samedi 13 mars 2010

Christian Scott l'écorché

• En couverture du numéro d'avril — je sais, nous sommes encore en mars, mais les Nosferatu du marketing adorent sucer le sang de l'argent à l'avance —, en couverture donc du numéro d'avril du mensuel Down Beat (5 $), qui retrouve-t-on? Le jeune trompettiste Christian Scott qui, entre autres qualités, est plus allumé que bien des musiciens de son âge. Lui mis à part, la rédaction de ce magazine propose la liste des 25 meilleurs enregistrements de big band selon le sieur Frank-John Hadley. Que Charles Mingus se retrouve à la 25e place, soit loin derrière Maria Schneider, nous a quelque peu agacé. Remarquez que ces histoires de podium sont autant de casse-gueules.
• Sinon, quoi d'autre? Des portraits du guitariste Kurt Rosenwinkel, du pianiste Robert Glasper et du saxophoniste Ted Nash. Mais la très grande nouvelle, du moins pour nous, c'est que Mose Allison, l'auteur adoré de If You Live, l'auteur vénéré de Parchman Farm, que Mose Allison le lettré, le William Faulkner du blues (oui!), vient de sortir un album produit par Joe Henry (yes!). Cela faisait une décennie que nous n'avions pas eu de ces nouvelles, discographiquement causant.

Pat Matheny et la machine

• Dans le numéro courant de Jazz Magazine/JazzMan (9,50 $), le guitariste Pat Metheny explique longuement pourquoi et comment il a conçu l'orchestrion, soit cet assemblage d'instruments hétéroclites qu'il dirige à même sa guitare grâce à «la machine». Quoi d'autre? La chanteuse Anne Ducros questionne Charles Aznavour, qui vient d'enregistrer avec un big band. Quoi d'autre (bis)? Des articles consacrés à François Couturier, Dave Liebman, Jeff Watts, Jean-Michel Pilc et Jean-Loup Longnon plus les rubriques habituelles.
• Dans la vidéo qui suit, Metheny s'épanche sur la génèse de son invention, en plus évidemment d'en faire des démonstrations. C'est très étonnant.

jeudi 11 mars 2010

Le Casque d'or et le «djasse»

• Grand réalisateur de films, on lui doit Casque d'or, Touche pas au grisbi, Antoine et Antoinette, Le Trou et autres histoires en noir et blanc qui vous tiennent très réveillés, Jacques Becker avait une telle passion pour le jazz que jeune homme il s'engagea comme stewart sur les paquebots qui faisaient la navette Le Havre-New York afin d'entendre ses héros. Bon.
L'Institut national de l'audiovisuel de France vient de mettre en ligne un entretien réalisé en 1956 au cours duquel le père du cinéaste, Jean Becker, lui réalisateur de L'Été meurtrier et des Enfants du marais, entre autres, parle du jazz de Saint-Germain-des-Prés en particulier et de l'utilisation du jazz dans ses films.
• P.-S.: L'entrevue dure plus de 6 minutes en tout. Après avoir écouté la première partie qui dure 4 minutes et quelques secondes, il suffit de cliquer sur l'image représentant le cinéaste pour entendre la deuxième partie.

C. Haden, E. Pieranunzi, B. Higgins

• On vous l'annonce d'emblée, il s'agit d'un coffret qui n'est pas encore dans les bacs des disquaires. D'un coffret qu'on a donc reçu. Mais comme c'est du costaud, on l'évoque aujourd'hui avant de vous préciser ultérieurement sa sortie officielle. Voilà, le label italien Black Saint et son jumeau Soul Note, immense label des années 80 et 90, ont rassemblé des enregistrements réalisés par le contrebassiste Charlie Haden.
• Parmi eux, il y a un disque splendide. Un trio formé avec le batteur Billy Higgins et le pianiste Enrico Pieranunzi. En leur compagnie, Haden, dont les premiers pas sur la planète jazz ont été possibles grâce au Montréalais Paul Bley, a interprété neuf morceaux rassemblés dans cet album intitulé First Song. Lorsqu'on s'attarde au parcours du grand Charles, on se dit que cette production symbolise LE changement dans la vie musicale de celui-ci. Elle annonce la suite et notamment la création du Quartet West. Autant Haden était aventurier aux pieds nus avec le Old And New Dreams, autant il dévoile avec Pieranunzi son amour pour des ballades qui firent la fortune de Bill Evans. First Song, c'est du grand art. Grâce à qui? Pieranunzi, que voici d'ailleurs au Duc des Lombards, à Paris, en trio:

N. Payton live au Vanguard

• Le trompettiste Nicholas Payton, dont le visage encore jeune cache trente ans de carrière, était à l'affiche du Village Vanguard cette semaine. Il était accompagné de Taylor Elgsti au piano, de Vicente Archer à la contrebasse, de Marcus Gilmore à la batterie et de Daniel Sadwnicj aux percussions. Le réseau NPR a enregistré le premier set du show de mercredi 10 mars que voici:

mercredi 10 mars 2010

Le Lann nocturne

• Il s'économise, Le Lann, Eric de son prénom, trompettiste de passion. À sa manière, il est une contradiction de Lee Konitz ou Paul Bley côté production. De-que-cé? Il n'aligne pas trois ou cent albums par an. Mais quand il en sort un, c'est la joie comme dans y'a de la joie. Toujours est-il qu'il y a peu, le Breton s'est acoquiné avec trois Américains qui ne sont plus des jeunesses sans être pour autant des vieux de la vieille. Soit le pianiste David Kikoski, le contrebassiste et producteur de la session Douglas Weiss, ainsi que le batteur Al Foster, qui fut dans les années 70 l'espion de Miles Davis. Oui, oui... l'espion! Lorsque ce dernier avait décidé de se mettre entre paranthèses, c'est Foster, avec la complicité de Gil Evans, qui rapportait au maître des All Blues les nouvelles de la scène musicale.
• Bon, de quoi s'agit-il? Le Lann vient de publier un album sans nom particulier sur l'étiquette française Plus Loin Music, qui a succédé, pour ainsi dire, au label Nocturne ayant sombré corps et biens lors de la tourmente qui a ratiboisé quantité de petites compagnies. À moins que l'on soit totalement dans le champ comme dans les patates, ce qui se pourrait fort bien, cet album serait le premier à paraître sur Plus Loin Music.
• Bien, et l'album, direz-vous? Il est coton. Oui, oui... c'est de la ouate de grande qualité. Drôlement bien tissée, drôlement bien ficelée. Le résultat est d'autant plus remarquable, convaincant et séduisant que la plupart des morceaux proposés ont été écrits par un Le Lann ayant acquis une telle maturité qu'il s'est affranchi des genres ou styles. Comme s'il avait décidé d'effectuer un décloisonnement. Comme s'il avait décidé d'emprunter ceci à Davis, cela à Chet Baker, une grosse pincée à Art Farmer et une autre à Woody Shaw pour en faire une alchimie qui lui soit propre. Avec ce disque, Eric Le Lann se pose en classique dans le sens élégant du terme et non antique.
• P.-S.: on a trouvé notre copie chez Archambault-Berri. Le prix? 25 $ sans les taxes. Comme Plus Loin Music a un représentant à Montréal, ça s'obtient facilement.
• N.B.: dans le vidéo ci-dessous, Le Lann joue Yesterdays, le standard de Jérôme Kern, avec Billy Hart à la batterie et non Foster, ainsi qu'avec Thomas Bramerie à la contrebasse et non Weiss.

dimanche 7 mars 2010

In memoriam: James Williams

• Bonne idée! Histoire de rappeler les grandes heures du pianiste James Williams, un autre pianiste vient de rassembler autour de lui cinq instrumentistes. Le pianiste? Mulgrew Miller, qu'on voit moins sur scène aujourd'hui parce qu'il enseigne davantage qu'hier. Toujours est-il qu'il a fait appel au saxophoniste Dave Demsey, au flûtiste, clarinettiste, saxophoniste Bill Easley, au trompettiste Bill Mobley, au contrebassiste Ray Drummond et au batteur Rodney Green pour mieux ponctuer, à leur façon, les compositions, les arrangements et le style de Williams.
• Williams vient de Memphis. Il vient d'une ville qui a donné au jazz, façon de causer oralement évidemment, Phineas Newborn, dans l'ordre du temps, Harold Mabern (Yes!), George Coleman, Charles Lloyd (Re Yes!), Frank Strozier... Et alors? De ces derniers voisins, il fut celui qui s'attela avec le plus de méticulosité à mettre en relief la palette gospel — sacré nom de Dieu! — que les musiciens de Memphis, Tennessee, ont imprimée sur la note bleue si athée à son origine.
• Williams fut un Jazz Messenger. Miller le fut et le reste. Mabern également. Il y a peu, Miller a donc décliné le bonne parole revue mais pas corrigée par Williams. Mabern en a fait tout autant à Paris dans un club au nom contredisant certains principes républicains. On vous propose une retransmission du show du premier capté par NPR et un extrait du show du deuxième au Duc des Lombards.


jeudi 4 mars 2010

Le mois du Upstair's

• L'affiche composée par le Upstair's pour le mois de mars se conjugue avec des éclaireurs de la scène new-yorkaise. Demain, le saxophoniste Tony Malaby va prendre la direction de Montréal où il se produira, dans la soirée évidemment, avec le trio de la pianiste Marianne Trudel. Samedi aussi, ils occuperont la scène du Upstair's. Après lui, la batteur Matt Wilson, le contrebassiste Larry Grenadier et le guitariste Peter Bernstein accompagneront également des musiciens montréalais dans la cadre de Jazz en rafale.
• Tony Malaby... Ce qu'on apprécie beaucoup chez lui, c'est d'abord ce son sculpté dans le lourd, le profond. Mettons qu'il est plus Sonny Rollins que Chris Potter. Rien de sec, rien d'évanescent. Il a un côté franc du collier. Quelque chose de rugueux et de volontaire qui contraste avec les sempiternelles retenues nordiques de ECM. Bref, il a UN son. Une palette qui lui vient de sa longue fréquentation d'agrégés en improvisation: Paul Motian, Charlie Haden dans sa version Liberation Music Orchestra, Mark Elias, Michel Portal, Daniel Humair, Fred Hersch et bien d'autres.
• Au cours d'un entretien téléphonique, il a longuement expliqué comment et pourquoi il aimait l'improvisation. Dit autrement, il est enclin à l'aventure, l'aventure risquée. Il joue dans l'instant parce que jouer en solo dans une salle du Mans en France, ce n'est pas comme jouer en solo à Minneapolis. Tout lieu proposant des caractéristiques bien trempées, il faut selon lui s'adapter. Si vous avez la fibre de la curiosité bien prononcée et que vous appréciez être parfois déstabilisé, alors son album Voladores, publié récemment par l'étiquette Clean Feed Records, devrait vous combler. Le voici jouant dans le cadre de l'Electric Bop Band de Motian.

mardi 2 mars 2010

Sacré Bill Wyman!

• Bon, on sait que Bill Wyman fut le bassiste des Rolling Stones pendant, quoi? Une trentaine d'années. On sait trop peu que cet archéologue plus qu'amateur — il a conçu avec des technos un détecteur de métal —, que ce grand ami du peintre Marc Chagall à qui il a consacré un DVD-CD, est le fondateur-animateur- patron du groupe le plus captivant que la Mère Albion nous ait fourgué au cours des quinze dernières années.
• C'est bien simple, lui et le guitariste Terry Taylor, le chanteur et organiste Georgie Fame, le guitariste Albert Lee, le batteur Graham Broad, les saxophonistes Nick Payne et Frank Mead, la chanteuse Beverley Skeete, et occasionnellement le pianiste et chanteur de Procol Harum Gary Brooker savent tout faire, tout jouer: le vieux blues, le vieux jazz, le swing, le rock, etc. À travers cinq albums en studio et autant de live, ils déploient un savoir-faire qui se confond avec le plaisir, le plaisir de jouer ceux qu'ils ont envie de jouer. Et alors? Sur son site, celui qu'on surnommait l'entrepreneur de pompes funèbres vient de réactualiser une pièce de J. J. Cale: Anyway The Wind Blows.

Les hommes d'honneur

• Les hommes d'honneur s'appellent J. D. Allen, saxophoniste ténor, Danny Grissett, pianiste, Dwayne Burno, contrebassiste, Gerald Cleaver, batteur. L'éclaireur de la bande se nomme Jeremy Pelt, trompettiste. Les uns et les autres se fréquentent dans des formations à géométrie variable depuis plusieurs années. Autrement dit, musicalement causant, ils évoluent davantage dans le territoire de la complicité que dans celui de la simple connaissance.
• Toujours est-il qu'après une décennie d'enregistrements parus sur diverses étiquettes, le label High Note a mis Pelt sous contrat. Aujourd'hui, lui et ses gardiens de notes denses conçues par leurs grands aînés pour exprimer une rage politique dont désormais on oublie trop souvent le bien-fondé proposent un album intitulé The Men Of Honor. Dès les premières notes du premier morceau, Backroad, on a tracé une diagonale, on osera dire naturellement, entre ces hommes d'honneur d'aujourd'hui et les messagers du jazz d'hier. Avec cette production, Pelt et ses amis se posent en effet comme les intendants sourcilleux, à juste titre d'ailleurs, des enclaves défrichées par Art Blakey et Horace Silver.
• À l'évidence, Pelt et ses compagnons observent le devoir de mémoire à l'égard de Blakey-Silver parce que le combat que ces deux-là ont mené, avec d'autres évidemment, doit être poursuivi quand on songe qu'ici et là, dans le monde dit confortable, une réactualisation de la ségrégation qui ne dit pas son nom est en cours. On entend déjà, et à notre tour on rage, les critiques qui vont taxer ces hommes encore jeunes de «conservateurs», le petit-bourgeois adorant jeter l'anathème pour se dédouaner.
• Dans cette histoire, le meilleur est certainement ceci: nos hommes d'honneur ont composé toutes les pièces de ce disque. Puis? C'est virevoltant ici, intense là, et jamais, jamais, ennuyeux. Chapeau!
• P.-S.: dans le vidéo ci-après, on peut entendre Pelt jouer en compagnie du saxophoniste Joe Lovano Milestones de Miles Davis avec le big band de Bob Belden.

dimanche 28 février 2010

Le cousin de Monk: Sun Ra

• On aime, on adore Sun Ra. Tellement, qu'on lui en veut quelque peu. Parce que, derrière ce paravent fait de science-fiction touillée dans le fait-tout de l'astrologie, se cache un pianiste singulier, autrement dit un pianiste ayant du caractère, de la personnalité. Un pianiste ensorcelé par l'originalité. Qui plus est, ce diable d'esprit composa, arrangea, à chaque miette de temps qui lui fut accordée, des pièces qui concentrent en une avenue tous les carrefours du jazz et du blues. Oui! Du blues. Il était et demeure le contemporain essentiel de Monk et de Duke Ellington.
• Toujours est-il qu'on vient de re-faire l'acquisition de Purple Night, un des deux albums que le Roi-Soleil, version américaine de Philadelphie, avait confectionnés pour l'étiquette A&M. Évidemment, les saxophonistes John Gilmore et Marshall Allen, le tromboniste Julian Priester, le flûtiste et altoiste James Spaulding ainsi qu'une quinzaine d'instrumentistes sont de la partie, dont Don Cherry (Yes!) à la trompette et John Ore... qui fut le contrebassiste de Thelonious Sphere Monk. Cet album est un régal version joyeuse.

12 $ plutôt que 20 $ et davantage

• C'est une histoire de prix. Pas celui des hommages ou des récompenses, mais bien celui du revient. Le prix de revient. Voilà, il y a deux ou trois ans de cela, l'étiquette française Nocturne s'est attaquée, elle également, à la réédition de morceaux braisés il y a des lunes par Count Basie, Duke Ellington, Jimmie Lunceford, John Kirby et d'autres, en demandant au caricaturiste Cabu d'orner les pochettes de ses productions.
• Jusqu'à présent, du moins pour nous à Montréal et à Québec, la très grande majorité des disquaires ont imprimé, pour ne pas dire imposé, des prix à faire pâlir d'envie la déesse maléfique de l'inflation. Mais voilà-t-il pas qu'à la faveur de notre épicerie musicale hebdomadaire, on a constaté que La Bouquinerie du Plateau, 799, Mont-Royal Est, proposait plusieurs albums de cette série à un prix de moitié inférieur à celui qu'exigent, c'est le cas de le dire, les grandes chaînes. Ce qui précède n'est pas une «plogue» mais relève bien de l'hygiène financière. Because, on prend encore et toujours le consommateur pour un cochon de payant.

samedi 27 février 2010

Show du samedi: R. Coltrane et G. Allen

Ravi Coltrane a une qualité immense: il est le saxophoniste des emportements. Cela est d'autant plus précieux qu'il en manque passablement, des emportés. Geri Allen a eu une qualité singulière: elle est une pianiste habitée. Cela devrait être d'autant plus prisé qu'aujourd'hui trop de pianistes sont sages. Les voici tous les deux, accompagnés par le contrebassiste Drew Gress et le batteur E. J. Strickland, en direct du New Jersey.
• P.-S.: le show d'une heure et quelques minutes débute après une présentation de deux minutes et des poussières de temps.

Down Beat chez A. Jamal

• À Pittsburgh sont nés de très grands pianistes: Erroll Garner, Mary Lou Williams, Dodo Marmarosa et Ahmad Jamal. Pour composer son numéro du mois de mars, le magazine Down Beat s'est invité chez lui dans le Massachusetts. Après comme avant cette rencontre, le journaliste qui signe ce portrait s'est entretenu avec Randy Weston, Bill Charlap, Lewis Nash et Jack DeJohnette. Et alors? On réalise, comme si besoin était, que Jamal est un musician's musician.
• Jamal mis à part, le mensuel nous propose des articles sur la pianiste Hiromi, le saxophoniste Michael Moore ainsi qu'un papier passionnant sur le bouleversement qu'ont provoqué les nouvelles technologies sur le travail, la fonction de producteur.

Entre jazz et java

• Fallait y penser! Rassembler sur une même scène Edith Piaf et Billie Holiday par Galliano et Marsalis interposés, c'est ce qu'on peut appeler un exercice de style conçu à l'enseigne de l'originalité. Le résultat, en tout cas, est réussi. Les deux virtuoses, car ils en sont, comblent les voix des deux chanteuses de la gravité en dialoguant avec une conviction et un plaisir évidents. Là où les mots, souvent ceux de la mélancolie, avaient été posés, le trompettiste et l'accordéoniste déploient des notes avec juste ce qu'il faut de sensibilité. Autrement dit, ils ont évité le piège du racolage que suppose l'exercice en question.
• Comme il nous y a habitués depuis le début des années 80, Marsalis s'est entouré de sacrés instrumentistes. Le pianiste Dan Nimmer, dont le visage rappelle étrangement celui de Bill Evans jeune, le contrebassiste Carlos Henriquez, qui balance à merveille, le batteur Ali Jackson, qui ponctue avec assurance, et le saxophoniste Walter Blanding, dont on a apprécié d'autant plus la sonorité qu'elle fait écho à celle de Don Byas et de Coleman Hawkins, qui a tendance à disparaître. Bref, Blanding est pour ainsi dire la contradiction du son sec d'un Chris Potter et autres souffleurs qui ne sont toujours pas parvenus à dépasser les techniques apprises sur les bancs d'école.
• Le programme, on s'en doute, est fait des classiques qui ont fait la renommée de Piaf comme celle de Holiday: La Foule, Them There Eyes, Padam... Padam, What A Little Moonlight Can Do, Billie, écrite celle-là par Galliano, Sailboat in the Moonlight, L'homme à la moto, le terrible Strange Fruit et bien évidemment La vie en rose.
• Enregistré live au Festival de jazz de Marciac, soit au royaume des confits de canard, ce compact qui s'accompagne d'un DVD, en fait il s'agit de la captation visuelle du show, a été publié sur étiquette JIM. Il est distribué par Harmonia Mundi. À noter que le réalisateur du DVD n'est nul autre que Frank Cassenti, qui a signé des portraits de Miles Davis, d'Archie Shepp, sans oublier ses fictions comme La Chanson de Roland ou L'Affiche rouge.

jeudi 25 février 2010

Y'a de la joie

• Par un hasard tout ce qu'il y a de pur, on est tombé sur un bonheur dont la mécanique temporelle nous certifie qu'il s'étale sur 1 heure 14 minutes et un chapelet de nanosecondes. Il a un nom, le bonheur en question, The Best Small Jazz Bands. Autrement dit, en langue franc, il s'agit des meilleures petites formations jazz et non le meilleur des petites formations. Ce bonheur se présente sous la forme d'un double compact édité et publié par l'étiquette Frémeaux & Associés.
• Mais encore? C'est bien simple, l'architecte de cette production, il s'appelle Jacques Morgantini, a rassemblé 36 perles poncées par Fats Waller, le chantre d'histoires parfois salaces, Arnett Cobb, Buddy Tate, Illinois Jacquet, le trop oublié Joe Thomas, soit les ténors tendance gros son, son long, Louis Armstrong, Cootie Williams, Roy Eldridge, Hot Lips Page, soit les trompettes de la renommée bien embouchée, Louis Jordan, Fats Domino, T-Bone Walker, soit les chanteurs qui nous signalent que «les femmes s'enflamment». Sont également de la partie, Art Tatum, Albert Ammons, Django Reinhardt, Bennie Goodman, Lionel Hampton, John Kirby, Roy Milton, lequel nous enseigne que les «nombres» ont eux aussi «le blues», et autres cantonniers de l'époque classique du jazz.
• Les pièces choisies par Morgantini s'étalent de 1936 à 1955. On le répète, c'est du bonheur, d'obédience simple. On se régale, on se bidonne autant qu'en lisant Travelingue de Marcel Aymé ou Le beaujolais nouveau est arrivé du père Fallet, dit René. Toutes ces musiques sont autant de contradictions au spleen, au mal de vivre, au papoutage de nombril, qui affectent tant le petit-bourgeois et sa bourgeoise. De bout en bout, la cadence se confond avec chaloupée.
• Pour cette copie d'occasion, on a déboursé 20 $. CQFD: on ne connaît pas le prix du neuf. Mais bon, comme on sait que Frémeaux & Associés ont un représentant de ce côté-ci de l'Atlantique, il est facile de le commander chez votre disquaire habituel. Achetez-le! Ça vaut son pesant d'or. Mettons un or équivalent en valeur aux bonus accordés par Goldman Sachs à ses sorciers. C'est dire.

mardi 23 février 2010

Actualités montréalaises

• Dans le cadre de la série Carte blanche de la Maison de la culture Côte-des-Neiges, allouée ce mois-ci au contrebassiste Normand Guilbeault, ce dernier présentera son show Mingus qu'il décline depuis des années en compagnie de Jean Derome aux saxes et à la flûte, de l'incisif Normand Devault au piano, de Mathieu Bélanger à la clarinette basse, d'Ivanhoe Jolicoeur à la trompette, de Claude Lavergne à la batterie, de Jean Sabourin au sousaphone et de la chanteuse Karen Young pour certains morceaux. À compter de 20h moyennant un laisser-passer.
• Petit rappel: le pianiste Marc Copland se produira demain soir à L'Astral en compagnie du quartet formé par le contrebassiste Adrian Vedady. À compter de 19h30. Prix du billet: 16,50 $.

Monk: prise 1

• Jusqu'à présent, Thelonious Sphere Monk avait été l'objet de deux livres écrits en français. Le premier, signé Yves Buin, fut publié en 1988 aux éditions P.O.L. Le second, paru en 1996, fut rédigé par le pianiste Laurent de Wilde. Il est disponible chez Folio. Paradoxalement, en anglais Monk n'apparaissait pas sur le radar des biographes jusqu'à ce que Robin D.D. Kelley, professeur d'histoire à l'Université de la Californie du Sud, s'attelle à la tâche.
• Le résultat de son travail est à l'image du soin évidemment méticuleux que Kelley a observé tout au long de ses recherches et non de sa recherche. Le résultat (bis) est énorme. C'est d'ailleurs à se demander si le fruit de son labeur qu'il propose aujourd'hui aux éditions Free Press ne serait pas d'ores et déjà la biographie totale. Plutôt que de livre, faudrait parler de brique.
• Le bouquin comprend 588 pages dont 99 pages de notes (!) imprimées en petits, trop petits caractères. D'ailleurs, le seul reproche que l'on peut formuler est le suivant: la fonte choisie par l'éditeur est une illustration de l'avarice. Ouais... elle est maigrelette, la fonte.
• Reste que ce Thelonious Monk - The Life And Times of An American Original est un régal. C'est très détaillé, très précis, très instructif. Comme on n'a pas encore achevé la lecture de ce livre monumental parce que le sujet l'était et le demeure à jamais, on y reviendra dans Monk: prise 2. Le prix? 40 $ sans les taxes. Désolé, on ne se souvient pas du montant exact.

dimanche 21 février 2010

Les samedis de Levon Helm

• Tous les samedis, enfin presque, Levon Helm, le batteur, LE chanteur de The Band, reçoit chez lui à Woodstock. Pour être exact, dans le cadre des Midnight Ramble Sessions, il invite des musiciens qui inclinent vers le blues, le folk, le terre-à-terre. Au fil des ans récents, il a reçu dans son studio Dr John, Emmylou Harris, Little Sammy Davis, Hubert Sumlin et une floppée d'éclaireurs. À ses côtés, il y a, samedi après samedi, sa cohorte de fidèles, dont Amy Helm, sa fille, à la mandoline, à la guitare et à la voix, Teresa Williams à la guitare et au chant, Steve Bernstein, le trompettiste de SexMob et de la diaspora, Eric Lawrence, saxophoniste, Byron Isaacs à la contrebasse, Brian Mitchell aux claviers et, surtout, surtout, Larry Campbell, guitariste et violoniste, qui après avoir joué aux côtés de Bob Dylan pendant des lunes est devenu un producteur très apprécié. C'est Campbell qui a coordonné le Dirt Farmer, qui a remporté un Grammy, et le Electric Dirt de Levon.
• Tout cela pour vous conseiller vivement d'assister aux shows des Midnight Ramble Sessions qui se tiennent, on le rappelle, dans son studio, sa maison. Maintenant, la popularité de ces sessions étant prononcée, toutes celles qui sont à l'affiche jusqu'au 13 mars y compris sont sold out. Par contre, le 20 mars ainsi que le 27, des places assises sont toujours disponibles. À noter que le 20, le duo formé par les frères Wood, duo porté vers le blues le plus acoustique qui soit, se produira en première partie. Et alors? Chris Wood est également le contrebassiste de Medeski, Martin and Wood. Après eux, Levon jouera en compagnie de l'harmoniciste et chanteur de vieux blues Little Sammy Davis. Prix du billet? 150 $ US. Sur le site levonhelm.com, il suggère un certain nombre d'hôtels et motels. Pour se rendre à son studio, il faut compter 4 heures, 4 heures 30 de route à partir de Montréal.

McBride rencontre Roberts

• En l'absence de la pianiste Marian McPartland, qui dialogue avec les «jazzeux» depuis plus de trente ans, le réseau NPR, en fait la radio de PBS, a demandé au contrebassiste Christian McBride de la remplacer. Son invité? Le pianiste Marcus Roberts, qui se fit connaître au début des années 80 alors qu'il était membre du quintet de Wynton Marsalis avant d'installer, si l'on peut dire, sa réputation en publiant Alone With Three Giants sur étiquette Novus. Les géants? Jelly Roll Morton, Duke Ellington, Thelonious Monk. Au cours de cet entretien, il confie comment il a rencontré Marsalis, il évoque John Coltrane, Sonny Rollins et décline évidemment sa passion pour le jazz classique. Quoi d'autre? Entre deux réponses, il joue live et notamment du Duke Ellington.