samedi 8 mai 2010

Ben Sidran au FIJM

• La dernière fois que Ben Sidran, héritier aussi spirituel que direct de Mose Allison, occupa une salle de nos environs, c'était il y a une bonne quinzaine d'années. Il s'était alors produit en solo dans une église réquisitionnée par le FIJM. Il nous avait alors séduit par son aisance au piano, par sa voix basse sans inflexion rocailleuse et son talent de conteur. Le 27 juin prochain, il sera au Club Soda. Son programme, son sujet? Bob Dylan, à qui il a consacré un disque baptisé avec justesse Dylan Different. Car pour être différent, il l'est, le Bob de Ben. La singularité avec laquelle Sidran décline les fables dylanesques fait d'ailleurs de cette production LA plus convaincante de toutes celles dont l'auteur de Blind Willie McTell fut l'objet.
• Alors, M. Sidran, pourquoi Dylan? «Parce qu'il est emblématique d'une époque, je pense surtout aux années 60, qui s'est caractérisée par le bouillonnement culturel. On aimait tout: le blues, le jazz, le folk... On s'intéressait à tout: la littérature, l'histoire, la politique... On était très curieux. Toujours est-il que Dylan a laissé de fortes empreintes sur ces années comme sur celles d'après. Je l'ai traité en l'adaptant à ma voix et à mon style au piano. Vous savez, lui et moi avons grandi dans la même région, le Midwest, je connais son accent. J'ai voulu enregistrer en France avec des musiciens du cru pour obtenir quelque chose d'étrange, de magique. Je voulais un résultat différent. Là-bas, les musiciens sont plus romantiques.» Précision: Dylan Different a été gravé en pleine campagne alsacienne dans le studio du guitariste Rodolphe Burger, connu pour avoir accompagné, entre autres, Jacques Higelin et Bashung.
• Au Club Soda, Sidran nous a confié qu'il serait flanqué d'un guitariste, un contrebassiste et un batteur. Prix du billet: 32,50 $. Quelques mots pour rappeler qu'en plus de chanter, composer, produire et enseigner, Sidran est aussi un grand chroniqueur du jazz. Il est l'auteur de Black Talk et de Talking Jazz, formidable bouquin qui regroupe les quarante entrevues qu'il a réalisées avec Dizzy Gillespie, Sonny Rollins, Miles Davis...

jeudi 6 mai 2010

Le FIJM du Upstair's

• Comme l'année dernière et celles d'avant de l'avant d'avant, le Upstair's présente cette année-ci une affiche toute belle durant la 31e édition du Festival international de jazz de Montréal (FIJM). Cet après-midi, vers les 14h ou, si vous voulez, une heure avant que l'indice Dow Jones soit percuté par la crise grecque et ne perde 1 000 points (!), l'affiche en question a été dévoilée. Le temps que les noms des invités se répercutent ici et là, les dieux grecs, Pandora en tête, avaient tiré la diagonale du fou et permis ainsi à messieurs Dow et Jones de limiter les dégâts. Bon, soyons terre à terre.
• La chanteuse Jeri Brown inaugurera la série le 25 juin. Le lendemain, le 26 juin pour les intimes, Etienne Charles & Foklore seront sur la scène. Les 27 et 28 on saute. Le 29: Irem Bekter et ses Diabluras. Le 30 juin et le 1er juillet, le saxophoniste Joel Miller et son trio accompagneront le pianiste Geoffrey Keeser, qu'on n'avait pas entendu dans nos parages montréalais depuis des lunes. Les 2 et 3 juillet, le trio du pianiste Matt Herskowitz, un violon et un violoncelle, jouera la Jerusalem Trilogy. Le 4 juillet, ce sera au tour de la chanteuse Ranee Lee et de son quintet. Le 5: Gale/Rodrigues Group. Le 8 juillet, une conclusion alléchante sur papier: F. Bourassa au piano, M. Donato à la contrebasse. F. Lozano au ténor et P. Tanguay à la batterie rendront hommage à Bill Evans.
• Et maintenant, les dates sur lesquelles on fait le saute-mouton: les 27 et 28. Ces soirs-là seront autant de tournées générales pour saluer les sommeliers du grand son. Au sens gros du terme. Gros comme ceux de Coleman Hawkins, Ben Webster, Don Byas, Chu Berry, Arnett Cobb et Eddie Lockjaw Davis. Mais encore? Ces soir-là, Houtson Person, le dernier de la lignée, le dernier défenseur du son cru, du son épais, fera rebondir les notes de la ballade dans tous les recoins du Upstair's. Comme on doit s'entretenir au cours des prochains jours avec cet artiste qui a signé des albums faits de pleins et de déliés pour l'étiquette High Note, on y reviendra longuement. En attendant...

mardi 4 mai 2010

Steve Kuhn au FIJM

• Plutôt que de vous dévoiler les noms du bataillon imposant d'artistes qui vont se produire lors de la 31e édition du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), on va s'arrêter à un certain nombre d'entre eux d'ici le coup d'envoi de l'événement. Allons-y aujourd'hui avec le pianiste Steve Kuhn parce qu'il demeure méconnu même s'il est connu. T's veux dire!
• Formé à l'école du piano russe dans les années 50, à la dure école de la virtuosité, par Margaret Chaloff, la maman du saxophoniste Serge décédé trop jeune, Kuhn a commencé à se produire dans l'orchestre de ce dernier alors qu'il était encore un ado. Puis, il a accompagné Coleman Hawkins, Stan Getz, John Coltrane, Chet Baker, Kenny Dorham, Ornette Coleman, Don Cherry, tout en étudiant les concepts développés par George Russell et Gunther Schuller, avant de former un trio avec Scott LaFaro et Pete La Rocca. Voilà pour le côté face, le côté terre à terre de sa bio.
• Plus haut, on écrivait qu'il demeure méconnu même... Bon. C'est tout simple, entre Bill Evans et Keith Jarrett, Steve Kuhn est, avec Paul Bley et Ran Blake, le relayeur essentiel! Là où Evans était enclin au romantisme, Kuhn est aventurier, moderne, économe. Chez lui, rien ne dépasse parce que chaque note doit être pesée. Et ça, c'est la marque des grands.
• Steve Kuhn occupera la scène du Gesù le 4 juillet en compagnie de David Finck à la contrebasse et de Joey Baron à la batterie. Ci-après on vous propose une entrevue avec la pianiste Marian McPartland entrecoupée d'extraits sonores et son interprétation, avec Joe Lovano au saxophone, de Spiritual, composé par John Coltrane.

lundi 3 mai 2010

Le siècle d'Ellington

• Jeudi dernier, 29 avril, Edward Kennedy Ellington, dit Duke, a eu 111 ans! Comme quoi le temps ne passe pas, mais se surpasse. Depuis qu'il, ou elle, ou lui, ou on ne sait qui, a mis la vie de monsieur Ellington entre parenthèses, on s'ennuie parfois. Et quand cela arrive, on s'ennuie grave, pour parler post-moderne. Alors, on l'écoute et on le réécoute. Et toujours, toujours, l'obsession qu'il avait pour la beauté noie l'ennui. Cent onze ans!
• Cent onze ans et plus de Charles Mingus pour hurler sa passion musicale pour l'homme qui confiait avoir la musique pour maîtresse. Plus de Mingus pour composer Duke Ellington' Sound of Love. On rappelle cela parce qu'on a été passablement agacé par ce commentaire de Wallace Roney qui, lors de la conférence de presse tenue à Montréal pour présenter l'exposition Miles Davis au Musée des beaux-arts, a dit de ce dernier qu'il fut le plus grand compositeur des deux derniers siècles ou deux cents ans.
• Hey! Ho! On se calme! Il va sans dire que Miles est grand. Mais là... mettons que ce commentaire, ça sent le fond de commerce à plein nez. Enfin... Si vous aimez Ellington, on vous conseille deux fois plutôt qu'une la lecture de Duke Ellington par Stanley Dance paru aux éditions Filipacchi en 1976. Comme il est possible que la version française ne soit plus disponible, sachez qu'en anglais il a été publié par Charles Scribner's Sons en 1970 sous le titre The World of Duke Ellington. Une chose est sûre, ce livre est un régal parce qu'il est fait surtout de témoignages de musiciens retranscrits in extenso.

dimanche 2 mai 2010

LE son Eric Alexander

• Ça nous arrive. De-que-cé? De passer à côté d'un musicien. De le rater pendant des lunes d'obédience indienne du Nord. Ce fut le cas avec Eric Alexander, saxophoniste ténor encore jeune qui a déjà un son bien à lui. Un son sculpté. Un son qui s'inscrit dans la lignée des champions de la catégorie dite de mi-moyens. Celle à laquelle appartenaient ou appartiennent Hank Mobley, George Coleman, Joe Henderson, Steve Grossman, Richie Kamuca, Junior Cook et bien d'autres ayant fréquenté notamment les bancs d'école des Jazz Messengers. On aura compris qu'Alexander est un ténor «bi-beaupe», comme disent les Français de France.
• Toujours est-il qu'il y a peu, on s'est payé Revival of the Fittest (24 $ sans les taxes), sur étiquette High Note, parce que sur la pochette on avait lu le nom de Joe Farnsworth, batteur qui se distingue par sa finesse, celui de Nat Reeves, contrebassiste qui se singularise par son classicisme, et surtout, surtout, celui de Harold Mabern, pianiste qu'on adore depuis des lunes sans croissant. On a d'ailleurs appris qu'Alexander fut l'élève de Mabern.
• Le programme est fait de compositions originales, dont le sensible Blues For Phineas de Mabern ou Yasashiku d'Alexander, et de standards, dont le You Must Believe In Spring de Michel Legrand. Bref, les ballades côtoient les enlevées, qui voisinent parfois avec des antillaises. Toujours est-il (bis) qu'on a énormément apprécié la sonorité angulaire d'Alexander, son épaisseur qui fait de notre homme un souffleur à mille lieues du territoire aujourd'hui si fréquenté par les rabatteurs de la technique. On a apprécié le jeu très précis de la formation rythmique. Si vous aimez les musiciens nommés plus haut, alors n'hésitez pas...
• On vous propose deux choses: d'abord, une entrevue réalisée dans les studios de la radio de Seattle du réseau NPR, entrecoupée de prestations d'Alexander en duo avec le pianiste David Hazeltine. Ensuite? Alexander et Mabern au Duc des Lombards à Paris.

Live: Jonathan Baptiste

• Il s'appelle Jonathan Baptiste. Il est pianiste comme Dr John. Par là, on veut signaler qu'à l'instar de son aîné il vient de La Nouvelle-Orléans. Mais là où le Docteur du Baron Samedi glisse ses notes funky mâtinées de blues, Baptiste intercale celles du jazz. L'ancien comme le nouveau, pour le grand plaisir d'ailleurs de Cassandra Wilson.
• Lorsqu'il n'est pas au service de la belle dame, il est au sien. On vous propose sa prestation au Lincoln Center de Washington, qui nous séduit par sa chaleur, son intensité et sa sensualité. Entouré d'une douzaine d'instrumentistes, Baptiste s'approprie, littéralement, des classiques comme Round About Midnight, Green Chimneys ou Moon River, aussi bien que des antiquités comme St James Infirmary ou le New Orleans Blues de Jelly Roll Morton. Ouais... La nappe de pétrole après Katrina, la ville du Professeur Longhair, peut bien avoir les bleus.
• Présenté dans le cadre de l'émission Jazz Set With Dee Dee Bridgewater, le show débute après plus d'une minute de mots grands et petits.

samedi 1 mai 2010

Allen Toussaint au FIJM

• Le 4 mai prochain, les organisateurs du Festival international de jazz de Montréal (FIJM) vont détailler la programmation en salles de la 31e édition de l'événement. On sait déjà que John Zorn s'y produira en compagnie de Laurie Anderson et de Lou Reed. On sait que le même Zorn mènera un Masada marathon avec on ne sait qui. On sait également et surtout que le pianiste, compositeur, producteur, chanteur et maître des musiques vaudoues Allen Toussaint est à l'affiche.
• Monsieur Toussaint comme dans Toussaint Louverture, si cher aux Haïtiens pour avoir foutu une raclée aux esclavagistes, sera à l'affiche deux fois plutôt qu'une. La plupart de ceux qui l'ont accompagné lors de l'enregistrement de Bright Mississippi, la galette des galettes publiée en 2009, seront à ses côtés. Soit Marc Ribot à la guitare, David Piltch à la contrebasse et Jay Bellerose à la batterie, tous fidèles collaborateurs de Joe Henry, le producteur de Bright Mississippi. En attendant leur prestation, voici Toussaint sur la scène de l'émission musicale qui nous régale depuis trente-cinq ans: Austin City Limits.
P.-S.: le show commence après un peu moins de deux minutes de présentation et de messages publicitaires. Quoi d'autre? Si vous cliquez sur l'icône située en bas et à l'extrême droite de l'écran, alors l'image sera plein écran.

John Coltrane en DVD

The World According To John Coltrane est un documentaire que Robert Palmer, critique au New York Times, avait réalisé en 1992 à la demande de la télévision allemande. Depuis peu, la version DVD de ce film d'une heure est disponible. Les aléas inhérents à la distribution étant ce qu'ils sont, il faut préciser qu'on l'a trouvé chez Archambault-Berri, qu'on ne l'a pas vu à moins qu'on est mal vu chez HMV. Le prix? 24 $ sans les taxes.
• Deux faits devraient vous convaincre d'en faire l'acquisition: rares, très, très rares sont les «docus» consacrés au compositeur de spiritual. Et d'une. Et de deux, l'identité du cinéaste. Bien que décédé en 1997, Palmer est considéré, encore et toujours, comme un des deux ou trois meilleurs chroniqueurs des musiques dites populaires. Son Deep Blues demeure un incontournable. Un livre de référence parce qu'empreint d'un souci méticuleux pour la précision.
• Mais au-delà des deux faits évoqués, ce film vaut son pesant d'argent pour les témoignages recueillis auprès des artistes l'ayant fréquenté: Jimmy Heath, qui a connu Trane alors qu'ils étaient adolescents à Philadelphie, Tommy Flanagan, avec lequel il a enregistré Giant Steps, Wayne Shorter, Roscoe Mitchell, Rashied Ali et bien évidemment sa femme Alice. Seul bémol, McCoy Tyner et le batteur Elvin Jones, qui était toujours de ce monde au moment du tournage, ne sont pas de la partie. Certes, on les voit dans les épisodes musicaux, mais... mais c'est tout.

mardi 27 avril 2010

Katrina et HBO

• Le réseau HBO, qui a produit les séries Rome, The Wire, Mad Men, The Sopranos et autres, remporte actuellement un franc succès avec sa plus récente réalisation: Treme. Un feuilleton écrit et réalisé par ceux qui avaient signé The Wire. Amateurs de jazz et de blues, sachez que ce Treme, consacré à La Nouvelle-Orléans après les désastres causés par Karina, fait de la musique qui s'entend dans ces environs une des principales actrices de cette fiction. Ici, le jazz n'est pas un élément décoratif mais LE sujet. Toujours est-il que nos voisins du Sud ayant beaucoup apprécié Treme, on nous promet une 2e et 3e saison.

Les inédits de Socadisc

Socadisc, distributeur de labels indépendants, propose une nouvelle série d'albums jusqu'ici inédits dans le format compact qui devraient régaler particulièrement les amateurs d'Ornette Coleman. En voici la liste: O. Coleman Quartet - Live In Paris 1971 avec Dewey Redman au ténor, Charlie Haden à la contrebasse et Ed Blackwell à la batterie, le Croydon Concert avec David Izenzon à la contrebasse et Charles Moffett à la batterie, le Lenox Jazz School Concert de 1959 avec Don Cherry et Kenny Dorham aux trompettes et Jimmy Giuffre à la clarinette et enfin le O. Coleman Quartet - Belgium 1969 avec Redman, Haden et Balckwell.
• De Bill Evans, Socadisc publie les shows enregistrés à Lund en 1975 et à Helsinki en 1970 et un autre réalisé à Paris en 1974. Sur ces deux albums Eddie Gomez est à la contrebasse et Marty Morell à la batterie. Quoi d'autre? Un Miles Davis intitulé Live In Rome & Copenhagen 1969 avec Wayne Shorter au ténor, Chick Corea aux claviers, Dave Holland à la basse et Jack DeJohnette à la batterie ainsi que le Johnny Griffin Quintet/With Rolf Ericson à la trompette.
• Le trio d'Evans qui suit, avec Gomez et Morell, a été enregistré à Helsinki en 1970. Le titre: Nardis

dimanche 25 avril 2010

Miles au musée, Miller à L'Astral

• Le 30 avril, soit vendredi, le Musée des beaux-arts de Montréal ouvrira ses portes sur l'exposition que la Cité de la musique de Paris avait consacrée à Miles Davis. Simultanément, une série d'événements a été organisée pour souligner évidemment l'art du trompettiste insaisissable. Conférences, films documentaires, fictions, shows et même des cours magistraux sont au programme des prochaines semaines.
• Tout ça débute mercredi 28 avril par deux exposés qui seront donnés à l'Auditorium Maxwell-Cummings, situé au 1379 de la rue Sherbrooke Ouest. Le premier sera décliné par David Brackett, de la Faculté de musique de l'Université McGill, à partir de 11h30. Le deuxième? Par André Ménard, architecte de la programmation du Festival international de jazz de Montréal depuis le début, qui a invité Miles à plus d'une reprise. À compter de 13h30 au même endroit. Le lendemain, Vincent Bessières, commissaire de l'exposition, livrera son décryptage de Miles à 16h30.
• La veille, à L'Astral, le bassiste et producteur Marcus Miller, qui a accompagné Davis dans les années 80, revisitera l'album Tutu en compagnie du trompettiste Christian Scott. À 18h30 et 21h30. Prix du billet: 38,50 $.

Dexter au Congrès


• Grande nouvelle. Très, très grosse nouvelle. La Library of Congress des États-Unis vient de faire l'acquisition de 1000 articles ayant tous Dexter Gordon comme sujet principal. Parmi les objets vendus par Maxine Gordon, la veuve de Long Tall Dexter, des inédits sonores enregistrés live pour la plupart, dont plusieurs avec Wardell Gray. Dans les mois qui viennent, le Packard Campus for Audio-Visual Conservation va digitaliser toutes les bandes achetées.
• Mis à part les déclinaisons musicales de Daddy Plays The Horn, l'organisation américaine a mis la main sur une ribambelle de documents iconographiques permettant de suivre comme jamais auparavant la carrière de l'homme né le 27 février 1923 à Los Angeles. Quand on sait que ce fils d'un médecin qui comptait Duke Ellington et Lionel Hampton parmi ses patients a joué aux côtés de Charlie Parker, Louis Armstrong, Billy Eckstine, Dizzy Gillespie, Fletcher Henderson, les frères Heath, Tadd Dameron, Fats Navarro et quantité d'autres avant de s'expatrier en Europe où il s'est produit avec Bud Powell, Kenny Clarke, Horace Parlan, Benny Bailey, Kenny Drew, Tete Montoliu et autres Billy Higgins...
• Quand on sait qu'il fut le premier à fixer sur le ténor ce que Parker avait fait à l'alto, qu'il n'avait pas son pareil pour injecter une sacrée dose d'intensité dans la plus banale des rengaines, qu'il fut grand du début à la fin, quand on sait tout cela, on ne peut que se réjouir, qu'applaudir à quatre mains l'initiative de la Library of Congress. Vivement la suite, vivement la fin du travail d'archivage et de remise en forme des bandes signées par Dale Turner alias Dexter Gordon.
P.-S.: si vous aimez encore et toujours Gordon, on vous conseille l'achat de la biographie que le Britannique Stan Britt lui avait consacrée. Le titre? Dexter Gordon - A Musical Biography, parue en 1989 aux éditions Da Capo. Ce bouquin est un des meilleurs du genre.

Ron Miles live

• On l'a découvert aux côtés de Bill Frisell il y a une dizaine ou une douzaine d'années de cela. On avait apprécié à la nanoseconde la clarté de son jeu. Depuis, on le suit. De qui s'agit-il? Du trompettiste Ron Miles. Le voici entouré de Frisell à la guitare, de Reginald Veal à la contrebasse et de Matt Wilson à la batterie. Où donc? Au Jazz Standard, qui propose semaine après semaine une programmation de qualité Iso 9000. Petite note: la présentatrice du show n'est nulle autre que Dee Dee Bridgewater. Enjoy!

samedi 24 avril 2010

Le conte d'une guitare par Bibb

• Le nouvel album d'Eric Bibb, c'est d'abord et avant tout l'histoire d'une guitare. Celle que Bukka White a trimbalée pendant des décennies dans les coins comme les recoins du monde pour mieux raconter, en solo, le quotidien des Mississippiens. Le quotidien des pauvres métayers. Toujours est-il qu'après la mort de ce cousin de B. B. King, cette guitare en métal s'est retrouvée entre les mains d'un Écossais qui, il y a peu, a décidé de la refiler à Bibb.
• Ébranlé par ce geste désintéressé, ému d'avoir entre les mains la six cordes d'un des alchimistes du blues acoustique, du blues du Delta, Bibb a conçu son album comme un écho aux totems sonores forgés par White, évidemment, mais aussi par Skip James, Son House et, surtout, Mississippi John Hurt. Attention! Il ne reprend pas à son compte le Pay Day de Hurt ou la Death Letter de House. Il reprend, grosso modo, là où ils avaient laissé.
Bessie Smith, Charley Patton, John Lee Hooker et bien d'autres avaient été traumatisés par les débordements rageurs du Mississippi en 1926-1927 au point de les chanter? Bibb le souligne, le rappelle, dans Flood Water. Wayfaring Stranger est une vieille rengaine écossaise que les damnés de la terre apprirent de la bouche de leur esclavagiste? Bibb la remodèle. Les livres le passionnent en général, ceux de Walter Mosley en particulier? Va pour Turning Pages. Il adore B. B. King? Va pour Tell Riley, le vrai nom de B.B.
• Pour faire court, cet album intitulé Booker's Guitar — Booker était le véritable nom de White — sur étiquette Telarc (15 $ sans les taxes) est une réussite totale. De bout en bout. Si vous aimez John Hurt, Levon Helm, Johnny Cash, Willie McTell, Blind Lemon Jefferson, Bob Dylan et tous ceux qui restent «grounder» sur le terreau des réalités du jour le jour, alors Bibb vous comblera.

Down Beat de mai

• Le Down Beat ( 5 $ sans les taxes) du mois de mai est arrivé. En couverture, le saxophoniste Miguel Zenon, qui a droit évidemment à la totale. Mis à part Zenon, on nous propose une rencontre entre deux artisans des mélodies que le fabricant d'ascenseurs Otis se plaît à nous fourguer du 1er au 500e étage; il s'agit de Ramsey Lewis et de Kirk Whalum. Mis à part (bis) ces deux zigues, on apprend que Manfred Eicher, le fondateur d'ECM, a reçu le Downbeat Lifetime Achievement Award.
• Quoi d'autre? Le guitariste Jim Hall est soumis à l'écoute de disques à l'aveugle, le saxophoniste britannique Evan Parker se raconte, l'essentiel des programmations des festivals de jazz américains et européens est dévoilé et, surtout, il y a cette réédition d'un entretien que Gerry Mulligan accorda à Leonard Feather en mai 1960.
• Dans la section consacrée aux nouveautés discographiques, on apprend que le club new-yorkais Small vient de créer le label SmallsLIVE. Le but? Conserver sur compact les shows des musiciens qui se produisent dans ce petit club situé à quelques pas de son célèbre aîné, le Village Vanguard. Les six premières parutions sont les suivantes: le quartet du trompettiste Ryan Kisor, les trios des pianistes David Kikoski et Kevin Hayes, le quintet du tromboniste Steve Davis avec le pianiste Larry Willis, le saxophoniste Ian Hendrikson-Smith, et le quartet du guitariste Peter Bernstein, qui a fait appel au vétéran batteur Jimmy Cobb.
Kikoski en trio

jeudi 22 avril 2010

Pour le plaisir: le Count et Zoot

• Bizarrement, les menus travaux accomplis par Count Basie dans les années 70 au bénéfice de l'étiquette Pablo en particulier et le nôtre en général sont beaucoup moins appréciés aujourd'hui qu'ils ne le furent lors de leur publication. Ce vice, d'ailleurs énorme, est largement attribuable à la mauvaise distribution des albums enregistrés par Pablo. Tant ceux de Basie que ceux de Dizzy Gillespie, Zoot Sims, Coleman Hawkins, Ray Bryant, Oscar Peterson, Eddie Lockjaw Davis, Harry Sweet Edison, sans oublier Duke Ellington.
• En fouinant, on est tombé sur cette vidéo de Basie en compagnie de Sims au ténor, de Roy Eldridge à la trompette, de Cleveland Eaton à la contrebasse et de Duffy Jackson à la batterie. Il résume à merveille la forte inclination de tous ces musiciens pour le jam, la lenteur, la décontraction, le naturel, le plaisir. Le plaisir de jouer ensemble, de jouer entre amis qui n'ont plus rien à prouver. Ce Midnight Special, c'est du bonheur dans sa plus simple expression.
Midnight Special

L'architecte Bill Frisell

• Le guitariste Bill Frisell n'arrête pas. Il travaille tout le temps, constamment. Actuellement, il tourne aux États-Unis avec des formations à géométrie variable. Lorsqu'il ne se produit pas avec le pianiste Jason Moran et le batteur Kenny Wollensen, il ponctue de ses improvisations les films de Buster Keaton avec les membres d'un autre trio après avoir consacré une série de spectacles aux compositions de John Lennon tout en préparant une série de concerts européens avec le pianiste Brad Meldhau quand il ne joue pas avec les fines lames des cordes que sont Marc Ribot, Buddy Miller et Greg Leisz.
• Avec ces derniers, le guitariste aujourd'hui installé à Seattle a enregistré un album auquel les chanteuses Emmylou Harris, Patty Griffin, Shawn Collins et Leeann Womack ont participé. Le contrebassiste? Dennis Crouch. Le batteur? Jay Bellerose. Ce disque paraîtra sur l'étiquette New West Records. Quoi d'autre? Frisell occupera la scène du Village Vanguard à douze (douze!) reprises au mois de mai, entre le 4 et le 16, avec des groupes aux configurations diverses.
• En attendant la publication de son nouvel opus, voici l'entretien qu'il a eu avec la pianiste Marian McPartland.

mardi 20 avril 2010

Live au Vanguard: Sam Yahel

• Une fois par mois, la station new-yorkaise du réseau radiophonique NPR enregistre des musiciens se produisant sur la scène du Village Vanguard. Voici une heure et quelques minutes du trio dirigé par le pianiste Sam Yahel. Matt Penman est à la contrebasse, Jochen Rueckert à la batterie.

So Jazz: C. Scott, J. Coursil et cie

• C'est logique! Il y a un mois, le trompettiste Christian Scott faisait la couverture de Down Beat parce qu'un disque de lui venait de paraître sur étiquette Concord. Où est la logique dans cette histoire? Le disque ayant traversé l'Atlantique, l'homme né à La Nouvelle-Orléans fait la une du numéro courant de So Jazz.
• Il est un brin baveux, le jeune Scott. Il vous descend les uns et les autres, notamment Terence Blanchard et Wynton Marsalis, avec la verve du coq qui veut bousculer ses aînés. Ça donne notamment ceci: «Tous les Wynton Marsalis, les Terence Blanchard sont nuls. Ils m'ont toujours ennuyé. Ils n'ont pas de personnalité.» Savez quoi, cet entretien a réveillé un coin de notre mémoire où sommeillait une entrevue accordée par Marsalis à Jazz Magazine au début des années 80. Pis? Scott dit aujourd'hui ce que Marsalis disait alors. Seuls les noms ont changé.
• Ce quatrième numéro de So Jazz (9,50 $) propose également des portraits du trompettiste Jacques Coursil, trop méconnu de ce côté-ci du globe, et du pianiste Omar Sosa, qui revient au big band. Voici d'ailleurs ce dernier, ci-après.

vendredi 9 avril 2010

Petite note

• Pars pour New York -stop- faire plongée dans le jazz -stop- retour dans neuf jours -stop- salutations «nonne» stop - la truffe