vous conseille deux fois plutôt qu'une la lecture de Duke Ellington par Stanley Dance paru aux éditions Filipacchi en 1976. Comme il est possible que la version française ne soit plus disponible, sachez qu'en anglais il a été publié par Charles Scribner's Sons en 1970 sous le titre The World of Duke Ellington. Une chose est sûre, ce livre est un régal parce qu'il est fait surtout de témoignages de musiciens retranscrits in extenso.

dimanche 2 mai 2010

LE son Eric Alexander

• Ça nous arrive. De-que-cé? De passer à côté d'un musicien. De le rater pendant des lunes d'obédience indienne du Nord. Ce fut le cas avec Eric Alexander, saxophoniste ténor encore jeune qui a déjà un son bien à lui. Un son sculpté. Un son qui s'inscrit dans la lignée des champions de la catégorie dite de mi-moyens. Celle à laquelle appartenaient ou appartiennent Hank Mobley, George Coleman, Joe Henderson, Steve Grossman, Richie Kamuca, Junior Cook et bien d'autres ayant fréquenté notamment les bancs d'école des Jazz Messengers. On aura compris qu'Alexander est un ténor «bi-beaupe», comme disent les Français de France.
• Toujours est-il qu'il y a peu, on s'est payé Revival of the Fittest (24 $ sans les taxes), sur étiquette High Note, parce que sur la pochette on avait lu le nom de Joe Farnsworth, batteur qui se distingue par sa finesse, celui de Nat Reeves, contrebassiste qui se singularise par son classicisme, et surtout, surtout, celui de Harold Mabern, pianiste qu'on adore depuis des lunes sans croissant. On a d'ailleurs appris qu'Alexander fut l'élève de Mabern.
• Le programme est fait de compositions originales, dont le sensible Blues For Phineas de Mabern ou Yasashiku d'Alexander, et de standards, dont le You Must Believe In Spring de Michel Legrand. Bref, les ballades côtoient les enlevées, qui voisinent parfois avec des antillaises. Toujours est-il (bis) qu'on a énormément apprécié la sonorité angulaire d'Alexander, son épaisseur qui fait de notre homme un souffleur à mille lieues du territoire aujourd'hui si fréquenté par les rabatteurs de la technique. On a apprécié le jeu très précis de la formation rythmique. Si vous aimez les musiciens nommés plus haut, alors n'hésitez pas...
• On vous propose deux choses: d'abord, une entrevue réalisée dans les studios de la radio de Seattle du réseau NPR, entrecoupée de prestations d'Alexander en duo avec le pianiste David Hazeltine. Ensuite? Alexander et Mabern au Duc des Lombards à Paris.

Live: Jonathan Baptiste

• Il s'appelle Jonathan Baptiste. Il est pianiste comme Dr John. Par là, on veut signaler qu'à l'instar de son aîné il vient de La Nouvelle-Orléans. Mais là où le Docteur du Baron Samedi glisse ses notes funky mâtinées de blues, Baptiste intercale celles du jazz. L'ancien comme le nouveau, pour le grand plaisir d'ailleurs de Cassandra Wilson.
• Lorsqu'il n'est pas au service de la belle dame, il est au sien. On vous propose sa prestation au Lincoln Center de Washington, qui nous séduit par sa chaleur, son intensité et sa sensualité. Entouré d'une douzaine d'instrumentistes, Baptiste s'approprie, littéralement, des classiques comme Round About Midnight, Green Chimneys ou Moon River, aussi bien que des antiquités comme St James Infirmary ou le New Orleans Blues de Jelly Roll Morton. Ouais... La nappe de pétrole après Katrina, la ville du Professeur Longhair, peut bien avoir les bleus.
• Présenté dans le cadre de l'émission Jazz Set With Dee Dee Bridgewater, le show débute après plus d'une minute de mots grands et petits.

samedi 1 mai 2010

Allen Toussaint au FIJM

• Le 4 mai prochain, les organisateurs du Festival international de jazz de Montréal (FIJM) vont détailler la programmation en salles de la 31e édition de l'événement. On sait déjà que John Zorn s'y produira en compagnie de Laurie Anderson et de Lou Reed. On sait que le même Zorn mènera un Masada marathon avec on ne sait qui. On sait également et surtout que le pianiste, compositeur, producteur, chanteur et maître des musiques vaudoues Allen Toussaint est à l'affiche.
• Monsieur Toussaint comme dans Toussaint Louverture, si cher aux Haïtiens pour avoir foutu une raclée aux esclavagistes, sera à l'affiche deux fois plutôt qu'une. La plupart de ceux qui l'ont accompagné lors de l'enregistrement de Bright Mississippi, la galette des galettes publiée en 2009, seront à ses côtés. Soit Marc Ribot à la guitare, David Piltch à la contrebasse et Jay Bellerose à la batterie, tous fidèles collaborateurs de Joe Henry, le producteur de Bright Mississippi. En attendant leur prestation, voici Toussaint sur la scène de l'émission musicale qui nous régale depuis trente-cinq ans: Austin City Limits.
P.-S.: le show commence après un peu moins de deux minutes de présentation et de messages publicitaires. Quoi d'autre? Si vous cliquez sur l'icône située en bas et à l'extrême droite de l'écran, alors l'image sera plein écran.

John Coltrane en DVD

The World According To John Coltrane est un documentaire que Robert Palmer, critique au New York Times, avait réalisé en 1992 à la demande de la télévision allemande. Depuis peu, la version DVD de ce film d'une heure est disponible. Les aléas inhérents à la distribution étant ce qu'ils sont, il faut préciser qu'on l'a trouvé chez Archambault-Berri, qu'on ne l'a pas vu à moins qu'on est mal vu chez HMV. Le prix? 24 $ sans les taxes.
• Deux faits devraient vous convaincre d'en faire l'acquisition: rares, très, très rares sont les «docus» consacrés au compositeur de spiritual. Et d'une. Et de deux, l'identité du cinéaste. Bien que décédé en 1997, Palmer est considéré, encore et toujours, comme un des deux ou trois meilleurs chroniqueurs des musiques dites populaires. Son Deep Blues demeure un incontournable. Un livre de référence parce qu'empreint d'un souci méticuleux pour la précision.
• Mais au-delà des deux faits évoqués, ce film vaut son pesant d'argent pour les témoignages recueillis auprès des artistes l'ayant fréquenté: Jimmy Heath, qui a connu Trane alors qu'ils étaient adolescents à Philadelphie, Tommy Flanagan, avec lequel il a enregistré Giant Steps, Wayne Shorter, Roscoe Mitchell, Rashied Ali et bien évidemment sa femme Alice. Seul bémol, McCoy Tyner et le batteur Elvin Jones, qui était toujours de ce monde au moment du tournage, ne sont pas de la partie. Certes, on les voit dans les épisodes musicaux, mais... mais c'est tout.

mardi 27 avril 2010

Katrina et HBO

• Le réseau HBO, qui a produit les séries Rome, The Wire, Mad Men, The Sopranos et autres, remporte actuellement un franc succès avec sa plus récente réalisation: Treme. Un feuilleton écrit et réalisé par ceux qui avaient signé The Wire. Amateurs de jazz et de blues, sachez que ce Treme, consacré à La Nouvelle-Orléans après les désastres causés par Karina, fait de la musique qui s'entend dans ces environs une des principales actrices de cette fiction. Ici, le jazz n'est pas un élément décoratif mais LE sujet. Toujours est-il que nos voisins du Sud ayant beaucoup apprécié Treme, on nous promet une 2e et 3e saison.

Les inédits de Socadisc

Socadisc, distributeur de labels indépendants, propose une nouvelle série d'albums jusqu'ici inédits dans le format compact qui devraient régaler particulièrement les amateurs d'Ornette Coleman. En voici la liste: O. Coleman Quartet - Live In Paris 1971 avec Dewey Redman au ténor, Charlie Haden à la contrebasse et Ed Blackwell à la batterie, le Croydon Concert avec David Izenzon à la contrebasse et Charles Moffett à la batterie, le Lenox Jazz School Concert de 1959 avec Don Cherry et Kenny Dorham aux trompettes et Jimmy Giuffre à la clarinette et enfin le O. Coleman Quartet - Belgium 1969 avec Redman, Haden et Balckwell.
• De Bill Evans, Socadisc publie les shows enregistrés à Lund en 1975 et à Helsinki en 1970 et un autre réalisé à Paris en 1974. Sur ces deux albums Eddie Gomez est à la contrebasse et Marty Morell à la batterie. Quoi d'autre? Un Miles Davis intitulé Live In Rome & Copenhagen 1969 avec Wayne Shorter au ténor, Chick Corea aux claviers, Dave Holland à la basse et Jack DeJohnette à la batterie ainsi que le Johnny Griffin Quintet/With Rolf Ericson à la trompette.
• Le trio d'Evans qui suit, avec Gomez et Morell, a été enregistré à Helsinki en 1970. Le titre: Nardis

dimanche 25 avril 2010

Miles au musée, Miller à L'Astral

• Le 30 avril, soit vendredi, le Musée des beaux-arts de Montréal ouvrira ses portes sur l'exposition que la Cité de la musique de Paris avait consacrée à Miles Davis. Simultanément, une série d'événements a été organisée pour souligner évidemment l'art du trompettiste insaisissable. Conférences, films documentaires, fictions, shows et même des cours magistraux sont au programme des prochaines semaines.
• Tout ça débute mercredi 28 avril par deux exposés qui seront donnés à l'Auditorium Maxwell-Cummings, situé au 1379 de la rue Sherbrooke Ouest. Le premier sera décliné par David Brackett, de la Faculté de musique de l'Université McGill, à partir de 11h30. Le deuxième? Par André Ménard, architecte de la programmation du Festival international de jazz de Montréal depuis le début, qui a invité Miles à plus d'une reprise. À compter de 13h30 au même endroit. Le lendemain, Vincent Bessières, commissaire de l'exposition, livrera son décryptage de Miles à 16h30.
• La veille, à L'Astral, le bassiste et producteur Marcus Miller, qui a accompagné Davis dans les années 80, revisitera l'album Tutu en compagnie du trompettiste Christian Scott. À 18h30 et 21h30. Prix du billet: 38,50 $.

Dexter au Congrès


• Grande nouvelle. Très, très grosse nouvelle. La Library of Congress des États-Unis vient de faire l'acquisition de 1000 articles ayant tous Dexter Gordon comme sujet principal. Parmi les objets vendus par Maxine Gordon, la veuve de Long Tall Dexter, des inédits sonores enregistrés live pour la plupart, dont plusieurs avec Wardell Gray. Dans les mois qui viennent, le Packard Campus for Audio-Visual Conservation va digitaliser toutes les bandes achetées.
• Mis à part les déclinaisons musicales de Daddy Plays The Horn, l'organisation américaine a mis la main sur une ribambelle de documents iconographiques permettant de suivre comme jamais auparavant la carrière de l'homme né le 27 février 1923 à Los Angeles. Quand on sait que ce fils d'un médecin qui comptait Duke Ellington et Lionel Hampton parmi ses patients a joué aux côtés de Charlie Parker, Louis Armstrong, Billy Eckstine, Dizzy Gillespie, Fletcher Henderson, les frères Heath, Tadd Dameron, Fats Navarro et quantité d'autres avant de s'expatrier en Europe où il s'est produit avec Bud Powell, Kenny Clarke, Horace Parlan, Benny Bailey, Kenny Drew, Tete Montoliu et autres Billy Higgins...
• Quand on sait qu'il fut le premier à fixer sur le ténor ce que Parker avait fait à l'alto, qu'il n'avait pas son pareil pour injecter une sacrée dose d'intensité dans la plus banale des rengaines, qu'il fut grand du début à la fin, quand on sait tout cela, on ne peut que se réjouir, qu'applaudir à quatre mains l'initiative de la Library of Congress. Vivement la suite, vivement la fin du travail d'archivage et de remise en forme des bandes signées par Dale Turner alias Dexter Gordon.
P.-S.: si vous aimez encore et toujours Gordon, on vous conseille l'achat de la biographie que le Britannique Stan Britt lui avait consacrée. Le titre? Dexter Gordon - A Musical Biography, parue en 1989 aux éditions Da Capo. Ce bouquin est un des meilleurs du genre.

Ron Miles live

• On l'a découvert aux côtés de Bill Frisell il y a une dizaine ou une douzaine d'années de cela. On avait apprécié à la nanoseconde la clarté de son jeu. Depuis, on le suit. De qui s'agit-il? Du trompettiste Ron Miles. Le voici entouré de Frisell à la guitare, de Reginald Veal à la contrebasse et de Matt Wilson à la batterie. Où donc? Au Jazz Standard, qui propose semaine après semaine une programmation de qualité Iso 9000. Petite note: la présentatrice du show n'est nulle autre que Dee Dee Bridgewater. Enjoy!