jeudi 25 mars 2010

Le tromboniste de la tenacité

• Il est compositeur comme il est courageux. Il est arrangeur comme il est tenace. Il est surtout tromboniste plus amoureux que d'autres de cet instrument confronté à un coefficient de difficulté plus élevé qu'ailleurs. De-que-cé? Séduire ou convaincre par trombone interposé est plus hasardeux que sur le saxo ou la «trompinette». De qui s'agit-il? Richard Gagnon qui vient de produire une nouvelle ode à cet instrument relégué pendant des années au rôle de figurant avant que J. J. Johnson ordonne son émancipation en mettant en relief ses lettres de noblesse sonore. Notamment sur les tempos de la ballade.
• Bon. Gagnon vient de publier un album intitulé Suite, tout simplement, et qui ne regroupe, outre la formation rythmique classique, que des trombones, rien que des trombones. Soit ceux de David Grott, David Martin, Jean Nicholas Trottier, Serge Arsenault, Robert Ellis au trombone basse, auquel s'est joint le New-Yorkais Steve Davis, auprès de qui Gagnon a d'ailleurs étudié. Gaétan Daigneault est au piano, Frédéric Grenier à la contrebasse et Richard Irwin à la batterie. Le nom du groupe? Trombones Actions.
• Bien. Cet album paru sur étiquette R. G. Productions, et que Select distribue, est de facture classique, dans le sens respectueux du terme. Ici, les accents rappellent ceux des big bands sur lesquels celui de Thad Jones-Mel Lewis avait imprimé ses marques. Là, les pulsions chaloupées de Gagnon ou de Davis ou de Trottier font écho au «bibeaupe» brandi et défendu par Slide Hampton. C'est soudé, si bien soudé que rien ne dépasse, rien ne se perd. Cet orchestre est d'une homogénéité remarquable, méritant donc d'être salué mille fois plutôt qu'une. D'autant que, sur les ballades, Gagnon est sa bande nous régalent. Chapeau!
• P.-S.: Gagnon et Trombones Actions occuperont la scène de L'Astral demain soir. Le show sera précédé d'un 5 à 7 au cours duquel sa Suite sera lancée.
• P.-S. 2: Steve Davis jouant trop peu souvent à Montréal, on vous propose ci-après un neuf minutes moins une seconde de calme.

mardi 23 mars 2010

La ferme de Levon Helm

• Voici un «docu» d'une vingtaine de minutes dont Levon Helm, batteur, chanteur et pinceur de mandoline, est le sujet. En fait, on devrait parler de Levon le guide des fermes de l'Arkansas — il est né dans cet État —, où des métayers, où ses anciens voisins, s'échinent à cultiver des lopins qu'ils seront probablement les derniers à avoir creusés.
• Ces damnés de la terre, c'est le cas de le dire, pour lesquels il éprouve une affection évidente, ont été les moteurs comme les acteurs de Dirt Farmer, album très touchant, album accompli à l'aune du réalisme le plus cru qui soit. Entre deux dialogues avec ces cultivateurs, le cinéaste a évidemment glissé des morceaux du disque produit par le guitariste Larry Campbell, qui avant de rejoindre Helm fut membre du groupe de Bob Dylan pendant une quinzaine d'années.
• En 2009, Dirt Farmer obtint le Grammy du meilleur album dans la catégorie americana. Idem cette année pour la suite intitulée Electric Dirt. Aux amateurs de cinéma et de Bertrand Tavernier en particulier, signalons que Helm campe le rôle du général Hood dans le film In the Electric Mist, adapté du roman du même nom que James Lee Burke publia il y a plus de dix ans de cela.


samedi 20 mars 2010

S. Rollins au micro de NPR

• La station radio de Boston du réseau NPR a invité récemment Sonny Rollins dans ses studios pour un entretien mené par Tom Ashbrook, un généraliste de l'information. Bob Blumenthal, historien et critique de jazz réputé, s'est joint à l'entrevue. La nouvelle des nouvelles? Celui-ci vient de terminer une biographie consacrée au dernier des géants. Intitulée The Sax Colossus, elle paraîtra en septembre prochain.
• Le 27 juin, Rollins se produira dans le cadre du Festival de jazz de Montréal.

vendredi 19 mars 2010

M. Browne au Griffintown

Michael Jerome Browne, guitariste, banjoiste, violoniste, harmoniciste, archéologue des blues les plus anciens, archiviste des ballades des Appalaches et des sursauts contestataires qui s'entendaient dans les mines de la Virginie de l'Ouest, Michael Jerome Browne, personnification de l'americana ou roots, c'est au choix, se produira en solitaire au Café Griffintown, le 20 mars. L'adresse? 1964, Notre-Dame Ouest. L'entrée est gratuite. Note: le show commence à 19h.
• L'occasion faisant le larron, on en profite pour conseiller vivement, vivement à la puissance 10, l'acquisition des albums que cet ancien du Stephen Barry Band a publiés sur étiquette Boréalis et auparavant sur Productions Bros. Ils sont tous de qualité totale Iso 9000. Boutade mise à part, Browne est un seigneur sans le comportement aristo.

jeudi 18 mars 2010

M. Hawkins pour le plaisir

• Ce n'est pas une nouveauté. C'est même une vieillerie qui n'est pas pour autant une antiquité. C'est Coleman Hawkins, l'homme qui a fait le saxophone ténor, même si c'est le Belge Adolphe Sax qui l'a inventé, cet instrument dont on ne savait trop quoi faire jusqu'à ce que Monsieur Hawkins en dresse la carte du tendre. Du tendre qui défend le son long, le son pesant. Le son rugueux.
• C'est Hawkins dans ces dernières années. Hawkins qui revient le plus souvent possible au début des origines, donc au blues. À la guitare, c'est fort probablement Tiny Grimes, à la batterie, c'est tout aussi probablement Osie Johnson. À la contrebasse, ça se complique. Ça pourrait être Gene Taylor ou Jimmy Woode. Au piano, alors-là, c'est le brouillard. Chose certaine, c'est un régal. Après une longue introduction à la guitare, Hawkins renvoie le blues dans ses câbles comme plus personne ne sait le faire aujourd'hui.
• P.-S.: ça s'intitule South of France Blues parce que tout un chacun sait fort bien que Pernod est le seul alcool qui fait boire de l'eau. Don Camillo n'aurait pas dit mieux.

mardi 16 mars 2010

Chicago Blues: A Living History

• La revue Chicago Blues: A Living History fait sa récolte de trophées. En moins d'un mois, ces artisans ont raflé les palmes du meilleur album 2009 décernées par la Blues Fondation à laquelle est associé l'excellent magazine Living Blues, que publie le Center for The Study of Southern Culture de l'Université du Mississippi, l'Académie du jazz en France et quelques autres qu'on oublie après avoir raté de peu celle des Grammy's.
• Publié en avril 2009 par Raisin Records, ce Chicago Blues : A Living History, un double compact, est en fait la réunion des limiers de la génération qui ont succédé à Muddy Waters, Willie Dixon, Little Walter et autres. Qui sont-ils? Le guitariste John Primer, qui a débuté avec Muddy Waters, l'harmoniciste Billy Branch, un ancien de la phalange commandée par Dixon, le guitariste Lurrie Bell, fils de l'harmoniciste Carey, une solide formation rythmique et une exception: le vétéran Billy Boy Arnold à qui les Yardbirds doivent l'un de leurs premiers succès, si ce n'est le premier, soit I Wish You Would.
• Le documentaire qui suit combine extraits de spectacles et entrevues avec ces messieurs. Pour le visionner, il suffit de cliquer à la rubrique film du site Raisin Records, auquel le lien ci-après vous mène:

lundi 15 mars 2010

Actualités d'ici et d'ailleurs

• Dans le cadre de la série Jazz en rafale, le trio du pianiste Yaron Herman, accompagné d'un quatuor à cordes, se produira à L'Astral le 18 mars. Prix du billet? 26,50 $ ou 18,50 $ si on est étudiant. Le 19 mars, les pianistes François Bourassa et Jean-Michel Pilc occuperont la même scène. Le billet? 22,50 $ ou 15,75 $ pour l'étudiant. Quant à l'excellent saxophoniste André Leroux, il a invité le batteur new-yorkais Ari Hoenig pour son show du 20 mars. Le prix? 22,50 $ ou 15,75 $.
Jazz en rafale s'étant associée au Upstair's, ses promoteurs y présenteront évidemment des spectacles. Les 19 et 20 mars, le saxophoniste Samuel Blais déclinera ses compositions et interprétations en compagnie du contrebassiste Larry Grenadier. Plus tard dans le mois, le contrebassiste montréalais Brian Hurley sera flanqué du guitariste Peter Bernstein.
• Actuellement, l'acteur Don Cheadle (Crash, Ocean Eleven, etc.) réalise et joue, en plus d'avoir coécrit le scénario, un film consacré à Miles Davis. Herbie Hancock a été nommé grand shaman de la bande sonore.
• Le cinéaste Jerry Zaks termine présentement le montage d'un film intitulé Who Do You Love. Le sujet? L'étiquette blues par excellence Chess Records. Le contrebassiste Christian Mc Bride campe Willie Dixon, cheville ouvrière de ce label fondé par les frères Chess à Chicago, alors que Robert Randolph joue le rôle de Bo Diddley. compositeur de Who Do You Love.
• En France, L'Académie du jazz a décerné son prix du meilleur disque de l'année 2009 à Allen Toussaint pour The Bright Mississippi, que Joe Henry avait produit (YES!). On se rappellera que les couillons des Grammy's avaient ignoré cette splendeur, à tel point qu'elle ne fut même pas inscrite sur la liste des meilleures galettes de 2009. Le prix de la meilleure réédition est allé au People Time - The Complete Recordings de Stan Getz et Kenny Barron édité par Emarcy/Universal. C'est grandement mérité. L'album blues de 2009? Chicago Blues: A Living Story de Billy Boy Arnold, John Primer, Billy Branch et Lurrie Bell sur Raisin/Socadisc.

Viva Toussaint


samedi 13 mars 2010

Christian Scott l'écorché

• En couverture du numéro d'avril — je sais, nous sommes encore en mars, mais les Nosferatu du marketing adorent sucer le sang de l'argent à l'avance —, en couverture donc du numéro d'avril du mensuel Down Beat (5 $), qui retrouve-t-on? Le jeune trompettiste Christian Scott qui, entre autres qualités, est plus allumé que bien des musiciens de son âge. Lui mis à part, la rédaction de ce magazine propose la liste des 25 meilleurs enregistrements de big band selon le sieur Frank-John Hadley. Que Charles Mingus se retrouve à la 25e place, soit loin derrière Maria Schneider, nous a quelque peu agacé. Remarquez que ces histoires de podium sont autant de casse-gueules.
• Sinon, quoi d'autre? Des portraits du guitariste Kurt Rosenwinkel, du pianiste Robert Glasper et du saxophoniste Ted Nash. Mais la très grande nouvelle, du moins pour nous, c'est que Mose Allison, l'auteur adoré de If You Live, l'auteur vénéré de Parchman Farm, que Mose Allison le lettré, le William Faulkner du blues (oui!), vient de sortir un album produit par Joe Henry (yes!). Cela faisait une décennie que nous n'avions pas eu de ces nouvelles, discographiquement causant.

Pat Matheny et la machine

• Dans le numéro courant de Jazz Magazine/JazzMan (9,50 $), le guitariste Pat Metheny explique longuement pourquoi et comment il a conçu l'orchestrion, soit cet assemblage d'instruments hétéroclites qu'il dirige à même sa guitare grâce à «la machine». Quoi d'autre? La chanteuse Anne Ducros questionne Charles Aznavour, qui vient d'enregistrer avec un big band. Quoi d'autre (bis)? Des articles consacrés à François Couturier, Dave Liebman, Jeff Watts, Jean-Michel Pilc et Jean-Loup Longnon plus les rubriques habituelles.
• Dans la vidéo qui suit, Metheny s'épanche sur la génèse de son invention, en plus évidemment d'en faire des démonstrations. C'est très étonnant.

jeudi 11 mars 2010

Le Casque d'or et le «djasse»

• Grand réalisateur de films, on lui doit Casque d'or, Touche pas au grisbi, Antoine et Antoinette, Le Trou et autres histoires en noir et blanc qui vous tiennent très réveillés, Jacques Becker avait une telle passion pour le jazz que jeune homme il s'engagea comme stewart sur les paquebots qui faisaient la navette Le Havre-New York afin d'entendre ses héros. Bon.
L'Institut national de l'audiovisuel de France vient de mettre en ligne un entretien réalisé en 1956 au cours duquel le père du cinéaste, Jean Becker, lui réalisateur de L'Été meurtrier et des Enfants du marais, entre autres, parle du jazz de Saint-Germain-des-Prés en particulier et de l'utilisation du jazz dans ses films.
• P.-S.: L'entrevue dure plus de 6 minutes en tout. Après avoir écouté la première partie qui dure 4 minutes et quelques secondes, il suffit de cliquer sur l'image représentant le cinéaste pour entendre la deuxième partie.

C. Haden, E. Pieranunzi, B. Higgins

• On vous l'annonce d'emblée, il s'agit d'un coffret qui n'est pas encore dans les bacs des disquaires. D'un coffret qu'on a donc reçu. Mais comme c'est du costaud, on l'évoque aujourd'hui avant de vous préciser ultérieurement sa sortie officielle. Voilà, le label italien Black Saint et son jumeau Soul Note, immense label des années 80 et 90, ont rassemblé des enregistrements réalisés par le contrebassiste Charlie Haden.
• Parmi eux, il y a un disque splendide. Un trio formé avec le batteur Billy Higgins et le pianiste Enrico Pieranunzi. En leur compagnie, Haden, dont les premiers pas sur la planète jazz ont été possibles grâce au Montréalais Paul Bley, a interprété neuf morceaux rassemblés dans cet album intitulé First Song. Lorsqu'on s'attarde au parcours du grand Charles, on se dit que cette production symbolise LE changement dans la vie musicale de celui-ci. Elle annonce la suite et notamment la création du Quartet West. Autant Haden était aventurier aux pieds nus avec le Old And New Dreams, autant il dévoile avec Pieranunzi son amour pour des ballades qui firent la fortune de Bill Evans. First Song, c'est du grand art. Grâce à qui? Pieranunzi, que voici d'ailleurs au Duc des Lombards, à Paris, en trio:

N. Payton live au Vanguard

• Le trompettiste Nicholas Payton, dont le visage encore jeune cache trente ans de carrière, était à l'affiche du Village Vanguard cette semaine. Il était accompagné de Taylor Elgsti au piano, de Vicente Archer à la contrebasse, de Marcus Gilmore à la batterie et de Daniel Sadwnicj aux percussions. Le réseau NPR a enregistré le premier set du show de mercredi 10 mars que voici:

mercredi 10 mars 2010

Le Lann nocturne

• Il s'économise, Le Lann, Eric de son prénom, trompettiste de passion. À sa manière, il est une contradiction de Lee Konitz ou Paul Bley côté production. De-que-cé? Il n'aligne pas trois ou cent albums par an. Mais quand il en sort un, c'est la joie comme dans y'a de la joie. Toujours est-il qu'il y a peu, le Breton s'est acoquiné avec trois Américains qui ne sont plus des jeunesses sans être pour autant des vieux de la vieille. Soit le pianiste David Kikoski, le contrebassiste et producteur de la session Douglas Weiss, ainsi que le batteur Al Foster, qui fut dans les années 70 l'espion de Miles Davis. Oui, oui... l'espion! Lorsque ce dernier avait décidé de se mettre entre paranthèses, c'est Foster, avec la complicité de Gil Evans, qui rapportait au maître des All Blues les nouvelles de la scène musicale.
• Bon, de quoi s'agit-il? Le Lann vient de publier un album sans nom particulier sur l'étiquette française Plus Loin Music, qui a succédé, pour ainsi dire, au label Nocturne ayant sombré corps et biens lors de la tourmente qui a ratiboisé quantité de petites compagnies. À moins que l'on soit totalement dans le champ comme dans les patates, ce qui se pourrait fort bien, cet album serait le premier à paraître sur Plus Loin Music.
• Bien, et l'album, direz-vous? Il est coton. Oui, oui... c'est de la ouate de grande qualité. Drôlement bien tissée, drôlement bien ficelée. Le résultat est d'autant plus remarquable, convaincant et séduisant que la plupart des morceaux proposés ont été écrits par un Le Lann ayant acquis une telle maturité qu'il s'est affranchi des genres ou styles. Comme s'il avait décidé d'effectuer un décloisonnement. Comme s'il avait décidé d'emprunter ceci à Davis, cela à Chet Baker, une grosse pincée à Art Farmer et une autre à Woody Shaw pour en faire une alchimie qui lui soit propre. Avec ce disque, Eric Le Lann se pose en classique dans le sens élégant du terme et non antique.
• P.-S.: on a trouvé notre copie chez Archambault-Berri. Le prix? 25 $ sans les taxes. Comme Plus Loin Music a un représentant à Montréal, ça s'obtient facilement.
• N.B.: dans le vidéo ci-dessous, Le Lann joue Yesterdays, le standard de Jérôme Kern, avec Billy Hart à la batterie et non Foster, ainsi qu'avec Thomas Bramerie à la contrebasse et non Weiss.

dimanche 7 mars 2010

In memoriam: James Williams

• Bonne idée! Histoire de rappeler les grandes heures du pianiste James Williams, un autre pianiste vient de rassembler autour de lui cinq instrumentistes. Le pianiste? Mulgrew Miller, qu'on voit moins sur scène aujourd'hui parce qu'il enseigne davantage qu'hier. Toujours est-il qu'il a fait appel au saxophoniste Dave Demsey, au flûtiste, clarinettiste, saxophoniste Bill Easley, au trompettiste Bill Mobley, au contrebassiste Ray Drummond et au batteur Rodney Green pour mieux ponctuer, à leur façon, les compositions, les arrangements et le style de Williams.
• Williams vient de Memphis. Il vient d'une ville qui a donné au jazz, façon de causer oralement évidemment, Phineas Newborn, dans l'ordre du temps, Harold Mabern (Yes!), George Coleman, Charles Lloyd (Re Yes!), Frank Strozier... Et alors? De ces derniers voisins, il fut celui qui s'attela avec le plus de méticulosité à mettre en relief la palette gospel — sacré nom de Dieu! — que les musiciens de Memphis, Tennessee, ont imprimée sur la note bleue si athée à son origine.
• Williams fut un Jazz Messenger. Miller le fut et le reste. Mabern également. Il y a peu, Miller a donc décliné le bonne parole revue mais pas corrigée par Williams. Mabern en a fait tout autant à Paris dans un club au nom contredisant certains principes républicains. On vous propose une retransmission du show du premier capté par NPR et un extrait du show du deuxième au Duc des Lombards.


jeudi 4 mars 2010

Le mois du Upstair's

• L'affiche composée par le Upstair's pour le mois de mars se conjugue avec des éclaireurs de la scène new-yorkaise. Demain, le saxophoniste Tony Malaby va prendre la direction de Montréal où il se produira, dans la soirée évidemment, avec le trio de la pianiste Marianne Trudel. Samedi aussi, ils occuperont la scène du Upstair's. Après lui, la batteur Matt Wilson, le contrebassiste Larry Grenadier et le guitariste Peter Bernstein accompagneront également des musiciens montréalais dans la cadre de Jazz en rafale.
• Tony Malaby... Ce qu'on apprécie beaucoup chez lui, c'est d'abord ce son sculpté dans le lourd, le profond. Mettons qu'il est plus Sonny Rollins que Chris Potter. Rien de sec, rien d'évanescent. Il a un côté franc du collier. Quelque chose de rugueux et de volontaire qui contraste avec les sempiternelles retenues nordiques de ECM. Bref, il a UN son. Une palette qui lui vient de sa longue fréquentation d'agrégés en improvisation: Paul Motian, Charlie Haden dans sa version Liberation Music Orchestra, Mark Elias, Michel Portal, Daniel Humair, Fred Hersch et bien d'autres.
• Au cours d'un entretien téléphonique, il a longuement expliqué comment et pourquoi il aimait l'improvisation. Dit autrement, il est enclin à l'aventure, l'aventure risquée. Il joue dans l'instant parce que jouer en solo dans une salle du Mans en France, ce n'est pas comme jouer en solo à Minneapolis. Tout lieu proposant des caractéristiques bien trempées, il faut selon lui s'adapter. Si vous avez la fibre de la curiosité bien prononcée et que vous appréciez être parfois déstabilisé, alors son album Voladores, publié récemment par l'étiquette Clean Feed Records, devrait vous combler. Le voici jouant dans le cadre de l'Electric Bop Band de Motian.

mardi 2 mars 2010

Sacré Bill Wyman!

• Bon, on sait que Bill Wyman fut le bassiste des Rolling Stones pendant, quoi? Une trentaine d'années. On sait trop peu que cet archéologue plus qu'amateur — il a conçu avec des technos un détecteur de métal —, que ce grand ami du peintre Marc Chagall à qui il a consacré un DVD-CD, est le fondateur-animateur- patron du groupe le plus captivant que la Mère Albion nous ait fourgué au cours des quinze dernières années.
• C'est bien simple, lui et le guitariste Terry Taylor, le chanteur et organiste Georgie Fame, le guitariste Albert Lee, le batteur Graham Broad, les saxophonistes Nick Payne et Frank Mead, la chanteuse Beverley Skeete, et occasionnellement le pianiste et chanteur de Procol Harum Gary Brooker savent tout faire, tout jouer: le vieux blues, le vieux jazz, le swing, le rock, etc. À travers cinq albums en studio et autant de live, ils déploient un savoir-faire qui se confond avec le plaisir, le plaisir de jouer ceux qu'ils ont envie de jouer. Et alors? Sur son site, celui qu'on surnommait l'entrepreneur de pompes funèbres vient de réactualiser une pièce de J. J. Cale: Anyway The Wind Blows.

Les hommes d'honneur

• Les hommes d'honneur s'appellent J. D. Allen, saxophoniste ténor, Danny Grissett, pianiste, Dwayne Burno, contrebassiste, Gerald Cleaver, batteur. L'éclaireur de la bande se nomme Jeremy Pelt, trompettiste. Les uns et les autres se fréquentent dans des formations à géométrie variable depuis plusieurs années. Autrement dit, musicalement causant, ils évoluent davantage dans le territoire de la complicité que dans celui de la simple connaissance.
• Toujours est-il qu'après une décennie d'enregistrements parus sur diverses étiquettes, le label High Note a mis Pelt sous contrat. Aujourd'hui, lui et ses gardiens de notes denses conçues par leurs grands aînés pour exprimer une rage politique dont désormais on oublie trop souvent le bien-fondé proposent un album intitulé The Men Of Honor. Dès les premières notes du premier morceau, Backroad, on a tracé une diagonale, on osera dire naturellement, entre ces hommes d'honneur d'aujourd'hui et les messagers du jazz d'hier. Avec cette production, Pelt et ses amis se posent en effet comme les intendants sourcilleux, à juste titre d'ailleurs, des enclaves défrichées par Art Blakey et Horace Silver.
• À l'évidence, Pelt et ses compagnons observent le devoir de mémoire à l'égard de Blakey-Silver parce que le combat que ces deux-là ont mené, avec d'autres évidemment, doit être poursuivi quand on songe qu'ici et là, dans le monde dit confortable, une réactualisation de la ségrégation qui ne dit pas son nom est en cours. On entend déjà, et à notre tour on rage, les critiques qui vont taxer ces hommes encore jeunes de «conservateurs», le petit-bourgeois adorant jeter l'anathème pour se dédouaner.
• Dans cette histoire, le meilleur est certainement ceci: nos hommes d'honneur ont composé toutes les pièces de ce disque. Puis? C'est virevoltant ici, intense là, et jamais, jamais, ennuyeux. Chapeau!
• P.-S.: dans le vidéo ci-après, on peut entendre Pelt jouer en compagnie du saxophoniste Joe Lovano Milestones de Miles Davis avec le big band de Bob Belden.

dimanche 28 février 2010

Le cousin de Monk: Sun Ra

• On aime, on adore Sun Ra. Tellement, qu'on lui en veut quelque peu. Parce que, derrière ce paravent fait de science-fiction touillée dans le fait-tout de l'astrologie, se cache un pianiste singulier, autrement dit un pianiste ayant du caractère, de la personnalité. Un pianiste ensorcelé par l'originalité. Qui plus est, ce diable d'esprit composa, arrangea, à chaque miette de temps qui lui fut accordée, des pièces qui concentrent en une avenue tous les carrefours du jazz et du blues. Oui! Du blues. Il était et demeure le contemporain essentiel de Monk et de Duke Ellington.
• Toujours est-il qu'on vient de re-faire l'acquisition de Purple Night, un des deux albums que le Roi-Soleil, version américaine de Philadelphie, avait confectionnés pour l'étiquette A&M. Évidemment, les saxophonistes John Gilmore et Marshall Allen, le tromboniste Julian Priester, le flûtiste et altoiste James Spaulding ainsi qu'une quinzaine d'instrumentistes sont de la partie, dont Don Cherry (Yes!) à la trompette et John Ore... qui fut le contrebassiste de Thelonious Sphere Monk. Cet album est un régal version joyeuse.

12 $ plutôt que 20 $ et davantage

• C'est une histoire de prix. Pas celui des hommages ou des récompenses, mais bien celui du revient. Le prix de revient. Voilà, il y a deux ou trois ans de cela, l'étiquette française Nocturne s'est attaquée, elle également, à la réédition de morceaux braisés il y a des lunes par Count Basie, Duke Ellington, Jimmie Lunceford, John Kirby et d'autres, en demandant au caricaturiste Cabu d'orner les pochettes de ses productions.
• Jusqu'à présent, du moins pour nous à Montréal et à Québec, la très grande majorité des disquaires ont imprimé, pour ne pas dire imposé, des prix à faire pâlir d'envie la déesse maléfique de l'inflation. Mais voilà-t-il pas qu'à la faveur de notre épicerie musicale hebdomadaire, on a constaté que La Bouquinerie du Plateau, 799, Mont-Royal Est, proposait plusieurs albums de cette série à un prix de moitié inférieur à celui qu'exigent, c'est le cas de le dire, les grandes chaînes. Ce qui précède n'est pas une «plogue» mais relève bien de l'hygiène financière. Because, on prend encore et toujours le consommateur pour un cochon de payant.

samedi 27 février 2010

Show du samedi: R. Coltrane et G. Allen

Ravi Coltrane a une qualité immense: il est le saxophoniste des emportements. Cela est d'autant plus précieux qu'il en manque passablement, des emportés. Geri Allen a eu une qualité singulière: elle est une pianiste habitée. Cela devrait être d'autant plus prisé qu'aujourd'hui trop de pianistes sont sages. Les voici tous les deux, accompagnés par le contrebassiste Drew Gress et le batteur E. J. Strickland, en direct du New Jersey.
• P.-S.: le show d'une heure et quelques minutes débute après une présentation de deux minutes et des poussières de temps.