jeudi 17 juin 2010

Live: Hank Jones

• En hommage au pianiste Hank Jones, décédé le 16 mai dernier, la station de Boston du réseau NPR vient de rediffuser un show enregistré il y a quelques années avec le contrebassiste John Clayton et le batteur Dennis Mackrel. Au programme: Speak Low, Lady Luck composé par son frère trompettiste Thad Jones, Favors de Klaus Ogermann, Interlude de J.J. Johnson, Blue Monk et Round Midnight de Thelonious Monk.
• Dans le long entretien, en fait il s'agit de son dernier, que cet homme avait accordé au magazine français JazzMan, il confie à propos de Monk ceci: «J'ai rendu visite à Monk dans son appartement, très vite après mon arrivée à New York. Il m'a joué Monk's Mood et j'ai dû relever instantanément la composition et son arrangement. Tout ce qu'il a écrit est marqué de son sceau. C'est indélébile. Personne d'autre ne peut écrire ou sonner comme lui. Bud Powell ou Al Haig, comme Charlie Parker évidemment, étaient les prototypes de ce qu'était le bebop. Pas Monk. Il était définitivement à part.»

mardi 15 juin 2010

Le jazz composé de Simon

• Originaire du Venezuela, le pianiste Edward Simon combine sa longue fréquentation des canons du classique aux débordements du jazz qu'il a maîtrisés en compagnie du saxophoniste Bobby Watson, le trompettiste Terence Blanchard et quelques autres. Il a ceci de rare qu'il est autant pianiste que compositeur. Dans le cadre de son orchestre Afinidad, il joue ce qu'il a écrit et non ce que d'autres ont composé.
• Lorsque Simon couche sur parchemin ses notes, il les enduit de rythmes qui évoquent en moins de deux le continent sud-américain. Là, nous allons entendre la suite musicale qu'il a concoctée avec la complicité de David Binney au saxo, de Gretchen Parlato au chant, d'Adam Rogers à la guitare, de Scott Colley à la contrebasse, d'Antonio Sanchez à la batterie et de Rogerio Boccato aux percussions. Cette première a été enregistrée par la station NPR de Boston.

lundi 14 juin 2010

S. Manne pour le plaisir

Shelly Manne et ses hommes, c'est ainsi qu'il avait baptisé son groupe, ont sillonné pendant des années la côte ouest de Seattle à San Diego en faisant de longs arrêts à San Francisco, au Black Hawk pour être plus précis, et à Los Angeles, au Manne's Hole qu'il avait fondé, pour être exact. Ses hommes s'appelaient Conte Candoli ou Joe Gordon à la trompette, Richie Kamuca au ténor, Victor Feldman ou Russ Freeman au piano et Monte Budwig à la contrebasse.
• Avec Gerry Mulligan, Chet Baker, Shorty Rogers, la bande du Lighthouse et, dans une moindre mesure, Art Pepper, Shelly Manne est emblématique de ce qu'on appelle le jazz West Coast ou Cool Jazz. Pour notre part, il était et demeure le patron d'une formation chérie entre toutes parce que tissant plein de finesses, de nuances et de légéretés avec une décontraction qui force l'admiration. Leur version ci-dessous de Speak Low c'est... c'est... c'est un mille-feuilles.



samedi 12 juin 2010

Le phénomène Trombone Shorty

Troy Andrews, surnommé Trombone Shorty, est un phénomène. De cet instrument, il tire les notes de la fougue, de l'énergie, de la chaleur et de la sensualité. De la trompette, il extrait les aigus qu'affectionnait tant Louis Armstrong. Comme ce dernier, Shorty est de La Nouvelle-Orléans. Et comme beaucoup de musiciens de cette ville, il a commencé son apprentissage dans les fanfares qui rythment le Mardi-Gras comme les mises en terre.
• À l'image des Neville Brothers, Allen Toussaint, Dr John et quelques autres, Shorty joue du vaudou. Il ne joue pas du jazz, puis du funk, puis du blues, puis du cubain, parce que lui et son groupe Orleans Ave les jouent tous en même temps avec un dynamisme et un enthousiasme qui aiguisent les nerfs de la danse. Car elle se danse, la musique de Troy Andrews. Elle est aussi chaloupée que chaleureuse.
• Les mauvaises langues, les bourgeoises s'entend, le trouvent vulgaire. Pour se convaincre du contraire, il suffit d'écouter son album Backatown publié par le label Verve et auquel ont participé Allen Toussaint, Lenny Kravitz et Marc Broussard. Sa formation comprend six musiciens refusant à l'évidence le retranchement dans un style, une catégorie. À l'image de leur leader, ils sont tous des alchimistes.
• La prise de vue du vidéo qui suit est comme-ci, comme-ça. Par contre, après l'intro d'une minute à la batterie, ça décolle à la vitesse grand V. Le morceau qu'ils interprètent est le morceau-titre de l'album.

jeudi 10 juin 2010

Live At The Vanguard: W. Escoffery

• Saxophoniste ténor, Wayne Escoffery a comme chacun d'entre nous commis des fautes de goût. La sienne est au fond banale: il est venu au jazz grâce ou plutôt à cause de Kenny G. Heureusement pour lui comme pour nous, l'immense Jackie McLean l'a dévergondé avant que le trompettiste Tom Harrell lui apprenne l'art du peaufinage. Toujours est-il qu'aujourd'hui Escoffery s'affiche comme un émule, un héritier plus ou moins direct de Dexter Gordon.
• Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter sa prestation d'hier au Village Vanguard. Ceux qui ont entendu le Gordon des années 70, celui du retour aux States, reconnaîtront en Escoffery les accents choisis ces années-là par Long Tall Dexter. C'est bon, c'est tout bon. Dans les rythmes rapides comme dans les ballades. Escoffery est accompagné par le pianiste Kevin Hayes, le contrebassiste Joe Martin et le batteur-historien Billy Drummond.

mardi 8 juin 2010

Monk par les autres

• Chez Monk, un contingent aujourd'hui imposant de musiciens a puisé de quoi confectionner un album au complet. On pense notamment au pianiste Tommy Flanagan et au saxophoniste Bennie Wallace. Depuis peu, l'étiquette High Note propose quelque chose de plus inusité: un album regroupant des musiciens divers qui déclinent des thèmes du Grand Pirate du «bi-beaupe». À ce que l'on sache, cette parution intitulée Music Of The Sphere – Thelonious Monk Songbook ne peut se comparer qu'au travail effectué par Hall Willner il y a plus de trente ans de cela.
• Toujours est-il que le High Note rassemble des morceaux interprétés par Frank Morgan, Larry Willis, Larry Coryell, Arthur Blythe, une grande formation emmenée par le saxophoniste David Binney, Bob DeVos, Houston Person, la très regrettée Mary Lou Williams, Eric Alexander et Eric Reed. Le programme? Si on vous confie qu'il commence avec Morgan s'appropriant I Mean You, vous devinerez le reste.
• Cela précisé, ce disque a ceci d'intéressant qu'il est hétérogène. Qu'il est une contradiction de l'homogénéité. Entre le classicisme de Morgan et le tout électrique de Coryell, entre le dynamisme de Willis et l'approche festive de Blythe, entre la sobriété de Williams et la deconstruction de Binney, la sensualité de Person et le respect d'Alexander, ce que High Note met en relief est ceci: les pièces de Monk favorisent la prise de risque. L'esprit d'aventure. C'est très chouette de l'avoir rappelé.

dimanche 6 juin 2010

Le centre des fanfares

• Il y a les fanfares qui rythment les efforts des joueurs de football universitaire tous les dimanches d'automne de ce côté-ci de l'Atlantique comme de celui du Pacifique. Il y a celles qui rassemblent les gauchos comme celles qui regroupent les servants des toréadors. Il y a celles qui défendent les accents balkaniques et celles des chasseurs alpins italiens, sans oublier celles des gendarmes de la République, versées en commémorations historiques. Il y a les lointaines suédoises et les bavaroises enclines à laisser s'exprimer les accords populaires de l'accordéon. Il y en a beaucoup d'autres qui animent les bals de pompiers en Hongrie ou en Belgique.
• Si on l'aborde par la face géographique, le sujet du jour, c'est qu'il y a l'autre. Celle qui se distingue de toutes les autres parce qu'elle est le point de convergence de ces dernières. Elle n'est certainement pas la seule à être le croisement des points cardinaux des fanfares. Mais bon... on ne les connaît pas, les autres. Alors qu'on connaît bien la Pourpour. Siège social? Montréal.
• Eh bien, la Pourpour, elle vient de publier un chef-d'œuvre du genre musical qui marie la marguerite aux légendes des cabanes à sucre, à la faconde gitane, aux ponctuations orientales, aux mélancolies climatiques du Nord, qu'il soit kanadian ou «sue-et-doigt», avec bien d'autres objets non identifiés dans l'univers des paillettes et du strass. Le titre du chef-d'œuvre en question? Danse des breloques.
• Lorsque tel morceau est joyeux, tel autre est cinématographique, lorsqu'il n'invite pas à la danse dans sa version java sans la javanaise ou vous mène dans le détroit du Bosphore dont nous sont revenues certaines gammes au lendemain de la bataille des Dardanelles. On pourrait en rajouter long, très long.
• S'il en est ainsi, si cet album est un tourbillon d'horizons divers mais fort bien touillés par des musiciens qui sont des maîtres dans leur partie respective, c'est qu'elle est vieille, la Pourpour, elle a de l'expérience. Beaucoup. Et comme Lou Babin, accordéoniste et animatrice de l'ensemble, connaît depuis des lunes le saxophoniste, compositeur oulipien, Jean Derome, le contrebassiste beat Normand Guilbeault, le trompettiste Némo Venba, les saxophonistes Claude Vendette, Stéphane Ménard et Damian Nisenson, les guitaristes et banjoïstes Luc Proulx, Roy Hübler et Dany Nicholas, l'accordéoniste Luzio Altobelli, les violonistes Marie-Soleil Bélanger et Guido Del Fabbro ainsi que les percusionnistes Pierre Tanguay, Jacques Duguay et Nicholas Letarte, comme ils se connaissent donc depuis longtemps, c'est pile-poil, right on time. Bravo! Mille fois bravos et autant de mercis. Danse des breloques a paru sur étiquette Dame/Monsieur Fauteux m'entendez-vous, rattachée à Ambiances magnétiques. Un petit «docu» sur la fanfare Pourpour suit ci-après:

mercredi 2 juin 2010

M.A.Hamelin et Bad Plus

• C'est ce qu'on peut appeler de la nouvelle. Le pianiste du trio Bad Plus, Ethan Iverson, est un grand fan d'un pianiste montréalais plus réputé pour détourner les difficultés de Franz Litz ou Maurice Ravel que celles de Thelonious Monk ou Cecil Taylor. De qui s'agit-il? Marc André Hamelin. Iverson est allé à sa rencontre pour s'entretenir longuement sur le classique et le jazz. C'est très instructif. On y apprend notamment qu'Hamelin apprécie particulièrement Anthony Braxton. À lire.

lundi 31 mai 2010

Duo de grâce: Hicks et Morgan

• C'est bien simple: l'album John Hicks & Frank Morgan - Twogether, c'est la grâce et la fragilité du saxophoniste Morgan enrobées par la polyvalence et la puissance du pianiste John Hicks. Autant Morgan fait penser à Art Pepper, et vice et versa, les deux ayant suivi un parcours à l'identique parce que les deux menaient la vie avec les fleurs de peau, autant Hicks fait penser à Jaki Byard. Comme ce dernier, sa maîtrise des styles qui ont rythmé l'histoire du jazz tenait de la ferveur encyclopédique. Comme Byard, Hicks pouvait évoquer aussi bien Earl Hines que Monk en insérant ici et là son style, ses marques, sa manière.
• Publié par High Note, Twogether est un disque tout ce qu'il y a de classique dans le sens noble du terme et non vieillot. La raison de cela tient en un mot: le programme. Quel est-il? Parisian Thoroughfare, Night In Tunisia, My One And Only Love, Round Midnight, N.Y. Theme et Passion Flower. Bref, ça débute avec Bud Powell, ça se conclut avec Billy Strayhorn avec Gillespie, Monk, Dorham et quelques autres écrivains constamment relus.
• Tous ces morceaux ont été gravés devant publics. Quelques-uns à la Jazz Bakery à Los Angeles, quelques autres à New Hope en Pennsylvanie. Ces derniers sont en fait des solos de Hicks. Cela rappelé, Twogether vaut par la complicité évidente qui liait ces deux artistes morts un an après (2006) leurs prestations. Twogether n'est pas la conjugaison de la grâce avec la volupté, mais bien de la grâce de Morgan avec la vitalité de Hicks. Histoire de saluer la mémoire de Morgan, on vous propose l'entretien passionnant, entremêlé de pièces live, qu'il eut avec la pianiste Marian McPartland en février 2004.
Morgan chez McPartland

mardi 25 mai 2010

Petite note

• Suis absent - stop- de retour le 31 mai -stop- ave - stop- La truffe -

vendredi 21 mai 2010

Stephen Barry à L'Astral

• Trente-cinq ans... trois décennies et la moitié d'une autre que le Stephen Barry Band mène, non pas SA barque, mais bel et bien la barque du blues au nord du 45e parallèle, soit face au fleuve gelé lorsqu'il se produit chez Smoked Meat Pete tous les dimanches de tous les hivers ou au New Griffin Town Café en plein coeur de Montréal ou sur les routes qui s'achèvent à Gaspé ou à Toronto ou encore à Vancouver. 35 ans... Si Paris vaut bien une messe, alors Barry vaut bien une fête.
• Elle aura lieu, la fête, ce soir à L'Astral. Ce soir avec Susie Arioli, Jordan Officer et Joel Zifkin comme invités. Les autres? Il y a ceux qu'il a connus à l'Université McGill sur les bancs de la faculté des sciences, celles prétendûment pures, il y a quatre décennies moins cinq ans. Qui sont-ils? Le guitariste et chanteur Andrew Cowan et le batteur Gordon Adamson qui est aussi le chanteur, c'est à retenir, de Hound Dog. Reste le saxophoniste au son long et pesant, dans le sens noble du terme, soit Jody Golick.
• On l'a peut-être oublié ou peut-être ne le sait-on pas, mais dans les années 70 et celles d'après le band à Barry né en janvier 1947 à Lachine a accompagné longuement Big Mama Thornton et Johnny Big Moose Walker, moins longuement Buddy Guy et son frère Phil ou encore Hubert Sumlin, l'un des guitaristes favoris des p'tits blancs britanniques qui ne veulent plus entendre parler d'une adoption de l'euro. Enfoirés! Mais bon... c'est un autre sujet.
• Pour revenir au nôtre, de sujet, faut mentionner... non! Faut marteler que les shows de Barry, que les albums de ce bassiste qui n'a pas son pareil pour chalouper le rythme sont aussi essentiels que l'air qu'on respire. C'est bêtement dit? Oui, oui. On le sait. Mais c'est ça pareil, comme on dit en langue franc. Donc en langue qui permet de formuler des constats. Barry, Cowan, Adamson, Golick, ont été essentiels. Et ils le restent. Peu peuvent en dire autant. Eau quai! Six-bols! Chapeau et bonne fête. Bon, comme Michael Jerome Browne qui a longtemps fait partie du groupe ne peut être à L'Astral parce qu'il se produit, le voici avec ses amis.

lundi 17 mai 2010

Gentleman Jones n'est plus

Hank Jones, le doyen des pianistes de jazz, l'aîné des frères Elvin et Thad, n'est plus. Il avait 91 ans, avait tout fait, tout entendu, tout vu. Entre son arrivée à New York au début des années 40 et son dernier souffle, Jones a mis son talent de pianiste classique au service de Charlie Parker et Andy Williams, Ella Fitzgerald et Cannonball Adderley, Billie Holiday, Coleman Hawkins... En fait, pour faire court, l'homme né un an après le premier enregistrement d'un disque de jazz a accompagné tout le monde. À telle enseigne qu'il a défini, pour ainsi dire, les paramètres qui distinguent le simple faire-valoir de l'excellence.
• Bizarrement, ce n'est qu'à partir de la soixantaine que son nom va commencer à circuler en dehors du cercle des initiés, lorsque paraissent, notamment, ses enregistrements avec Tony Williams et Ron Carter, les enregistrements du Great Jazz Trio. Ces albums, c'est à noter, sont publiés au milieu des années 70. Et alors? En 1975, le réseau CBS «ferme» l'orchestre que Jones dirigea pendant une quinzaine d'années au bénéfice du chanteur-animateur Andy Williams. CQFD: au cours de cette période, Jones ne fit pas de tournées.
• En juillet dernier, celui qui connaissait tous les standards fit la couverture de JazzMan. De l'entretien mené par Alex Dutil, on a retenu ceci: «Jusqu'ici, je n'ai jamais fait que répondre aux sollicitations qui m'arrivaient, sans le moindre plan de carrière. On me téléphonait pour un accompagnement? J'y allais. Que ce soit pour une chanteuse, un instrumentiste ou un big band, peu importe. On me proposait d'assurer une séance d'enregistrement en leader? J'acceptais avec joie. Il s'agissait d'écrire de la musique? Je me mettais aussitôt au travail [...] Ma vie de jazzman, c'est au jour le jour.» Ave!

dimanche 16 mai 2010

Carolina Chocolate Drops

• Il y a d'abord la couverture: une femme, les cheveux tressés, prend un rayon de soleil flanquée de deux bonshommes. Le tableau est surmonté du nom du groupe: Carolina Chocolate Drops, inconnu au bataillon sauf peut-être d'Adam et Ève. Puis, au bas de la pochette, le titre de l'album: Genuine Negro Jig. Illico, on se dit que c'est une histoire, une très vieille histoire de campagne. La campagne lointaine, celle du Mississippi, de l'Oklahoma, du nord-ouest de la Floride, de la Virginie de l'Ouest et de l'Arkansas. Au dos, on repère le nom du label: Nonesuch. Puis surtout celui du producteur: Joe Henry. Là, on murmure ceci: Henry + Nonesusch = 2 gages de qualité quasi totale.
• On l'achète (22,50 $ taxes comprises). Après quoi, on s'arrête à l'identité respective des trois jeunesses d'un groupe au patronyme ancien et à leurs instruments. Ils s'appellent Dom Flemons, Rhiannon Giddens et Justin Robinson et jouent du fiddle, le violon dans sa version populaire, du banjo, de la guitare, mais avec parcimonie, du pichet en terre cuite, celui du pauvre, ainsi que d'objets divers qu'ils utilisent afin d'accentuer les effets percussifs.
• On l'écoute et on est surpris. Dans le sens agréable du terme. On est surpris par ces musiques qui sont autant d'échos aux musiques si anciennes qu'elles s'entendaient ici et là avant le blues. Où? Dans les Appalaches, sur les bateaux qui descendaient et remontaient le Mississippi, dans les campagnes perdues des États traversés par un fleuve si capricieux qu'il a provoqué, si l'on peut dire, son flot de chansons. C'est du blues, du country, du folk, des ballades dont on perçoit ici et là les influences irlandaises et françaises. Bref, les membres font très bien ce qu'ils ont voulu faire: l'archéologie musicale des States. Mississippi John Hurt et Sleepy John Estes peuvent dormir tranquille.

samedi 15 mai 2010

Living Blues: Corey Harris

• L'homme en couverture du dernier numéro du mensuel Living Blues ( 5,95 $) s'appelle Corey Harris. «Ceusses» qui aiment le blues des foins coupés en juillet, à moins d'avis contraire imposé par le dieu Éole devenu l'alchimiste chéri des pétrolières, savent que Corey Harris n'a pas son pareil pour touiller les rythmes de l'Afrique avec les harmonies du Mississippi et les rebonds jamaïcains nés, pour être exact, sur les flancs éthiopiens. Toujours est-il que Harris à la une, cela signifie long, long article.
• Article où (sic) on apprend que ce «guitariste-chanteur-compositeur-fouineur-fluent in French» est quelque peu agacé que lui et Keb Mo, lui et Guy Davis, lui et Phil Wiggins, soient encore et toujours considérés comme la jeune ou nouvelle génération du blues alors qu'ils creusent ce sillon depuis 20 à 30 ans. Article où on apprend également que cet émule de Taj Mahal passe actuellement des aventures acoustiques en compagnie de l'harmoniciste Wiggins au reggae façon Peter Tosh et Bob Marley, évidemment.
• Sinon... sinon Living Blues propose de longues rédactions consacrées à Trombone Shorty et... on reste calme... on se tient tranquille... à Lightnin' Hopkins!

So Jazz: Brad Meldhau

• Au sommaire du 5e numéro de la revue suisse So Jazz: des entretiens avec Brad Meldhau, le producteur Alan Douglas, qui a travaillé, notamment, avec Charles Mingus, Eric Dolphy et Jimi Hendrix, le saxophoniste français Jacques Schwarz-Bart, aujourd'hui installé à New York, le bassiste Reggie Washington, qui a quitté New York il y a quelques années pour mieux déposer ses valises à Bruxelles, la pianiste Junko Onishi, qui avait disparu de la scène au cours des quinze dernières années, et un dossier original intitulé Jazz & Science-Fiction – Le dossier cosmique, avec en vedette notre ami à tous... Sun Ra. Eau quai!
• Des propos formulés par les uns et les autres, on a retenu celui-ci de Washington: «Je me rends compte maintenant que ce qui se passait à New York est en train de se passer dans toute l'Europe. Cette lente dégradation ne me surprend pas. Je connais le business que j'ai choisi. C'est un sale boulot que nous faisons, mais quelqu'un doit le faire. De plus c'est le seul boulot que je veuille.»

jeudi 13 mai 2010

Retour sur Ben Sidran

• Il y a quelques jours de cela, on a évoqué la venue de Ben Sidran au Festival international de jazz de Montréal (FIJM). Comme il l'a confié au cours d'un entretien, son spectacle aura pour principal sujet Bob Dylan, à qui il a consacré son dernier album paru sur étiquette Bonsaï Music. Le titre? Different Dylan. Si aujourd'hui on vous cause à nouveau de Sidran c'est ...
• C'est pour vous conseiller vivement l'achat de Ben Sidran Live à FIP avec Bob Rockwell au saxo et à la flûte, Billy Peterson à la basse, et son fils Leo à la batterie. Bon. Il faut vous signaler, chers Montréalais, que FIP est une station rattachée au réseau Radio-France. Et d'une. Et de deux, cet album publié en 2005 est l'exemple plus que parfait de l'art et de la manière qu'a Sidran de s'approprier avec un naturel qui force l'admiration les pièces composées par d'autres. Ici, il décline notamment les mots qu'avait emboîtés il y a des lunes indiennes Mose Allison, soit If You Live et I Don't Worry About A Thing. Bon (bis).
• Là où ça se complique, c'est que... Pour mettre la main sur ce bijou, il faut passer commande chez votre disquaire ou carrément chez Bonzaïmusic.fr. Cela dit, on l'a dit mais on tient à le marteler, cet album est une merveille. CQFD: il vaut son pesant de diamants. Après le cela dit passons au cela étant pour vous souligner que son show du 27 juin prochain au Club Soda se déroulera à l'ombre de Dylan alias Jack Frost, on vous propose donc son interprétation de Tangled Up In Blue.

mercredi 12 mai 2010

New York: Benny Powell

• New York — On y est allé, à Nueva York, parce qu'on savait qu'un vieux monsieur s'appelant Randy Weston s'y produirait dans le cadre d'une série hommage au Jazz Standard. On y est allé pour lui, mais aussi parce qu'on savait qu'un autre monsieur serait à ses côtés, qu'on n'avait pas vu depuis des lunes. Il se nomme Powell et se prénomme Benny. Son instrument? Le trombone. Cet homme a ceci de quelque peu agaçant: il cultive trop l'humilité. Ce faisant, il appartient à la catégorie des musiciens trop méconnus. Pourtant... il a accompagné Lionel Hampton, Count Basie, Duke Ellington, Benny Carter, Jimmy Heath, Thad Jones-Mel Lewis, John Mayall et d'autres qu'on oublie. Pour faire court, cela fait soixante ans qu'il accompagne l'histoire du jazz.
• De lui on sait trop peu qu'entre Jay Jay Johnson et Slide Hampton, il est, avec Curtis Fuller, un passeur, un relayeur. Bon. Tout ça pour souligner qu'il vient de publier un nouvel album intitulé Nextep avec Talib Kibwe au saxo et aux flûtes, Sayuri Goto au piano, Essiet Okon Essiet à la contrebasse et... Billy Hart à la batterie! Son Nextep a ceci de convaincant que le tromboniste de 80 ans regarde droit devant. Pas de reprise. Pas de redite. Que des pièces originales. Des originaux interprétés avec ce souci qui est le sien de mettre en relief ceci: le jazz is a work in progress. Chapeau, M. Powell!

mardi 11 mai 2010

New York: le Jazz Standard

• New York — Dans l'article intitulé New York: les clubs, on vous a confié et affirmé que la programmation du Jazz Standard n'avait rien à envier à celle du Village Vanguard ou du Blue Note. Et alors? Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter les enregistrements de divers concerts donnés dans ce lieu situé dans le quartier Gramercy dans le cadre de la série JazzSet présentée par Dee Dee Bridgewater sur les ondes du réseau NPR, la radio de PBS, le plus essentiel des réseaux «tivi» de l'Amérique du Nord.
• Toujours est-il, au cas où on ne serait pas au parfum de qualité totale, que tous les lundis les héritiers de Charles Mingus, le Falstaff du jazz, prennent possession du Standard. Dans le live qui suit, le Mingus Big Band est présent, précédé du trompettiste Ron Miles avec le guitariste Bill Frisell et de la pianiste Joanne Brackeen, qui fait moins parler d'elle — hélas! — depuis qu'elle enseigne. Bref, le show qui suit va crescendo: une pianiste en solitaire, un quartet et enfin un «bigue bande».

lundi 10 mai 2010

New York: les disquaires et R. Weston

• New York — Pour le disquaire, l'époque actuelle a tous les vices de la galère. Avant, à Nueva York , comme ils disent dans Spanish Harlem, il y avait des poids-lourds à certains coins de rue, plutôt des avenues. On pense à Tower Record, à Virgin, qui ont tous sombré après avoir rencontré le iceberg «ouaibe» et son commerce en ligne. Même les magasins spécialisés n'ont pas échappé à l'ébranlement de la distribution. Certains d'entre eux ont fermé. D'autres ont multiplié les catégories de leurs spécialisations pour attirer les jeunes qui aiment les musiques de jeunes. Le genre «t'sais-comme-punk-hard-core.» Bigre! Comme disait Harpagon au temps de l'avarice.
• Bon. Tout un chacun sait que désormais on peut effectuer notre épicerie sonore chez Amazon. Peut-être sait-on moins qu'on peut la faire chez Squidco, Jazzloft et autres magasins vendant des produits dématérialisés. On vous conseille vivement de fouiner du côté de ces derniers avant d'aller chez Amazon. La raison de ce parti pris est simple à expliquer: le prix. Contrairement au géant de la vente en ligne, les deux susnommés, et il y en a d'autres, réduisent les coûts afférents au transport et aux frais de douanes si vous commandez trois, huit ou vingt albums. Dit autrement, Amazon charge le même montant — pour le transport et les douanes — pour chaque disque acheté.
• Cela étant, le plaisir des plaisirs sur ce front reste l'achat direct. L'achat réalisé avec l'artiste en personne. Randy Weston et son African Rythms Trio augmenté de Benny Powell au trombone et Talib Kibwe au saxo proposaient, au terme de leur prestation au Jazz Standard, leurs récentes productions. De Weston, de cet immense pianiste, compositeur, historien de l'Afrique, on vendait Zep Tepi sur étiquette Random Chance, qu'on n'a jamais aperçu dans les bacs des disquaires montréalais, ainsi que l'excellent Nextep sur Origin Records.
Petite note: l'interprétation de Blue Moses, une composition de Weston, qui suit est en deux parties. C'est du gâteau, du Paris-Brest, de la première à la dernière seconde.

dimanche 9 mai 2010

New York: les clubs

• New York — Évidemment, il y a le Village Vanguard, qui fête cette année sa 75e année d'existence. Le Village Vanguard où Lorraine Gordon demeure la cheftaine en chef. Pourquoi cette tautologie? Parce qu'elle est chef en six-bols! Dans les parages, ceux de Greenwich Village, il y a aussi le Blue Note, le Small's, la Jazz Gallery, mais il y a également ces petits clubs qui offrent un éventail de contentements musicaux à moindre prix. On pense au 55 Bar situé au 55 Christopher Street ainsi qu'au Bar Next Door qui a pignon sur rue au 129 McDougall Street. Puis il y a le Arthur's Tavern au 57 Grove Street, pour son ambiance sympathique et son parti pris pour un jazz chaleureux à partir de 22h. Avant 22h? C'est plutôt piano-bar. En clair, c'est: cause toujours, mon bonhomme, et t'entends rien.
• Depuis que le Sweet Basil et d'autres avec lui ont sombré, d'autres qui voisinaient le Vanguard et le Blue Note, la géographie du jazz s'est déplacée vers le nord: le Birdland et l'Iridum dans Midtown. Mais entre Greenwich et Times Square, il y a le Jazz Standard dans le quartier Gramercy qui propose une affiche qui n'a rien à envier à celle du Village. En tout cas, lorsqu'on y était, c'est là que nous sommes allé et retourné. Pour entendre Randy Weston et son African Rythms Trio augmenté de deux de ses vieux complices: le saxophoniste alto Talib Kibwe et le tromboniste... Benny Powell! Sur eux, nous reviendrons.
• On savait qu'après avoir claqué la porte de la Knitting Factory, où on l'avait vu pour la première fois il y a une douzaine d'années, puis celle du Tonic, John Zorn a ouvert sa propre salle: The Stone dans East Village. Pis? Pour le localiser, c'est pas évident, même si on sait qu'il est quelque part dans un coin du croisement fait par l'Avenue C et la Second Street. C'est bien simple: rien ne l'annonce.
• Il y a d'autres lieux à Brooklyn animés par des musiciens qui ont élu domicile dans ce vaste quartier à la suite des hausses vertigineuses des loyers à Manhattan. Mais il y a surtout deux clubs qui ont traversé toutes les crises, toutes les guerres: le St Nick's Pub et Lenox Lounge. Tous les deux sont dans Harlem: le premier au 773 Street St. Nicholas Ave; le deuxième, au 288 Lenox Avenue. Dans les deux cas, leur jazz est jazz-jazz. Ni avant-garde, ni mollason.
• P.-S.: on vous conseille vivement, si l'envie d'aller à New York vous titille, de louer un appartement. Laissez tomber les guides dits touristiques qui «ploguent» des hôtels à des prix fixés par Goldman Sachs. Allez sur le «ouaibe», fouinez un peu et, en moins de deux, vous trouverez des «apparts» bien placés et à des prix convenables. Depuis que ce phénomène a pris de l'ampleur, le lobby des hôteliers new-yorkais est habité par la mauvaise humeur. C'est bien fait pour leurs poches. Pendant des années et des années, ils ont freiné la construction de...